{"id":12944,"date":"2025-09-19T11:23:39","date_gmt":"2025-09-19T09:23:39","guid":{"rendered":"http:\/\/alexisguenault.com\/?page_id=12944"},"modified":"2025-10-07T15:18:14","modified_gmt":"2025-10-07T13:18:14","slug":"de-la-precarite-en-terre-artistique","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/alexisguenault.com\/?page_id=12944","title":{"rendered":"DE LA PRECARITE EN TERRE ARTISTIQUE"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-left\">DE LA PRECARITE EN TERRE ARTISTIQUE<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-ljWtEg\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Edito<\/strong><strong> <\/strong><strong>&#8211; D\u00e9cembre 2022<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En ce d\u00e9but de mois de d\u00e9cembre, moment o\u00f9 la plupart d\u2019entre nous pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce qui va agr\u00e9menter la fameuse dinde ou si, dans une crise alimentaire post-grippe aviaire, le foie gras ne viendra pas \u00e0 manquer, je viens d\u2019acheter, comme l\u2019enfant qui vient de s\u2019offrir, en cette p\u00e9riode de f\u00eates, LE sucre d\u2019orge qu\u2019il avait vu dans la vitrine du confiseur, le num\u00e9ro sp\u00e9cial des cinquante ans du magazine&nbsp;<em>artpress.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme un lecteur consciencieux, je commence bien s\u00fbr par l\u2019\u00e9dito, \u00e9crit par Catherine Millet, codirectrice du magazine et \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation de celui-ci en d\u00e9cembre 1972.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exercice d\u2019un \u00e9dito, me semble-t-il, est de tracer les grandes lignes de ce qui fera le contenu du magazine et de remanier tout cela dans une sauce contextuelle contemporaine de la date de parution du num\u00e9ro.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>A l\u2019heure o\u00f9 nous publions ces pages, \u2026&nbsp;\u00bb<\/em>. Ce num\u00e9ro sp\u00e9cial \u00ab&nbsp;50 ans&nbsp;\u00bb, \u00e9dit\u00e9 pour les circonstances et qui souhaite marquer l\u2019\u00e9v\u00e9nement, ne peut donc d\u00e9buter sans un \u00e9dito qui rappelle \u00e9galement un tant soit peu quelles ont \u00e9t\u00e9 les lignes directrices \u00e9ditoriales jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.&nbsp;Et Catherine Millet de nous rappeler que&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>ce que nous appelons l\u2019art contemporain et qui a commenc\u00e9 \u00e0 se mettre en place dans les ann\u00e9es 1960 et que nous avons accompagn\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 \u2013 en v\u00e9rit\u00e9, on parlait encore, alors, d\u2019avant-gardes -, s\u2019est terriblement transform\u00e9 et ceci de fa\u00e7on acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e depuis notre 40<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;anniversaire&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat d\u2019une acc\u00e9l\u00e9ration subite depuis 10 ans est accompagn\u00e9 de son corollaire \u00ab&nbsp;technique&nbsp;\u00bb qui reprend dans les grandes lignes les changements intervenus dans les pratiques de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;A la d\u00e9j\u00e0 vertigineuse diversit\u00e9 des formes qu\u2019engendre la r\u00e9appropriation par les artistes de techniques traditionnelles, ainsi que l\u2019appropriation de nouveaux outils num\u00e9riques, s\u2019ajoutent l\u2019apport de proc\u00e9d\u00e9s anciens, artisanaux, voire vernaculaires, venus d\u00e9sormais des cinq continents et celui de pratiques consid\u00e9r\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 il y a peu de temps, comme marginales. Il va de soi que pour nous cet \u00e9largissement du champ couvert par l\u2019expression \u00ab&nbsp;art contemporain&nbsp;\u00bb n\u2019emp\u00eache pas de regarder les \u0153uvres avec les m\u00eames&nbsp;exigences de qualit\u00e9 formelle, d\u2019originalit\u00e9 et de pertinence. Ce n\u2019est pas toujours facile, dans le grand bazar qu\u2019est devenu&nbsp;un art trop souvent confondu avec son march\u00e9. Tous les acteurs de ce monde de l\u2019art en expansion ne disposent pas ou ne s\u2019embarrassent pas du m\u00eame dispositif de crit\u00e8res&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc amen\u00e9s \u00e0 comprendre le magazine comme une instance critique, s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la pertinence des formes de l\u2019art dit \u00ab&nbsp;contemporain&nbsp;\u00bb en d\u00e9passant les crit\u00e8res financiers du march\u00e9 de l\u2019art et en s\u2019attachant \u00e0 la valeur artistique des \u0153uvres ou des artistes pr\u00e9sent\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;En 2022, un large public est conquis et la t\u00e2che aujourd\u2019hui est plut\u00f4t de l\u2019aider \u00e0 distinguer les \u0153uvres authentiques de celles qui sont frelat\u00e9es&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le mot est l\u00e2ch\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;frelat\u00e9es&nbsp;\u00bb&nbsp;! En opposition, donc, \u00e0 une certaine \u00ab&nbsp;authenticit\u00e9&nbsp;\u00bb, il existerait des objets artistiques qui ne seraient pas \u00ab&nbsp;dignes&nbsp;\u00bb d\u2019\u00eatre r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s comme \u0153uvres de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce terme, qui renvoie notre imaginaire vers des contr\u00e9es plus \u00ab&nbsp;alcoolis\u00e9es&nbsp;\u00bb, ne semble avoir comme seul contre-pouvoir l\u2019authenticit\u00e9 que certaines \u0153uvres rec\u00e8leraient, nous permettant d\u2019acc\u00e9der, pour reprendre une terminologie de distilleur, \u00e0 une certaine \u00ab&nbsp;puret\u00e9&nbsp;\u00bb des pratiques exerc\u00e9es. Le magazine aurait donc comme mission de s\u00e9parer, dans le flux incessant des formes artistiques propos\u00e9es aux regardeurs que nous sommes \u2013 les publics, pour reprendre une terminologie ch\u00e8re aux instances culturelles \u2013 le bon grain de l\u2019ivraie, ceci avec une expertise assum\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019ailleurs de d\u00e9montrer l\u2019authenticit\u00e9 de certaines \u0153uvres \u00e0 l\u2019heure o\u00f9&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>vient de s\u2019achever Paris+, la nouvelle foire d\u2019art g\u00e9r\u00e9e par Art Basel&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Transition toute trouv\u00e9e&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Des \u0153uvres d\u2019artistes dont nous avons parfois \u00e9t\u00e9 parmi les tous premiers \u00e0 parler peuvent se n\u00e9gocier aujourd\u2019hui \u00e0 des prix qui feraient vivre cette r\u00e9daction pendant de nombreuses ann\u00e9es&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les lois du march\u00e9 sont telles que m\u00eame si une premi\u00e8re authenticit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e d\u2019\u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9es dans les pages du magazine n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 une financiarisation outranci\u00e8re, d\u2019autres \u0153uvres, qui aux yeux de Catherine Millet sont artistiquement sup\u00e9rieures \u2013 et donc plus \u00ab&nbsp;authentiques&nbsp;\u00bb \u2013 atteignent des prix qui restent comparativement modestes. Voici donc la triste loi du march\u00e9 de l\u2019art au sein duquel ce qui semble \u00eatre sup\u00e9rieur sur un plan artistique n\u2019est pas n\u00e9cessairement monnay\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, du moins comparativement \u00e0 d\u2019autres et sur un march\u00e9 de l\u2019art plus que sp\u00e9culatif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et la codirectrice du magazine de poser en une phrase les \u00ab <em>volont\u00e9s \u00e9conomiques&nbsp;\u00bb<\/em> des artistes de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;:&nbsp;\u00ab <em>Simultan\u00e9ment, nous avons affaire \u00e0 de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d\u2019artistes&nbsp;: on y croise aussi bien ceux qui&nbsp;veulent&nbsp;\u00ab&nbsp;faire carri\u00e8re&nbsp;\u00bb, que ceux qui&nbsp;se d\u00e9finissent comme&nbsp;des \u00ab&nbsp;travailleurs de l\u2019art&nbsp;\u00bb,&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;plus ou moins&nbsp;comme les prol\u00e9taires dans ce z\u00e9nith capitaliste, d\u2019autres, enfin, qui ne&nbsp;souhaitent&nbsp;que&nbsp;pr\u00e9server leur ind\u00e9pendance&nbsp;tout en se donnant les moyens de r\u00e9aliser ce que dicte leur imaginaire&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Catherine Millet conclut cet \u00e9dito en forme de souhait pour l\u2019avenir, conclusion aux intonations quelque peu nostalgiques, rappelant&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>qu\u2019il y a toujours un moment o\u00f9&nbsp;l\u2019\u00e9poque pionni\u00e8re&nbsp;\u00e0 laquelle artpress a pris part est cit\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence.<\/em>&nbsp;<em>Les avant-gardes des ann\u00e9es 1960 et 1970 sont devenues mythiques. Et si notre r\u00f4le \u00e9tait maintenant de&nbsp;rep\u00e9rer dans les formes actuelles la rigueur et la libert\u00e9 qui caract\u00e9risaient ces avant-gardes&nbsp;?&nbsp;De ramener le mythe dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Si Madame Millet a pu \u00e9voquer la situation \u00e9conomique du domaine des arts visuels \u2013 plut\u00f4t d\u00e9sastreuse, au demeurant, lui permettant de nous informer que le march\u00e9 cr\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s et que les jeunes artistes au sortir de l\u2019\u00e9cole sont plong\u00e9s dans une <em>\u00ab&nbsp;vraie pr\u00e9carit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em> (y aurait-il une fausse pr\u00e9carit\u00e9 ?) \u2013 nous pouvons comprendre que dans le cadre du cinquantenaire d\u2019un magazine comme celui-ci, sa conclusion soit plut\u00f4t orient\u00e9e par un propos \u00ab&nbsp;formel&nbsp;\u00bb souhaitant que les \u0153uvres actuelles retrouvent cette&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>rigueur et cette libert\u00e9 des avant-gardes&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;et donc de ramener le mythe dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, si la situation socio-\u00e9conomique des artistes est bien une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te et tangible, le fait de poser comme \u00ab&nbsp;marginale&nbsp;\u00bb cette position de \u00ab&nbsp;l&rsquo;artiste en travailleur&nbsp;\u00bb semble renverser le processus indiqu\u00e9 ci-dessus en nous laissant entendre que l&rsquo;artiste en prol\u00e9taire est un mythe que s&rsquo;invente un certain type de discours en mal de revendications. Pourtant, comment ne pas rapprocher cette r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une pr\u00e9carisation des \u00ab&nbsp;jeunes&nbsp;\u00bb artistes \u00e9voqu\u00e9e par Madame Millet et cette position des <em>artistes travailleurs-prol\u00e9taires<\/em>, exemples concrets qui viennent rejoindre, par un principe de r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e, la majorit\u00e9 des travailleurs aveugl\u00e9s et dont les yeux ont \u00e9t\u00e9 us\u00e9s par le soleil du capital \u00e0 son z\u00e9nith.