De la pratique de l’errance : état stationnaire, traces et virtualités
C’est par la pratique de l’errance, telle que le processus de production l’explore, que le système se déploie, selon une dynamique complexe de transformation où le bricolage joue un rôle central, manière de faire qui embrasse l’incertitude et l’instabilité et souligne l’importance des relations et configurations transitoires.
Cette approche, qui met en lumière l’absence d’un centre ou d’une origine fixe, peut se comprendre à l’aune du concept d’autopoïèse, concept emprunté à la biologie et utilisé pour décrire un système qui se régénère et s’adapte en permanence, malgré les changements de composants. Les éléments sont sans cesse manipulés, réarrangés, et archivés, formant une mémoire active, produisant des « imarges » – images en marge – qui à la fois témoignent des transformations passées et s’inscrivent également comme images opérationnelles, ces « objets » chargés d’inscriptions passées – renvoyant à leur histoire et parfois à leur genèse (méta-information) – devenant également des virtualités, embrayeurs ou déclencheurs de nouvelles phases de production.
Alors si l’instabilité féconde du processus, allié à sa nécessité autophagique, ne permet que la création d’un répertoire de formes éphémères et que chaque transformation ne récolte que les traces de son opération, la question de l’exposition vient ici se poser, se confrontant au principe productif tel qu’il a été décrit, à savoir comme un processus constant d’autopoïèse.
« Enregistrer ne suffit pas, il faut ensuite faire remonter ou revenir ce qui a été enregistré. »
Comment rendre visible – EX-POSER – ce qui n’existe qu’à l’état de traces ou de potentialités ?
Dans quelle mesure et comment l’exposition peut-elle faire sens ?
Comment l’exposition se manifeste-t-elle ? Qu’est-ce qui s’expose et comment ?
Comment faire remonter à la surface ces traces et ces virtualités ? Comment les mettre en lumière, les exposer ?
Se dessinent alors des “solutions”, comprises ici comme des agencements pour une sortie au dehors du dedans. Différents “objets de monstration” s’activent – magazines, site internet ou encore des espaces “concrets” – et forment une interface globale d’une expérience plus diffuse et que l’on pourrait qualifier « d’expérience de l’écho ».
“L’espace d’exposition” est alors diffracté et, s’il peut être perçu comme une coupure dans le flux continu de la production – comme un état stationnaire – peut également apparaître comme la « cartographie d’un objet temporel », devenant un lieu multiple où la pratique, tout en s’exposant, se réfléchit dans un espace de synthèse et d’expérience temporelle en mouvement.