&nbsp;Comment les autres artistes \u00ab&nbsp;font-ils carri\u00e8re&nbsp;\u00bb ou maintiennent-ils leur \u00ab&nbsp;ind\u00e9pendance&nbsp;\u00bb si ce n&rsquo;est en naviguant dans les eaux glac\u00e9es de cet oc\u00e9an capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>La part critique de ce magazine est \u00ab&nbsp;irr\u00e9prochable&nbsp;\u00bb, si tant est qu\u2019on accepte que, pour un magazine de ce type qui entend proposer aux lecteurs une analyse experte sur la qualit\u00e9 de l\u2019art contemporain, les propos, qui sont n\u00e9cessairement orient\u00e9s par une certaine ligne \u00e9ditoriale assum\u00e9e, ne puissent, en aucune fa\u00e7on, servir de parole d\u2019\u00e9vangile. Mais s\u2019il y a bien un lieu o\u00f9 les mots doivent faire sens, c\u2019est ici : alors supposer, par une sorte de d\u00e9duction logique \u00e9trange, qu\u2019un artiste qui se d\u00e9clare \u00ab&nbsp;travailleur&nbsp;\u00bb et que l&rsquo;on comprend alors &#8211; et \u00e0 juste titre &#8211; comme \u00ab&nbsp;prol\u00e9taire&nbsp;\u00bb puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;genre socio-\u00e9conomique&nbsp;\u00bb parmi d&rsquo;autres nous pousse d&rsquo;abord \u00e0 nous demander ce que sont et ce que font les autres artistes qui ne se d\u00e9clarent pas comme tels. Ensuite, consid\u00e9rer l&rsquo;artiste qui dit \u00ab&nbsp;travailler&nbsp;\u00bb comme implicitement <em>prol\u00e9taire <\/em>suppose que les deux positions sont irr\u00e9m\u00e9diablement li\u00e9es &#8211; semblant reconduire la distinction arendtienne du \u00ab travail \u00bb et de \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u0153uvre&nbsp;\u00bb et o\u00f9 l&rsquo;artiste ne peut aucunement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme travailleur puisque celui-ci est cens\u00e9 \u0153uvrer &#8211; et que tout \u00ab&nbsp;travail&nbsp;\u00bb implique un dessaisissement, une ali\u00e9nation, la prol\u00e9tarisation en \u00e9tant la cons\u00e9quence. Enfin, voir dans ces revendications de \u00ab l&rsquo;artiste en travailleur \u00ab une exception ou une posture parmi d&rsquo;autres au sein de ce r\u00e9gime de production artistique est un point de vue qui nous fait oublier que ce que vivent les artistes n&rsquo;est aucunement d\u00e9tach\u00e9 du monde qui les entoure. Tout praticien &#8211; ou tout autre \u00ab agent \u00bb actif au sein du domaine de l&rsquo;art &#8211; qui pr\u00e9tendrait \u00eatre exclus du monde qui l&rsquo;environne serait, pour ma part, soit aveugle, soit d\u00e9nu\u00e9 de toutes les facult\u00e9s pour comprendre que la fronti\u00e8re n&rsquo;existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Or cette question de la prol\u00e9tarisation n&rsquo;est pas \u00e0 comprendre comme une posture de quelques acteurs vindicatifs qui formeraient une petite caste au sein du domaine de l&rsquo;art mais bien ce que le syst\u00e8me engendre, touchant chacun des producteurs, qu&rsquo;ils soient ou non inclus dans le r\u00e9gime de production des arts. Cet&nbsp;\u00e9tat rel\u00e8ve plut\u00f4t d\u2019une condition d\u2019existence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 partir de laquelle la majorit\u00e9 des producteurs \u2013 dont ceux d\u2019un \u00ab&nbsp;monde de l\u2019art&nbsp;\u00bb en perte de centre identifiable \u2013 tente de se frayer un chemin. Il s\u2019agirait donc, en cette p\u00e9riode o\u00f9 les probl\u00e9matiques \u00e9conomiques des principaux acteurs de l\u2019art remontent \u00e0 la surface de cet oc\u00e9an artistique, de retrouver la vue et de consid\u00e9rer que les artistes sont des travailleurs et qu&rsquo;en tant que producteurs de valeur, ils sont aujourd&rsquo;hui des \u00ab&nbsp;prol\u00e9taires&nbsp;\u00bb comme les autres. Et m\u00eame si le caract\u00e8re ind\u00e9pendant de leur production &#8211; du moins esp\u00e8re-t-on une certaine autonomie formelle de celle-ci &#8211; laisse supposer qu&rsquo;ils travaillent \u00e0 leur \u00ab&nbsp;d\u00e9prol\u00e9tarisation \u00bb, ils ne peuvent \u00eatre exclus de ce processus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et encore moins, lorsqu&rsquo;ils se revendiquent travailleurs, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme un petit noyau d&rsquo;inconvertibles.<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il faut revenir aux sources de la question de la prol\u00e9tarisation chez Marx et Engels en se r\u00e9f\u00e9rant au premier texte o\u00f9 ils en d\u00e9roulent le concept&nbsp;: le&nbsp;Manifeste du parti communiste. Il est alors parfaitement clair que ce qui&nbsp;d\u00e9finit&nbsp;la prol\u00e9tarisation, c\u2019est la perte de savoir, et non la paup\u00e9risation&nbsp;: c\u2019est la perte du savoir tel qu\u2019il est formalis\u00e9 par la machine qui d\u00e9sormais le met en \u0153uvre. Comme dit Simondon, la machine devient l\u2019individu technique, cependant que l\u2019ouvrier prol\u00e9taris\u00e9 est d\u00e9sindividu\u00e9. La prol\u00e9tarisation, qui r\u00e9sulte d\u2019une \u00e9volution de la technique relevant d\u2019un processus de grammatisation, concerne \u00ab&nbsp;toutes les couches de la population&nbsp;\u00bb, comme dit le&nbsp;Manifeste, et non seulement la classe ouvri\u00e8re. [&#8230;] Ce n\u2019est pas le manque d\u2019argent qui fait la prol\u00e9tarisation&nbsp;: c\u2019est la perte de savoir, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9no\u00e9tisation<\/em>. [&#8230;] <em>Nous savons aujourd\u2019hui que le prol\u00e9tariat&nbsp;n\u2019est pas&nbsp;r\u00e9volutionnaire.<\/em>&nbsp;<em>La puissance&nbsp;n\u2019est pas&nbsp;celle du n\u00e9gatif, mais de l\u2019affirmation. Et cette affirmation, c\u2019est celle de la&nbsp;d\u00e9prol\u00e9tarisation, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019individuation par un d\u00e9passement de l\u2019organisation technique telle que l\u2019a impos\u00e9e le capital fixe.<\/em> <em>La d\u00e9prol\u00e9tarisation est possible et indispensable parce que l\u2019automatisation&nbsp;remplace les prol\u00e9taires, et c\u2019est ce qui doit conduire \u00e0 un complet r\u00e9agencement des processus d\u2019individuation psychique, d\u2019individuation technique et d\u2019individuation collective, ainsi qu&rsquo;une reconsid\u00e9ration des modes de production.<\/em> [&#8230;] <em>Ce n\u2019est pas le manque d\u2019argent qui fait la prol\u00e9tarisation&nbsp;: c\u2019est la perte de savoir, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9no\u00e9tisation, qui est \u00e0 pr\u00e9sent g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/em> (Bernard Stiegler)<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Un contresens a toujours \u00e9t\u00e9 commis par les n\u00e9gationnistes du prol\u00e9tariat. Ce concept avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par Marx au temps o\u00f9, objectivement, les choses \u00e9taient assez simples : prol\u00e9taire, salari\u00e9 et ouvrier \u00e9taient synonymes. Pratiquement tous les salari\u00e9s vendant leur force de travail participaient, de fa\u00e7on manuelle, \u00e0 la production mat\u00e9rielle et concouraient directement \u00e0 la production de plus-value. De ce fait, l\u2019habitude fut prise d\u00e8s l\u2019origine d\u2019identifier le prol\u00e9tariat \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, aux ouvriers. Au XXe si\u00e8cle, l\u2019approfondissement de la division du travail, la diversification des niveaux de qualification et des cat\u00e9gories de salari\u00e9s, le d\u00e9veloppement d\u2019activit\u00e9s de production immat\u00e9rielle, sont venus rompre l\u2019identification entre prol\u00e9taires salari\u00e9s et ouvriers. Le contresens consiste alors \u00e0 d\u00e9finir le prol\u00e9tariat non plus comme il se doit avec son crit\u00e8re de d\u00e9finition \u2013 la vente de la force de travail \u2013 mais par un exemple, et, qui plus est, par un exemple, les ouvriers majoritaires, correspondant \u00e0 une \u00e9poque bien dat\u00e9e.<\/em><em><br>Les diff\u00e9renciations au sein du prol\u00e9tariat ont \u00e9t\u00e9 introduites par la succession de r\u00e9volutions industrielles et de transformations du capitalisme. La premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle impuls\u00e9e par la machine \u00e0 vapeur, mise en \u0153uvre dans le textile puis dans la sid\u00e9rurgie et le chemin de fer, avait produit la classe ouvri\u00e8re au premier sens strict, c\u2019est-\u00e0-dire qui se confondait avec les ouvriers. La seconde r\u00e9volution industrielle apport\u00e9e par l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et le moteur \u00e0 explosion et d\u00e9velopp\u00e9e dans les industries chimiques puis automobiles avait engendr\u00e9 \u00e0 la fois le travail taylorien des ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s et le travail des techniciens. La troisi\u00e8me r\u00e9volution industrielle de l\u2019automatisation et l\u2019informatisation produit sous nos yeux la multiplication des employ\u00e9s, des techniciens productifs et commerciaux ainsi que la tertiarisation de l\u2019\u00e9conomie et la lente diminution des ouvriers. Il y a, lors de chaque grande transformation technique, un double mouvement de diff\u00e9renciation et d\u2019unification des formes du travail salari\u00e9. Mais y a-t-il une diff\u00e9rence de classe entre un ouvrier d\u2019usine et une caissi\u00e8re de supermarch\u00e9 ? Entre un op\u00e9rateur sur une machine \u00e0 commande num\u00e9rique et une employ\u00e9e de banque pench\u00e9e sur une machine \u00e0 lecture optique des ch\u00e8ques ? Entre le travailleur d\u2019usine et celui qui sera chez lui, devant son poste de t\u00e9l\u00e9-travail, dont la productivit\u00e9 et le moindre geste seront contr\u00f4l\u00e9s par l\u2019employeur et qui sera harcel\u00e9 jusque dans sa sph\u00e8re la plus intime par le t\u00e9l\u00e9phone portable ? Les \u00e9tudes sur l\u2019\u00e9volution de la population active salari\u00e9e en France aujourd\u2019hui montrent une tr\u00e8s grande stabilit\u00e9 de la part des cat\u00e9gories populaires dans l\u2019ensemble de la population active : pr\u00e8s de 60% de celle-ci sont constitu\u00e9s d\u2019ouvriers et d\u2019employ\u00e9s dont les conditions de travail et de salaires pr\u00e9sentent de nombreux points communs&nbsp;\u00bb. <\/em>(Jean-Marie Harribey) <a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Posons ici une question :<\/p>\n\n\n\n<p>Sur un plan strictement \u00e9conomique, y-a-t-il une r\u00e9elle diff\u00e9rence entre le livreur Uber soumis \u00e0 une loi sauvage de la d\u00e9r\u00e8glementation du travail et l&rsquo;artiste, d\u00e9pendant de quelques subsides et de la loi du march\u00e9, perdu dans ses recherches permanentes de solutions pour obtenir quelques revenus suffisants lui permettant de subvenir \u00e0 ses besoins.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-MRV91N\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Insoluble pr\u00e9carit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste et le plasticien sont aujourd\u2019hui r\u00e9unis, dans le vocabulaire courant, pas un trait d\u2019union qui semble avoir act\u00e9 la reconnaissance d\u2019une activit\u00e9 socio-productive au sein de laquelle le domaine consacr\u00e9 des arts et la plasticit\u00e9 exp\u00e9rimentale de la pratique du sensible sont d\u00e9sormais indissociables. Si la question de \u00ab&nbsp;l\u2019artiste&nbsp;\u00bb d\u00e9passe de loin cet \u00e9tat productif tr\u00e8s sp\u00e9cifique du plasticien \u2013 chanteurs, acteurs, cin\u00e9aste, danseurs, etc. \u2013 l\u2019union des deux renvoie, comme tout le monde le sait, \u00e0 ce que nous nommons \u00ab&nbsp;le domaine des arts visuels&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Or, si cette union marque une \u00e9volution dans l\u2019histoire de la cat\u00e9gorie sociale de l\u2019artiste, ayant modifi\u00e9 la perception du faire artistique, elle ne change malheureusement pas les probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 cette famille de producteurs que forment les pratiquants des arts visuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si le contexte de crise sanitaire que nous avons travers\u00e9 a pu \u00e0 nouveau rendre publiques &#8211; et ce de mani\u00e8re peut-\u00eatre plus virulente &#8211; les probl\u00e9matiques qui concernent \u00ab&nbsp;les arts et le spectacle&nbsp;\u00bb en ramenant sur le devant de la sc\u00e8ne cette question de l\u2019\u00e9conomie singuli\u00e8re du domaine artistique en en soulignant les divers paradoxes socio-\u00e9conomiques qui les constituent, la question sp\u00e9cifique de <em>la valorisation \u00e9conomique du r\u00e9gime de production<\/em> que sont les arts visuels n\u2019a pas attendu cette crise pour \u00eatre pos\u00e9e. Et si la question des impasses, des vides et des contradictions concernant les constituants juridico-\u00e9conomiques des pratiques artistiques est soulev\u00e9e depuis plusieurs d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, les rapports d\u2019analyses concernant l\u2019\u00e9tat actuel de la situation se suivent et se ressemblent, aboutissant tous au m\u00eame constat&nbsp;: les \u00ab&nbsp;cr\u00e9atifs&nbsp;\u00bb [des arts visuels] sont pr\u00e9caires.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, si cette question du statut socio-\u00e9conomique de l\u2019artiste-plasticien pouvait, il y a encore quelques ann\u00e9es, rest\u00e9e bien loin des pr\u00e9occupations et des possibilit\u00e9s administratives et comptables de la raison dite \u00ab&nbsp;d\u2019usage&nbsp;\u00bb, elle entre aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 la persistance de certaines&nbsp;<em>repr\u00e9sentations collectives<\/em>, dans le champ des n\u00e9gociations sociales et pose comme horizon l\u2019\u00e9laboration d\u2019un statut socio-professionnel permettant l\u2019obtention de revenus suffisants pour pratiquer de mani\u00e8re non pr\u00e9caire et possiblement \u00ab&nbsp;professionnelle&nbsp;\u00bb l\u2019activit\u00e9 artistique. Les revendications qui abordent ces questions et qui souhaiteraient \u00ab&nbsp;redresser la barre&nbsp;\u00bb vont toutes dans le m\u00eame sens&nbsp;: sortir de cette pr\u00e9carit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le territoire fran\u00e7ais, ces revendications semblent avoir \u00e9t\u00e9 entendues&nbsp;: les&nbsp;<em>arts visuels<\/em>, inscrits dans la non moins fameuse cat\u00e9gorie de l\u2019\u00e9conomie politique que nous appelons commun\u00e9ment \u00ab&nbsp;Culture&nbsp;\u00bb, se sont vus dot\u00e9s, \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019\u00c9tat, d\u2019une instance de recherche d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e aux territoires et aux r\u00e9gions et qui porte le doux nom de SODAVI, entendre ici&nbsp;<em>Sch\u00e9ma d\u2019orientation pour le d\u00e9veloppement des arts visuels<\/em>.<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce qui nous est dit&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le Sch\u00e9ma d\u2019Orientation pour le D\u00e9veloppement des Arts Visuels (SODAVI), accompagn\u00e9 par l\u2019\u00c9tat, est un outil de construction conjointe des politiques publiques en faveur des arts visuels, au service des acteurs professionnels des arts visuels et des publics. D\u00e9clin\u00e9 selon les sp\u00e9cificit\u00e9s territoriales, il a pour objectif d\u2019\u00e9tablir un diagnostic de l\u2019existant et&nbsp;<\/em><strong><em>des manques \u00e9ventuels<\/em><\/strong><em>, mais aussi de recenser et de f\u00e9d\u00e9rer le travail de l\u2019ensemble des acteurs dans un processus de concertation non hi\u00e9rarchis\u00e9. Il doit permettre d\u2019inscrire dans la dur\u00e9e la concertation, la valorisation et le d\u00e9veloppement des arts visuels en d\u00e9gageant des th\u00e9matiques de travail prioritaires. Les DRAC sont invit\u00e9es \u00e0 \u00e9laborer un ou plusieurs SODAVI afin de construire&nbsp;<\/em><strong><em>des diagnostics partag\u00e9s qui permettront de d\u00e9boucher sur des actions coordonn\u00e9es<\/em><\/strong><em>. Si chaque SODAVI aboutira \u00e0 des constats et recommandations diff\u00e9rentes suivant le territoire et les acteurs rassembl\u00e9s, l\u2019enjeu commun est de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0&nbsp;<\/em><strong><em>des dispositifs de soutien centr\u00e9s sur la vie professionnelle des artistes<\/em><\/strong><em>&nbsp;en tant que&nbsp;<\/em><strong><em>cr\u00e9ateurs de valeur artistique et \u00e9conomique<\/em><\/strong><em>&nbsp;dans les territoires et plus seulement sur les \u0153uvres&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu est donc de&nbsp;\u00ab&nbsp;<strong><em>r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des dispositifs de soutien&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong>&nbsp;envers les acteurs de ce domaine de production.<\/p>\n\n\n\n<p>Les principes avanc\u00e9s d\u2019aide et de contribution nous forcent donc \u00e0 consid\u00e9rer ce programme des SODAVI comme un ajustement et une am\u00e9lioration \u00e0 grande \u00e9chelle de l\u2019existant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et puisque d&rsquo;une part, sur un plan strictement prosa\u00efque et mon\u00e9taire, on constate que l&rsquo;activit\u00e9 artistique ne permet pas aux int\u00e9ress\u00e9s d&rsquo;acc\u00e9der au principe d&rsquo;autonomie financi\u00e8re, et que de l&rsquo;autre, suite \u00e0 ce constat, on suppose que la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e0 laquelle ces artistes sont confront\u00e9s l\u00e9gitimerait une volont\u00e9 d\u2019am\u00e9lioration de leur conditions de subsistance, il est donc naturel de consid\u00e9rer ces derniers comme producteurs de valeur \u00e9conomique. Sinon pourquoi lancer un tel programme ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce projet d\u2019initiative nationale&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>vise le renouvellement d\u2019une politique en faveur des arts visuels&nbsp;\u00bb<\/em>. Les diff\u00e9rentes propositions r\u00e9gionales ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies apr\u00e8s concertation des diff\u00e9rents acteurs du territoire concern\u00e9 afin de trouver des solutions \u00e0 cette situation. Et apr\u00e8s lecture de certains comptes rendus [Aquitaine, Centre-Loire et PACA], on peut constater effectivement que les diff\u00e9rentes propositions tentent d\u2019am\u00e9liorer des situations concr\u00e8tes \u00e0 partir desquelles le syst\u00e8me en place se d\u00e9veloppe.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le mot d&rsquo;ordre est ainsi lanc\u00e9 : \u00ab&nbsp;professionnalisons&nbsp;\u00bb les artistes !<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant ce sont d\u2019\u00e9tranges synth\u00e8ses qui s\u2019offrent \u00e0 nous, les \u00e9lans de \u00ab&nbsp;modernisation&nbsp;\u00bb en vue d\u2019une \u00ab&nbsp;professionnalisation&nbsp;\u00bb des acteurs du secteur faisant des ricochets sur un cadre institutionnel, \u00e9conomique et id\u00e9ologique inchang\u00e9. Car s\u2019il faut \u00ab&nbsp;am\u00e9liorer&nbsp;\u00bb, c\u2019est bien que ce principe d\u2019am\u00e9lioration suppose que la structure, quant \u00e0 elle, ne change fondamentalement pas&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>De quelle structure s\u2019agit-il&nbsp;? Des grandes \u00e9coles d\u2019art, du m\u00e9c\u00e9nat d\u2019entreprise, du march\u00e9 de l\u2019art, du minist\u00e8re de la Culture&nbsp;\u00bb.<\/em><a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><em><strong>[4]<\/strong><\/em><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi pos\u00e9s, ces \u00ab&nbsp;rendez-vous&nbsp;\u00bb de l\u2019art ressemblent fort \u00e0 une r\u00e9union de famille durant laquelle les diff\u00e9rents membres, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis autour d\u2019une table \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019autorit\u00e9 parentale, sont amen\u00e9s, apr\u00e8s constat d\u2019une crise au sein du foyer, \u00e0 r\u00e9gler entre eux les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es. Mais si ces rendez-vous entendent trouver des solutions en r\u00e9unissant les diff\u00e9rents acteurs du secteur \u2013 les diff\u00e9rents membres de la famille \u2013 il faut rappeler que&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>toute d\u00e9marche d\u2019organisation a un aspect n\u00e9cessairement conflictuel, invisibilis\u00e9 par les initiateurs de ce type de dispositif. Une concertation s\u00e9rieuse prendrait en compte les divergences d\u2019int\u00e9r\u00eats qui op\u00e8rent au sein de cet ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne d\u00e9sign\u00e9 sous le vocable vague \u201cd\u2019acteurs des arts visuels<\/em>.&nbsp;\u00bb [\u2026]&nbsp;<em>Une d\u00e9marche responsable serait d\u2019assumer ces conflits et de se confronter aux contradictions qui travaillent le monde de l\u2019art.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Et un des probl\u00e8mes majeurs discut\u00e9s autour de cette table est la difficult\u00e9 avec laquelle les artistes-plasticiens r\u00e9ussissent \u00e0 <em>g\u00e9n\u00e9rer des revenus suffisants pour exercer leur activit\u00e9<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La valorisation \u00e9conomique de l\u2019activit\u00e9 artistique se r\u00e9alise principalement par la vente des \u0153uvres, l\u2019institution actuelle du travail excluant ainsi de cette reconnaissance tout ce qui a trait \u00e0 la conception mat\u00e9rielle ou intellectuelle, \u00e0 la pr\u00e9paration des expositions ou \u00e0 la communication, comme les conf\u00e9rences ou les entretiens,&nbsp;etc., et cette liste n\u2019est pas exhaustive. Cette d\u00e9finition tr\u00e8s restrictive du travail para\u00eet d\u2019autant plus arbitraire et obsol\u00e8te que le p\u00e9rim\u00e8tre des activit\u00e9s pouvant entrer dans le champ de la production artistique n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 historiquement aussi vaste<\/em>&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La valorisation \u00e9conomique actuelle est donc une impasse. Ce n\u2019est un secret pour personne. Comme il a pu \u00eatre rappel\u00e9, une grande majorit\u00e9 des praticiens \u2013 pour ne consid\u00e9rer ici que les artistes-plasticiens \u2013 ne d\u00e9passe que rarement le seuil de pauvret\u00e9, le montant total annuel des revenus ne d\u00e9passant que rarement les 5000 \u20ac (si l\u2019on consid\u00e8re le secteur artistique comme seule source de revenu). Sachant que le salaire m\u00e9dian en France est aujourd\u2019hui (en 2024) de 2231\u20ac net\/mois (soit 26772\u20ac\/an), il est ais\u00e9 de constater que les artistes dans leur majorit\u00e9 sont loin d\u2019atteindre une r\u00e9elle autonomie financi\u00e8re, laissant, dans les circonstances actuelles, les principaux int\u00e9ress\u00e9s d\u00e9pendre soit des subsides des institutions publiques, soit des lois du march\u00e9 de l\u2019art qui, apparemment, ne peuvent ni l\u2019un ni l\u2019autre assurer cette r\u00e9gularit\u00e9 tant souhait\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les producteurs et productrices d\u2019\u0153uvres dans le champ des arts plastiques se retrouvent pour leur part dans une situation paradigmatiquement catastrophique, \u00e0 la crois\u00e9e de toutes les d\u00e9rives du n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/em><em>\u2009<\/em><em>&nbsp;: toutes et tous sont priv\u00e9s des protections li\u00e9es au salariat et la partie extr\u00eamement limit\u00e9e de leur activit\u00e9 reconnue comme du travail doit passer sous les fourches caudines d\u2019un march\u00e9 fortement in\u00e9galitaire et \u00e9liminatoire, puisqu\u2019on estime que moins de 1<\/em><em>\u2009<\/em><em>% des artistes sortant d\u2019\u00e9coles d\u2019art pourront vivre de la vente de leurs \u0153uvres<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Continuer \u00e0 travailler dans ces circonstances devient, pour les artistes, un v\u00e9ritable parcours du combattant. La&nbsp;<em>logique de soutien<\/em>, \u00e0 nouveau mise en avant comme voie possible pour permettre AUX artistes de maintenir la possibilit\u00e9 d\u2019exercice de leur pratique ne fait que donner l&rsquo;illusion de l&rsquo;existence d\u2019un filet de s\u00e9curit\u00e9, soulignant l\u2019indispensable et ind\u00e9passable logique de l\u2019aide et de la contribution pour ces producteurs. Nous stagnons ainsi dans une eau croupie en imaginant que la situation s\u2019am\u00e9liorera uniquement en changeant l\u2019eau, sans se dire que de grandes ouvertures et un \u00ab&nbsp;curage&nbsp;\u00bb de fond sont absolument n\u00e9cessaires pour sortir de l\u2019\u00e9tat actuel des choses.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment expliquer, dans une telle situation, que les demandes et dol\u00e9ances s&rsquo;\u00e9tablissent encore \u00e0 partir de ces m\u00eames dispositifs d\u2019aide et de soutien, un des fondements du cadre actuel de fonctionnement ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette cat\u00e9gorie productive semble vouloir sortir de cette situation fig\u00e9e et scl\u00e9ros\u00e9e, comment expliquer que ces acteurs majeurs souhaitent encore r\u00e9pondre \u00e0 de telles sollicitations, proposant, sous diverse formes, la redite d&rsquo;un programme pourtant tr\u00e8s clair : quelques subsides, quelques subventions de fonctionnement, en attendant peut-\u00eatre que le march\u00e9 de l\u2019art puisse combler certains vides&nbsp;? Et comment expliquer que <strong>la terminologie employ\u00e9e<\/strong> lors de ces concertations reste absolument d\u00e9termin\u00e9e ou orient\u00e9e par le mode de fonctionnement du syst\u00e8me actuel, syst\u00e8me, rappelons le, qui ne peut absolument pas permettre une r\u00e9solution du probl\u00e8me majeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques exemples&nbsp;r\u00e9v\u00e9lateurs :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Le co\u00fbt du soutien<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019artistes est souvent faible mais a beaucoup d\u2019effets sur la ville m\u00eame si&nbsp;<\/em><strong><em>ce retour sur investissement<\/em><\/strong><em>&nbsp;n\u2019est pas toujours visible tr\u00e8s rapidement&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les revenus irr\u00e9guliers des artistes n\u2019offrent pas&nbsp;<\/em><strong><em>les garanties n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019obtention de pr\u00eats bancaires<\/em><\/strong><em>. Ils se trouvent souvent bloqu\u00e9s dans leur projet d\u2019acquisition de logement ou d\u2019atelier&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;D\u00e9velopper un <\/em><strong><em>syst\u00e8me de caution<\/em><\/strong><em> aupr\u00e8s des banques pour&nbsp;<\/em><strong><em>favoriser la mise en \u0153uvre de pr\u00eats<\/em><\/strong><em>&nbsp;pour les artistes ou la cr\u00e9ation d\u2019un&nbsp;<\/em><strong><em>fonds de dotation&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019artiste est le <\/em><strong><em>cr\u00e9ateur de&nbsp;valeurs<\/em><\/strong><em>&nbsp;parfois&nbsp;<\/em><strong><em>marchande<\/em><\/strong><em>&nbsp;mais&nbsp;<\/em><strong><em>aussi et surtout<\/em><\/strong><em>&nbsp;<\/em><strong><em>symbolique, politique et philosophique<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<\/em><strong><em>Faire reconna\u00eetre le travail de l\u2019artiste<\/em><\/strong><em> (et non uniquement ses travaux)&nbsp;<\/em><strong><em>au sein du secteur marchand<\/em><\/strong><em>&nbsp;mais aussi sa puissance symbolique&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;R\u00e9diger un vade-mecum pour&nbsp;<\/em><strong><em>les partenaires publics et priv\u00e9s<\/em><\/strong><em>&nbsp;en termes de bonnes pratiques, notamment sur&nbsp;<\/em><strong><em>la question de la r\u00e9mun\u00e9ration des artistes&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Le processus de cr\u00e9ation<\/em><\/strong><em>&nbsp;devrait \u00eatre pris en compte ind\u00e9pendamment de la production de l\u2019\u0153uvre et de sa valorisation sur le seul march\u00e9 de l\u2019art&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Cr\u00e9er&nbsp;<strong><em>un fonds aliment\u00e9 par le m\u00e9c\u00e9nat<\/em><\/strong>&nbsp;de mani\u00e8re organis\u00e9e et coordonn\u00e9e, en lien avec les <strong>Chambres de commerce et d\u2019industrie<\/strong>, pour permettre de&nbsp;<strong><em>relancer le lien entre les artistes et les entreprises&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<\/em><strong><em>Le secteur des arts visuels<\/em><\/strong><em> qui&nbsp;<\/em><strong><em>se fonde sur le soutien \u00e0 la cr\u00e9ation et aux artistes<\/em><\/strong><em>, la valorisation des \u0153uvres et le trait d\u2019union avec des publics les plus larges possibles est compos\u00e9 d\u2019une&nbsp;<\/em><strong><em>multiplicit\u00e9 de sch\u00e9mas \u00e9conomiques<\/em><\/strong><em>&nbsp;et d\u2019intervenants (artistes, institutions publiques,&nbsp;<\/em><strong><em>galeries, collectionneurs<\/em><\/strong><em>, partenaires,&nbsp;<\/em><strong><em>m\u00e9c\u00e8nes<\/em><\/strong><em>, freelance, etc.). Il est aujourd\u2019hui \u00e0 un <\/em><strong><em>moment charni\u00e8re de son existence<\/em><\/strong><em> <\/em><strong><em>et doit participer \u00e0 la r\u00e9flexion sur&nbsp;son&nbsp;mod\u00e8le \u00e9conomique, ses enjeux, les nouvelles situations<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Prendre en compte <\/em><strong><em>la diversification et l\u2019hybridation des mod\u00e8les classiques de&nbsp;financement<\/em><\/strong><em>&nbsp;: public, priv\u00e9, autofinancement auxquels s\u2019ajoutent aujourd\u2019hui une&nbsp;<\/em><strong><em>\u00e9conomie non mon\u00e9taire<\/em><\/strong><em>&nbsp;(dont l\u2019\u00e9conomie relationnelle et de la r\u00e9ciprocit\u00e9). Comment les valoriser ?&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces propositions ne d\u00e9placent pas le curseur. Elles tentent tant bien que mal d&rsquo;arranger, de moduler ou simplement de rendre plus \u00ab&nbsp;charitable&nbsp;\u00bb un syst\u00e8me qui, jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;a pas permis d\u2019assurer ne serait-ce qu\u2019\u00e0 minima la subsistance des praticiens du secteur. On lui demanderait tout de m\u00eame de \u00ab&nbsp;faire un effort&nbsp;\u00bb pour soutenir une fois de plus les producteurs de ce secteur. Etrange volont\u00e9 ! Il semblerait plut\u00f4t que le v\u0153u de&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>sortir des sch\u00e9mas&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>ne soit qu\u2019une chim\u00e8re et que notre artiste, malgr\u00e9 l\u2019obtention de quelques petites am\u00e9liorations, soit condamn\u00e9, par la force des constructions sociales le concernant, \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un \u00ab&nbsp;demandeur d\u2019aides&nbsp;\u00bb \u2013 \u00e0 qui, priv\u00e9es ou publiques, veut bien l\u2019entendre \u2013 vou\u00e9 au statut officiel de SRF (Sans Revenu Fixe) o\u00f9 \u00ab&nbsp;<em>l\u2019engagement dans une polyactivit\u00e9 m\u00ealant diff\u00e9rentes formes de travail d\u00e9grad\u00e9es pour que celui-ci puisse survivre \u00e9conomiquement est quasiment la r\u00e8gle&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les revenus des artistes sont irr\u00e9guliers&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>entendre ici que ces derniers ne peuvent pr\u00e9tendre aujourd\u2019hui \u00e0 une \u00ab&nbsp;vie&nbsp;d\u2019artiste&nbsp;\u00bb qu\u2019en tra\u00eenant derri\u00e8re eux l\u2019irr\u00e9m\u00e9diable instabilit\u00e9 financi\u00e8re \u2013 instaur\u00e9e comme \u00ab&nbsp;fonction naturelle&nbsp;\u00bb &#8211; et avec laquelle ils devront, <em>quels que soient les progr\u00e8s organisationnels r\u00e9alis\u00e9s<\/em>, composer. Ceux-ci auront beau&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>mettre en r\u00e9seau&nbsp;\u00bb<\/em>,&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>trouver des lieux de travail&nbsp;\u00bb<\/em>,&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>d\u00e9velopper des outils d\u2019\u00e9change et de partage de l\u2019information&nbsp;\u00bb<\/em> ou tout autre action cherchant \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de fonctionnement &#8211; ce qui est effectivement n\u00e9cessaire mais non essentiel (comme la cerise sur un g\u00e2teau !) au sein de ces questions de la subsistance artistique &#8211; ceux-ci seront toujours en recherche de subsides afin de pouvoir, selon l\u2019expression consacr\u00e9e, \u00ab&nbsp;joindre les deux bouts&nbsp;\u00bb. Car ce qui est certain, c\u2019est que les am\u00e9liorations souhait\u00e9es, m\u00eame si elles se concr\u00e9tisent, ne permettront pas de r\u00e9soudre cette irr\u00e9gularit\u00e9, voire cette pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique constante.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-81FZ3s\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Economie de la cr\u00e9ation &#8211; Des paradoxes juridiques en \u00e9conomie artistique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>[Culture Prospective \u2013 2007-4 \/ Politiques publiques et r\u00e9gulation \/&nbsp;<em>R\u00e9gulation du travail artistique<\/em>&nbsp;\/ Francine Labadie, charg\u00e9e de mission au DEFEM et Fran\u00e7ois Rouet, charg\u00e9 d\u2019\u00e9tude au DEPS (Minist\u00e8re de la Culture)] <a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Cette note gouvernementale datant de 2007 entendait produire une synth\u00e8se \u00ab&nbsp;inachev\u00e9e&nbsp;\u00bb favorisant le d\u00e9bat autour de l\u2019\u00e9conomie artistique. Les questions du&nbsp;<em>travail artistique<\/em>&nbsp;\u2013 que nous pr\u00e9f\u00e9rerons ici au terme de&nbsp;<em>travail de cr\u00e9ation<\/em>&nbsp;\u2013 ainsi que de sa valorisation et de sa protection \u00e9taient ici en jeu. Ce d\u00e9bat \u2013 puisque ce document \u00e9tait cens\u00e9 ouvrir une discussion \u2013 semblait vouloir s\u2019inscrire dans le contexte d\u2019essor de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019immat\u00e9riel, dont&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;la cr\u00e9ativit\u00e9 constitue le levier<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp;Les auteurs cherchaient ainsi \u00e0 effectuer une synth\u00e8se qui&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;aborde la grande complexit\u00e9 des&nbsp;<\/em><strong><em>modes de r\u00e9gulation<\/em><\/strong><em>&nbsp;du travail de cr\u00e9ation, et ainsi leur&nbsp;<\/em><strong><em>coh\u00e9rence<\/em><\/strong><em>, alors que&nbsp;<\/em><strong><em>la notion de \u00ab&nbsp;travail artistique&nbsp;\u00bb reste en d\u00e9bat.<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb [\u2026] Cette synth\u00e8se tentait de&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;poser quelques jalons nouveaux afin d\u2019accompagner la r\u00e9flexion sur&nbsp;<\/em><strong><em>les mutations de la cr\u00e9ation artistique et de son \u00e9conomie<\/em><\/strong>.&nbsp;\u00bb Les auteurs, apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 que l\u2019activit\u00e9 de cr\u00e9ation \u00e9tait hier appr\u00e9hend\u00e9e au travers de son r\u00e9sultat \u2013 l\u2019\u0153uvre [physique &#8211; je rajoute] comme envers du travail, ouvrent la discussion avec cette citation du sociologue Pierre-Michel MENGER : \u00ab&nbsp;<em>Loin des&nbsp;<\/em><strong><em>repr\u00e9sentations romantiques<\/em><\/strong><em>, contestataires ou subversives de l\u2019artiste, il faudrait regarder le cr\u00e9ateur comme une&nbsp;<\/em><strong><em>figure exemplaire<\/em><\/strong><em>&nbsp;du nouveau travailleur, figure \u00e0 travers laquelle se lisent des transformations aussi d\u00e9cisives que la fragmentation du continent salarial, la pouss\u00e9e des professionnels autonomes, l\u2019amplitude et les ressorts des in\u00e9galit\u00e9s contemporaines, la mesure ou l\u2019\u00e9valuation des comp\u00e9tences ou encore l\u2019individualisation des relations d\u2019emploi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs entrent donc dans le vif du sujet par cette articulation du travail et de l\u2019art et franchissent la porte du&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;travail artistique&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;en rappelant que cette<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;notion d\u00e9signe \u00e0 la fois le processus complexe d\u2019activit\u00e9 artistique qui mobilise une diversit\u00e9 d\u2019intervenants, suscitant une multitude de d\u00e9marches et de pratiques,&nbsp;<\/em><strong><em>et<\/em><\/strong><em>&nbsp;l\u2019\u0153uvre comme r\u00e9sultat de ce travail<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;, deux visions qui ne reconnaissent chacune que de mani\u00e8re tr\u00e8s limit\u00e9e les liens entre \u0153uvre et activit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019\u00e9tat des droits concernant cette m\u00eame notion de \u00ab&nbsp;travail artistique&nbsp;\u00bb \u2013 et par l\u00e0 l\u2019\u00e9tat du droit donnant \u00e0 cette activit\u00e9 un acc\u00e8s au circuit de l\u2019\u00e9conomie mon\u00e9taire \u2013 renverrait notre artiste vers deux voies distinctes&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la figure du cr\u00e9ateur-auteur, prise en compte par le&nbsp;<strong>droit de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique<\/strong>&nbsp;et n\u2019ayant pas pour objectif de conf\u00e9rer un statut \u00e0 l\u2019artiste en tant que travailleur&nbsp;;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>de l\u2019autre, sous la figure du travailleur, l\u2019artiste du spectacle qui b\u00e9n\u00e9ficie, en France, du&nbsp;<strong>statut de salari\u00e9<\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et les auteurs nous rappellent que ce sont deux enjeux qui sont au centre des tensions que connaissent ces mod\u00e8les juridiques&nbsp;: dans le contexte de l\u2019artiste-auto-entrepreneur, et o\u00f9 les&nbsp;<strong>relations avec son employeur sont sporadiques par nature car fond\u00e9es sur une activit\u00e9 de projet<\/strong>, le premier enjeu concerne les protections accord\u00e9es aux artistes en contrepartie de&nbsp;<strong>l\u2019asym\u00e9trie des relations de travail.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il n\u2019est pas certain que cette incompatibilit\u00e9 et cette asym\u00e9trie soient \u00ab&nbsp;nouvelles&nbsp;\u00bb, la question est tout de m\u00eame pos\u00e9e, en lien avec un contexte socio-\u00e9conomique en mutation \u2013 nous affirment les auteurs \u2013 de savoir comment \u00e9volue le droit pour s\u2019adapter \u00e0&nbsp;<strong><em>la nouvelle r\u00e9alit\u00e9<\/em><\/strong><em>&nbsp;du travail de cr\u00e9ation<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs posent ensuite deux questions suite \u00e0 l\u2019\u00e9num\u00e9ration de ce premier enjeu&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>comment s\u2019op\u00e8re la r\u00e9partition des responsabilit\u00e9s concernant les risques inh\u00e9rents \u00e0 la mobilisation du travail <\/em>[artistique] ?&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li><em>comment se concilient&nbsp;<\/em><strong><em>la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019autonomie<\/em><\/strong><em>&nbsp;comme condition de la \u00ab&nbsp;cr\u00e9ativit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(et donc du \u00ab&nbsp;travail artistique&nbsp;\u00bb) \u2013 en somme, ce qui constitue sur un plan \u00ab&nbsp;professionnel&nbsp;\u00bb le lot de tous les travailleurs ind\u00e9pendants \u2013&nbsp;<em>et la s\u00e9curisation de cet exercice professionnel, notamment l\u2019octroi de garanties de ressources<\/em>&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le second enjeu que les auteurs rep\u00e8rent est le suivant&nbsp;:&nbsp;<strong><em>comment \u00e9valuer la \u00ab&nbsp;juste&nbsp;\u00bb r\u00e9mun\u00e9ration du travail artistique&nbsp;?<\/em><\/strong>&nbsp;Or, ils constatent que, si les niveaux de revenus sont d\u00e9pendants de la discontinuit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9, du volume des subventions, d\u2019arbitrages entre d\u00e9penses de marketing et d\u00e9penses en r\u00e9mun\u00e9ration, les artistes semblent apport\u00e9s des r\u00e9ponses aux risques professionnels par la&nbsp;<strong>mobilit\u00e9 intersectorielle<\/strong>&nbsp;et la&nbsp;<strong><em>diversification des activit\u00e9s<\/em><\/strong>&nbsp;ainsi que par&nbsp;<strong>l\u2019autoproduction<\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles sont donc les \u00e9volutions du travail de cr\u00e9ation dans le nouveau contexte \u00e9conomique et technique ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les&nbsp;<\/em><strong><em>fili\u00e8res culturelles<\/em><\/strong><em>&nbsp;reposent sur le&nbsp;<\/em><strong><em>travail artistique<\/em><\/strong><em>&nbsp;et le&nbsp;<\/em><strong><em>potentiel de renouvellement cr\u00e9atif&nbsp;<\/em><\/strong><em>des auteurs, artistes, cr\u00e9ateurs, dans lesquels leurs partenaires \u00e9conomiques investissent&nbsp;\u00bb<\/em>. Ce principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 sociale dessine la trame \u00e0 partir de laquelle et les conditions dans lesquelles le travail artistique se valorise, valorisation devant faire face aux d\u00e9fis actuels du<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;nouveau contexte \u00e9conomique et technique&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;les mutations des fili\u00e8res culturelles transforment la place et le r\u00f4le des acteurs \u00e9conomiques avec trois \u00e9volutions qui se renforcent mutuellement : le poids de l\u2019aval dans les fili\u00e8res culturelles, le poids des interrelations croissantes entre fili\u00e8res, le r\u00f4le d\u00e9terminant de la production<\/em>.&nbsp;<em>De telles \u00e9volutions ne peuvent qu\u2019affecter le travail artistique.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;travail artistique&nbsp;\u00bb se retrouverait donc affect\u00e9 par des changements majeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La&nbsp;<strong>place croissante donn\u00e9e \u00e0 l\u2019aval de la production<\/strong>, accentu\u00e9e par le caract\u00e8re crucial de la mise en march\u00e9 des productions culturelles qui doivent se commercialiser, ceci en r\u00e9f\u00e9rence aux pratiques standard du reste de l\u2019\u00e9conomie [culturelle marchande] renforce une tension structurelle entre, d\u2019une part, l\u2019amont \u2013 o\u00f9 l\u2019autonomie de la cr\u00e9ation se manifeste et, d\u2019autre part, l\u2019accentuation de la pression de sa mise en march\u00e9 en aval par les productions culturelles.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;On observe ainsi clairement ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans le secteur audiovisuel o\u00f9 le financement publicitaire et la sanction de l\u2019audience sont d\u00e9terminants et peuvent s\u2019analyser dans le cadre du mod\u00e8le \u00e9conomique d\u2019un march\u00e9 biface&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;l\u2019apparition dans les fili\u00e8res culturelles d\u2019acteurs externes aux mondes de l\u2019art \u2013 op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9communications, industriels de l\u2019informatique, de l\u2019\u00e9lectronique et du logiciel, grande distribution\u2026 \u2013 peuvent alimenter la crainte d\u2019une soumission aux seules contraintes de rentabilisation de court terme et d\u2019un appauvrissement subs\u00e9quent de la cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, si les auteurs soul\u00e8vent la question de la crainte d\u2019une \u00ab&nbsp;d\u00e9naturation&nbsp;\u00bb de la production artistique li\u00e9e \u00e0 l\u2019introduction de ces fili\u00e8res \u00e9trang\u00e8res aux fili\u00e8res artistiques, alli\u00e9e au ph\u00e9nom\u00e8ne de concentration horizontale et verticale, ils remarquent toutefois qu\u2019en ce qui concerne les \u00ab&nbsp;arts plastiques&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le caract\u00e8re \u00ab aplati \u00bb de la fili\u00e8re traduit une prise en charge des fonctions de production-diffusion-commercialisation par les m\u00eames acteurs \u2013 les galeries \u2013, lesquels affirment de plus en plus un r\u00f4le de producteurs&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On remarque \u00e9galement que&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;ces tendances font na\u00eetre des inqui\u00e9tudes qui avivent l\u2019enjeu de l\u2019ind\u00e9pendance. Cette notion d\u2019ind\u00e9pendance, quoique ambigu\u00eb, est connot\u00e9e positivement parce qu\u2019elle exprime une capacit\u00e9 \u00e0 maintenir \u00e0 distance les logiques financi\u00e8res de court terme, \u00e0 respecter les logiques professionnelles, \u00e0 <\/em><strong><em>mener un v\u00e9ritable exercice du m\u00e9tier<\/em><\/strong><em> o\u00f9 les professionnels expriment et impriment leur subjectivit\u00e9, \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019autonomie strat\u00e9gique<\/em>.&nbsp;\u00bb En effet, <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><em><strong>le maintien de l\u2019ind\u00e9pendance<\/strong><\/em><em> et d\u2019un tissu de producteurs-\u00e9diteurs mais aussi de diffuseurs ind\u00e9pendants \u2013 y compris en partenariat mutuellement favorable avec les structures non ind\u00e9pendantes \u2013 est per\u00e7u <strong>comme le garant du renouvellement des divers modes d\u2019expression et du travail artistique lui-m\u00eame<\/strong><\/em><strong>.<\/strong>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce maintient de l\u2019ind\u00e9pendance conduit m\u00eame les auteurs \u00e0 affirmer que&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;l\u2019exercice ind\u00e9pendant peut constituer un \u00e9l\u00e9ment clef d\u2019une&nbsp;<\/em><strong><em>\u00e9cologie de l\u2019innovation<\/em><\/strong><em>.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Or, si dans le d\u00e9roulement \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9conomie de projet qu\u2019est l\u2019\u00e9conomie de la cr\u00e9ation c\u2019est bien souvent l\u2019offre qui, par ses propositions, cr\u00e9e la demande, il est \u00e0 noter que \u00ab&nbsp;<em>les producteurs tiennent un r\u00f4le de plus en plus important, passant des commandes aux artistes, r\u00e9alisant des projets qui n\u00e9cessitent la collaboration de plusieurs d\u2019entre eux, recherchant en permanence des id\u00e9es pour diversifier, enrichir et renouveler leur production et leur offre.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9conomie de la cr\u00e9ation est en effet une \u00e9conomie d\u2019abondance des projets&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Dans ce contexte, on observe la mont\u00e9e d\u2019interm\u00e9diaires entre cr\u00e9ateurs et producteurs, la&nbsp;fonction qu\u2019ils s\u2019attribuent \u00e9tant la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats des artistes vis-\u00e0-vis de la production et&nbsp;<\/em><strong><em>leur promotion sur le march\u00e9 de la notori\u00e9t\u00e9<\/em><\/strong><em>. Ils trouvent d\u2019autant plus d\u2019espace et de l\u00e9gitimit\u00e9 que la relation cr\u00e9ateur\/producteur conna\u00eet des carences et des dysfonctionnements<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Quelles que soient les fili\u00e8res culturelles,&nbsp;<\/em><strong><em>les mod\u00e8les \u00e9conomiques connaissent de profonds bouleversements<\/em><\/strong><em>, comme le mod\u00e8le du&nbsp;<\/em><strong><em>march\u00e9 de l\u2019art, fond\u00e9 sur la valorisation de l\u2019objet unique et qui repose sur la vente d\u2019une \u0153uvre et non d\u2019un travail,<\/em><\/strong><em>&nbsp;<\/em><strong><em>\u0153uvre pour laquelle il s\u2019agit de construire une demande de raret\u00e9 et dont la valeur n\u2019est pas directement li\u00e9e \u00e0 la quantit\u00e9 de travail n\u00e9cessaire \u00e0 son \u00e9laboration<\/em><\/strong><em>, ce qui se traduit donc par une&nbsp;<\/em><strong><em>double d\u00e9connexion entre travail et r\u00e9mun\u00e9ration<\/em><\/strong><em>.<\/em> <em>Ce mod\u00e8le est compl\u00e9t\u00e9 par la <\/em><strong><em>participation fr\u00e9quente des artistes \u00e0 des activit\u00e9s de formation : \u00e0 ce titre, leur r\u00e9mun\u00e9ration est donc issue du salariat<\/em><\/strong><em> ; <\/em><strong><em>\u00e0 cette r\u00e9mun\u00e9ration s\u2019ajoutent des revenus issus du droit de suite lors des reventes successives des \u0153uvres, sinon du droit d\u2019exposition&nbsp;<\/em><\/strong><em>\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le mod\u00e8le du march\u00e9 de l\u2019art est confront\u00e9 au d\u00e9veloppement d\u2019\u0153uvres, de&nbsp;<\/em><strong><em>processus ou d\u2019installations qui ne poss\u00e8dent plus les attributs d\u2019un objet unique<\/em><\/strong><em>&nbsp;et qui peuvent \u00eatre valoris\u00e9s sur un march\u00e9 de collection. La question de nouvelles formes de r\u00e9mun\u00e9ration de la cr\u00e9ation artistique se pose : r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019une performance (travail et pr\u00e9sence sur le mod\u00e8le du spectacle vivant) ou vente d\u2019un droit d\u2019exposition et de repr\u00e9sentation des \u0153uvres (mod\u00e8le \u00e9ditorial). En outre, ce mod\u00e8le est touch\u00e9 par le passage progressif \u00e0 une \u00e9conomie de production comme dans l\u2019\u00e9conomie du cin\u00e9ma, o\u00f9 l\u2019\u0153uvre n\u2019existe que si des producteurs sont pr\u00eats \u00e0 investir sur un projet, \u00e9volution qui \u00e9l\u00e8ve les niveaux de risque. Se posent \u00e9galement des probl\u00e8mes contractuels sp\u00e9cifiques&nbsp;pour la r\u00e9partition des produits de vente lorsque se m\u00ealent financements publics et priv\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ce contexte, caract\u00e9ris\u00e9 par un jeu non stabilis\u00e9 de&nbsp;<\/em><strong><em>mutations profondes des mod\u00e8les \u00e9conomiques de la culture<\/em><\/strong><em>, \u00e9branle l\u2019ensemble du syst\u00e8me traditionnel de cette \u00e9conomie. Classiquement la recherche de \u00ab nouveaut\u00e9 \u00bb est essentielle dans la gestion de l\u2019al\u00e9a de production. Pour autant, les march\u00e9s demeurent caract\u00e9ris\u00e9s par une intrication \u00e9troite entre innovation et permanence du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019offre, renvoyant du c\u00f4t\u00e9 de la demande \u00e0 l\u2019intrication entre d\u00e9couverte et s\u00e9curit\u00e9<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La question du niveau de risques \u00e0 chaque stade se pose mais aussi celle de&nbsp;<\/em><strong><em>l\u2019interd\u00e9pendance des risques support\u00e9s par les diff\u00e9rents acteurs<\/em><\/strong><em>, qui signe la nature de leurs relations. Ce partage ou d\u00e9port des prises de risque vaut naturellement aussi pour les travailleurs artistiques \u00e0 travers leurs r\u00e9mun\u00e9rations&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs rappellent que le \u00ab&nbsp;travail artistique&nbsp;\u00bb est encadr\u00e9 juridiquement par une pluralit\u00e9 de sources de droit dont les deux principales sont le Code du travail et le Code de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;En r\u00e9alit\u00e9, les deux branches juridiques&nbsp;<\/em>(entendre droit social et droit de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle)&nbsp;<em>appr\u00e9hendent&nbsp;<\/em><strong><em>le travail de cr\u00e9ation<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00e0 deux moments diff\u00e9rents : au&nbsp;<\/em><strong><em>moment&nbsp;<\/em><\/strong><em>du processus cr\u00e9atif ou&nbsp;<\/em><strong><em>de la production artistique<\/em><\/strong><em>&nbsp;d\u2019une part, et au&nbsp;<\/em><strong><em>moment o\u00f9 l\u2019\u0153uvre est diffus\u00e9e<\/em><\/strong><em>&nbsp;et fait l\u2019objet d\u2019une exploitation d\u2019autre part.&nbsp;<\/em><strong><em>Logique de la cr\u00e9ation et logique du travail sont disjointes&nbsp;<\/em><\/strong><em>du fait du cloisonnement des r\u00e8gles<\/em>.&nbsp;<em>Ces r\u00e8gles prennent leurs sources dans des textes distincts, ob\u00e9issent \u00e0 une \u00e9conomie propre et s\u2019ignorent en grande partie [\u2026]&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Existe donc au sein de la m\u00eame activit\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019<strong>un \u00ab&nbsp;appairage paradoxal&nbsp;\u00bb, quelque peu disjonctif<\/strong>, de deux logiques diff\u00e9rentes de fonctionnement. Mais&nbsp;<strong>reste \u00e0 savoir ce qui d\u00e9finit en propre la \u00ab&nbsp;logique de la cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;logique du travail<\/strong>&nbsp;\u00bb, cette question apparaissant comme probl\u00e9matique au sein m\u00eame de l\u2019expression \u00ab&nbsp;travail de cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un semblant de r\u00e9ponse semble \u00eatre apport\u00e9 dans l\u2019examen que font les auteurs des deux codes \u2013 celui du travail et celui de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<strong><em>Le Code de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique<\/em><\/strong><em>&nbsp;d\u00e9finit la&nbsp;<\/em><strong><em>cr\u00e9ation comme \u00ab&nbsp;la r\u00e9alisation de la conception de l\u2019auteur<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00bb (art L. 111-2), ce qui suppose une&nbsp;<\/em><strong><em>distinction entre travail d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019autre<\/em><\/strong><em>.&nbsp;<\/em>[En somme, r\u00e9alisation d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et \u00ab&nbsp;concept&nbsp;\u00bb de l\u2019autre]<strong>. \u00ab&nbsp;<em>Le travail s\u2019inscrit dans la r\u00e9alisation \u2013 acte de concr\u00e9tisation et d\u2019ext\u00e9riorisation \u2013 alors que la sp\u00e9cificit\u00e9 de la cr\u00e9ation ressortit de l\u2019acte de conception par lequel la personnalit\u00e9 s\u2019exprime [\u2026].<\/em><\/strong>&nbsp;<em>Les deux actes sont diff\u00e9rents et compl\u00e9mentaires \u2013&nbsp;<\/em><strong><em>la cr\u00e9ativit\u00e9 est singuli\u00e8re, le travail interchangeable<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u2013 mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de&nbsp;<\/em><strong><em>l\u2019acte de cr\u00e9ation<\/em><\/strong><em>, ces composantes se combinent et finissent par s\u2019int\u00e9grer [\u2026]&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons d\u00e9j\u00e0 remarquer ici une orientation id\u00e9ologique au sein du Code de la Propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui laisse entendre que dans toute pratique artistique, le \u00ab&nbsp;concept&nbsp;\u00bb pr\u00e9c\u00e8dent la r\u00e9alisation, entendre ici qu\u2019il existe une s\u00e9paration entre le cerveau et la main, cette derni\u00e8re \u00e9tant \u00e9videmment rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019interchangeabilit\u00e9 du travail en tant que la r\u00e9alisation n\u2019est qu\u2019ex\u00e9cution, le petites mains n\u2019ayant plus qu\u2019\u00e0 suivre le plan de projection \u2013 le programme \u2013 pour que \u00ab&nbsp;l\u2019\u0153uvre&nbsp;\u00bb puisse exister, que ces petites mains soient celles de l&rsquo;artiste ou des producteurs en charge de la r\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que l\u2019on nomme \u00ab&nbsp;cr\u00e9ation&nbsp;\u00bb est per\u00e7ue comme&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;la r\u00e9alisation&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;\u2013 et donc la mat\u00e9rialisation \u2013&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;de la conception de l\u2019auteur&nbsp;\u00bb<\/em>, la sp\u00e9cificit\u00e9 de la cr\u00e9ation \u00e9tant&nbsp;<em>l\u2019acte de conception<\/em>&nbsp;par lequel la personnalit\u00e9 s\u2019exprime, renvoyant \u00e0 ce qui nous est d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;cr\u00e9ativit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le \u00ab&nbsp;concept&nbsp;\u00bb est ici assimilable \u00e0 l\u2019\u00e9nergie \u2013 le carburant \u2013 qui distribue aux m\u00e9canismes du travail les instructions \u00e0 la production, il nous semble que cette vision qui sous-tend toute la nomenclature de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle par une forme \u00ab&nbsp;d\u2019abstraction&nbsp;\u00bb qui donne une valeur \u00ab&nbsp;sp\u00e9cifique&nbsp;\u00bb non pas au travail r\u00e9alis\u00e9 mais \u00e0 ce qui, en tant \u00ab&nbsp;qu\u2019\u00e9ther intellectuel expressif&nbsp;\u00bb, est cens\u00e9 g\u00e9n\u00e9rer le travail \u2013 la production \u2013 est somme toute r\u00e9ductrice \u2013 voire pure falsification d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 plus complexe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<\/em><strong><em>Le Code du travail<\/em><\/strong><em>,&nbsp;<\/em>quant \u00e0 lui,&nbsp;<em>ne traite du travail artistique relativement \u00e0 certaines dispositions particuli\u00e8res \u00e0 certaines professions, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;<\/em><strong><em>dans le cadre d\u2019un statut sp\u00e9cial<\/em><\/strong><em>, mais sans pr\u00e9ciser les caract\u00e9ristiques de l\u2019activit\u00e9 de cr\u00e9ation. L\u2019articulation avec la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique n\u2019est op\u00e9r\u00e9e qu\u2019en ce qui concerne la r\u00e9mun\u00e9ration.<\/em>\u00ab&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs citent leur source en note de bas de page, \u00e0 savoir l\u2019article L 762-2 du Code du travail, rattacher ici au \u00ab&nbsp;salaire&nbsp;\u00bb&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<\/em><strong><em>N\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme salaire&nbsp;<\/em><\/strong><em>la r\u00e9mun\u00e9ration due \u00e0 l\u2019artiste \u00e0 l\u2019occasion de la vente ou de l\u2019exploitation de l\u2019enregistrement de son interpr\u00e9tation, ex\u00e9cution ou pr\u00e9sentation par l\u2019employeur ou tout autre utilisateur d\u00e8s que la pr\u00e9sence physique de l\u2019artiste n\u2019est plus requise pour exploiter ledit enregistrement et que&nbsp;<\/em><strong><em>cette r\u00e9mun\u00e9ration n\u2019est en rien fonction du salaire re\u00e7u pour la production de son interpr\u00e9tation, ex\u00e9cution ou pr\u00e9sentation, mais&nbsp;<\/em><\/strong><em>au contraire&nbsp;<\/em><strong><em>fonction du produit de la vente<\/em><\/strong><em>&nbsp;ou de l\u2019exploitation dudit enregistrement<\/em><strong><em>.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage renvoie \u00e0 la question plus large du \u00ab&nbsp;revenu&nbsp;\u00bb de l\u2019artiste dont seulement une partie serait assimil\u00e9e \u00e0 du \u00ab&nbsp;salaire \u00e0 la production&nbsp;\u00bb et dont une autre partie serait tir\u00e9e des diff\u00e9rents droits d\u2019exploitation, de monstration, etc. Cette derni\u00e8re partie \u00e9tablirait un pont avec le droit d\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Or,<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;la&nbsp;<\/em><strong><em>logique collective<\/em><\/strong><em>&nbsp;pr\u00e9sente dans la relation de travail ne s\u2019accorde pas toujours avec les prescriptions du Code de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique, qui place l\u2019auteur\/individu au c\u0153ur de la protection<\/em>.&nbsp;\u00bb Le travail serait donc implicitement d\u00e9finit par sa nature \u00ab&nbsp;collective&nbsp;\u00bb \u2013 entendre ici selon la logique \u00ab&nbsp;employeur \/ employ\u00e9&nbsp;\u00bb \u2013 alors que l\u2019auteur, quant \u00e0 lui, ne semble pas pouvoir \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab&nbsp;travailleur&nbsp;\u00bb, du moins dans le cadre \u00ab&nbsp;collectif&nbsp;\u00bb d\u00e9finit pr\u00e9c\u00e9demment, m\u00eame si le statut de \u00ab&nbsp;travailleur ind\u00e9pendant&nbsp;\u00bb semble se profiler pour une \u00e9ventuelle cat\u00e9gorisation artistique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si les auteurs nous indiquent que le Code de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire semble \u00ab&nbsp;ignorer&nbsp;\u00bb le travail \u2013 pris ici dans le sens d\u2019une ex\u00e9cution de t\u00e2ches m\u00e9caniques et techniques \u2013 et privil\u00e9gier l\u2019\u0153uvre et son exploitation de telle sorte que la r\u00e9mun\u00e9ration de l\u2019auteur d\u00e9pend fortement du succ\u00e8s \u00e9conomique de cette derni\u00e8re, il est not\u00e9 \u00e9galement que ce \u00ab&nbsp;succ\u00e8s&nbsp;\u00bb \u2013 horizon naturalis\u00e9 du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances \u2013 est bien s\u00fbr aujourd\u2019hui possible au sein du processus de&nbsp;<em>concurrence r\u00e9putationnelle<\/em>, renvoyant notre artiste aux habitudes comportementales des petites, moyennes et grandes entreprises. Nous ne sommes pas loin ici de \u00ab&nbsp;l\u2019esprit d\u2019entreprise&nbsp;\u00bb diffus\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux et proph\u00e9tis\u00e9 par les nombreux \u00ab&nbsp;coachs&nbsp;\u00bb qui nous inondent de leur \u00ab&nbsp;m\u00e9thode infaillibles&nbsp;\u00bb \u00e0 la r\u00e9ussite entrepreneuriale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet effet de la \u00ab&nbsp;chance de r\u00e9mun\u00e9ration&nbsp;\u00bb par le processus de valorisation r\u00e9putationnelle nous renvoie \u00e0 la probl\u00e9matique du d\u00e9ploiement multiple des activit\u00e9s pour notre artiste. A r\u00e9mun\u00e9ration principale impossible \u2013 le non moins fameux constat social d\u2019une pr\u00e9carit\u00e9 artistique \u2013 sources de revenus diverses.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>La vari\u00e9t\u00e9 des statuts professionnels est l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une construction sociale. En effet, le mod\u00e8le, particuli\u00e8rement embl\u00e9matique, de \u00ab&nbsp;l\u2019artiste- auteur&nbsp;\u00bb, fourni par l\u2019histoire, a longtemps \u00e9t\u00e9 \u2013 et reste encore \u2013 la r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re, mais sous le double effet de l\u2019institutionnalisation de la culture et de son industrialisation,&nbsp;<\/em><strong><em>des m\u00e9tiers traditionnellement individuels se sont progressivement \u00e9rig\u00e9s en professions. C\u2019est davantage par assimilation que par un processus de construction autonome que les m\u00e9tiers artistiques sont, pour partie, entr\u00e9s dans l\u2019univers de la normalisation du travail<\/em><\/strong><em>&nbsp;[\u2026]&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il faut comprendre ici que le \u00ab&nbsp;m\u00e9tier d\u2019artiste&nbsp;\u00bb \u2013 terminologie renvoyant pour nous \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 technique des pratiques, \u00e0 savoir produire des \u00ab&nbsp;objets d\u2019art&nbsp;\u00bb \u2013 ne constitue qu\u2019une partie de l\u2019ensemble des \u00ab&nbsp;activit\u00e9s artistiques&nbsp;\u00bb \u2013 c\u2019est que l\u2019institutionnalisation des activit\u00e9s symboliques regroup\u00e9es sous l\u2019\u00e9gide de la cat\u00e9gorie de l\u2019\u00e9conomie politique que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;Culture&nbsp;\u00bb aurait rendu \u00ab&nbsp;l\u2019activit\u00e9 artistique&nbsp;\u00bb multiple et complexe, ce que l\u2019on nomme la \u00ab&nbsp;pratique&nbsp;\u00bb \u00e9tant devenu \u2013 en exag\u00e9rant \u00e0 peine \u2013 un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne au vu des activit\u00e9s para-artistiques qui viennent se greffer au \u00ab&nbsp;m\u00e9tier&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;professionnalisation&nbsp;\u00bb des travailleurs ind\u00e9pendants<\/strong>&nbsp;que sont les&nbsp;<strong>artistes&nbsp;<\/strong>conduit progressivement la figure de l\u2019auteur \u00e0 entrer dans la cat\u00e9gorie dont il semblait \u00eatre exclu : celui-ci devient, comme tous les travailleurs ind\u00e9pendants, auto entrepreneur de sa carri\u00e8re. L\u2019artiste entre dor\u00e9navant dans \u00ab&nbsp;la normalisation du travail&nbsp;\u00bb au sein des industries culturelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, il nous est rappel\u00e9 qu\u2019<em>\u00ab&nbsp;\u00e0 ces in\u00e9galit\u00e9s en termes de statut, s\u2019ajoute une complexification croissante des situations sociales individuelles, les&nbsp;<\/em><strong><em>professionnels \u00e9tant de plus en plus souvent appel\u00e9s \u00e0 encha\u00eener voire cumuler simultan\u00e9ment des activit\u00e9s [salariales] de nature diff\u00e9rente<\/em><\/strong><em>&nbsp;[\u2026]. C\u2019est aussi le cas des \u00e9crivains et plasticiens, \u00e9galement confront\u00e9s \u00e0 la discontinuit\u00e9 de leur activit\u00e9 cr\u00e9atrice et ne b\u00e9n\u00e9ficiant pas des m\u00eames garanties sociales : ils sont souvent amen\u00e9s \u00e0&nbsp;<\/em><strong><em>rechercher ces garanties dans une autre activit\u00e9 salari\u00e9e, exerc\u00e9e dans un autre champ, et connaissent donc une mixit\u00e9 statutaire de fait&nbsp;<\/em><\/strong><em>[\u2026].&nbsp;<\/em><strong><em>Les artistes plasticiens, dont les revenus principaux proc\u00e8dent de la vente de leurs \u0153uvres \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la cession de leurs droits, voient eux aussi leur situation p\u00e9cuniaire li\u00e9e \u00e0 la valeur marchande de leurs cr\u00e9ations.<\/em><\/strong>&nbsp;[\u2026]&nbsp;<em>Pour les uns comme pour les autres, la r\u00e9mun\u00e9ration ne prend aucunement en compte la dimension effective de leur travail.&nbsp;<\/em><strong><em>On est face \u00e0 une coupure structurelle entre le travail du cr\u00e9ateur, le produit de ce travail \u2013 la cr\u00e9ation originale \u2013 et la r\u00e9mun\u00e9ration.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Cette situation conduit nombre d\u2019artistes, en fait la majorit\u00e9, \u00e0 d\u00e9pendre de l\u2019assistance (RMI) et\/ou \u00e0 rechercher d\u2019autres sources de revenus dans des activit\u00e9s annexes faisant appel \u00e0 leurs comp\u00e9tences artistiques des actions de formation par exemple \u2013, voire \u00e0 exercer des activit\u00e9s non artistiques&nbsp;<\/em><\/strong><em>[\u2026]&nbsp;\u00bb.<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Ainsi certains artistes accomplissent leur&nbsp;<\/em><strong><em>prestations de travail<\/em><\/strong><em>&nbsp;en b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un statut de salari\u00e9 par d\u00e9termination de la loi [\u2026]. Mais ce statut ne concerne que les artistes et techniciens du spectacle vivant, de l\u2019audiovisuel et du cin\u00e9ma [\u2026]. La relation de travail est donc ici pr\u00e9sum\u00e9e relever d\u2019un contrat de travail. Or, d\u2019autres artistes ne sont pas salari\u00e9s alors qu\u2019ils se trouvent dans une situation de d\u00e9pendance \u00e9conomique manifeste \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs donneurs d\u2019ordre&nbsp;: c\u2019est le cas des \u00e9crivains vis-\u00e0-vis de leur maison d\u2019\u00e9dition, des interpr\u00e8tes vis-\u00e0-vis de leurs maisons de disques ou encore des artistes plasticiens vis-\u00e0-vis de leurs galeries lorsque celles-ci assument la fonction de producteur de l\u2019\u0153uvre. Pour ces non-salari\u00e9s, la relation de travail<\/em>&nbsp;\u2013 il y a donc bien une relation de travail hors du salariat&nbsp;! \u2013&nbsp;<em>ne rel\u00e8ve pas du contrat de travail mais du&nbsp;<\/em><strong><em>louage d\u2019ouvrage<\/em><\/strong>. Ce louage d\u2019ouvrage prend alors la forme d\u2019un contrat d\u2019auteur au terme duquel le cr\u00e9ateur c\u00e8de ses droits patrimoniaux \u00e0 l\u2019investisseur aux fins d\u2019exploitation de l\u2019\u0153uvre et re\u00e7oit en contrepartie des redevances proportionnelles au succ\u00e8s qu\u2019elle rencontrera.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Si ces auteurs peuvent \u00eatre assujettis \u00e0 des cotisations sp\u00e9cifiques, ils sont en revanche exclus de la protection contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, comme de l\u2019assurance ch\u00f4mage ou du droit \u00e0 la formation professionnelle continue, leurs donneurs d\u2019ordre, qui ne sont pas assimil\u00e9s \u00e0 des employeurs, n\u2019\u00e9tant pas tenus en effet d\u2019acquitter les cotisations aff\u00e9rentes \u00e0 ces risques et s\u00e9curit\u00e9s. La distinction salariat\/ind\u00e9pendance se traduit donc par des in\u00e9galit\u00e9s dans la couverture des risques sociaux&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre des contrats relatifs \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique, la fonction d\u2019ajustement des risques et, pour des motifs analogues, d\u2019\u00e9volution du partage des risques est r\u00e9alis\u00e9e par&nbsp;<strong>la relation de contrat<\/strong>.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Dans le cadre d\u2019une relation auteurs\/producteurs, \u00e9diteurs, la recherche d\u2019\u00e9quilibre entre int\u00e9r\u00eats divergents et, par suite, le partage des risques s\u2019effectuent principalement \u00e0 travers la cession des droits patrimoniaux de l\u2019auteur \u00e0 l\u2019\u00e9diteur\/producteur. En assumant la responsabilit\u00e9 des investissements financiers n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019exploitation de l\u2019\u0153uvre, les \u00e9diteurs\/producteurs sont de facto en position forte dans l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un contrat, celui-ci prenant souvent l\u2019aspect d\u2019un contrat \u00ab&nbsp;d\u2019adh\u00e9sion&nbsp;\u00bb.<\/em>&nbsp;Seules les situations o\u00f9 la notori\u00e9t\u00e9 individuelle \u2013 la fameux \u00ab&nbsp;capital r\u00e9putationnel&nbsp;\u00bb \u2013 est suffisante pourront \u00e9ventuellement assurer une position de n\u00e9gociation plus favorable pour l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>On assiste ici au paradoxe ultime de la situation artistique&nbsp;: il s\u2019agit pour l\u2019artiste de percevoir son environnement sectoriel \u2013 ce que nous pouvons appeler&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le syst\u00e8me actif de d\u00e9veloppement<\/em>&nbsp;\u00bb de l\u2019art \u2013 comme un&nbsp;<strong>environnement concurrentiel<\/strong>&nbsp;au sein duquel l\u2019autre \u2013 le pair \u2013 est un possible obstacle dans la constitution de \u00ab&nbsp;carri\u00e8re&nbsp;\u00bb, ceci afin d\u2019acqu\u00e9rir ce fameux&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;capital r\u00e9putationnel&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;qui pourra \u00e9ventuellement devenir, sur ce march\u00e9 artistique, un levier pour garantir \u00e0 l\u2019artiste un minimum de ma\u00eetrise dans la production qui le caract\u00e9rise.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors si le \u00ab&nbsp;mythe de l\u2019artiste&nbsp;\u00bb prend ici les allures d\u2019une farce sociale macabre o\u00f9 le protagoniste ressemble \u00e0 un Cendrillon de la Culture, il faut constater que ces questions de \u00ab&nbsp;prol\u00e9tarisation artistique&nbsp;\u00bb sont l\u2019objet d\u2019une forme de \u00ab&nbsp;militantisme&nbsp;\u00bb, assez fort aujourd\u2019hui, et qui, dans son sens le plus positif, s\u2019attache \u00e0&nbsp;<strong>d\u00e9bloquer la \u00ab&nbsp;mystification artistique&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;tout en avan\u00e7ant les pions d\u2019une possible&nbsp;<strong>sortie de ce statut pr\u00e9caire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Dans les repr\u00e9sentations collectives, les artistes sont souvent&nbsp; class\u00e9\u00b7es \u00e0 part, hors des cat\u00e9gories usuelles. De la m\u00eame fa\u00e7on que le travail a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9 dans ses formes capitalistes, l\u2019art a \u00e9t\u00e9 fig\u00e9&nbsp; dans une version expurg\u00e9e de ses attributs sociaux, \u00e0 tel point que le domaine de la cr\u00e9ation semble entour\u00e9 de brumes m\u00e9taphysiques que n\u2019explorent que des philosophes et des sp\u00e9cialistes. Pourtant, \u00e0 bien s\u2019y pencher, on constate qu\u2019il rel\u00e8ve de deux r\u00e9gimes juridiques&nbsp; ordinaires, \u00e0 savoir le travail, c\u2019est-\u00e0-dire la contribution \u00e0 la production de valeur, et la propri\u00e9t\u00e9, en l\u2019occurrence le profit.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab<\/em> <em>La logique est la suivante : l\u2019\u0153uvre est un patrimoine. L\u2019artiste&nbsp; est un\u00b7e propri\u00e9taire. Pour produire une rente, l\u2019\u0153uvre doit \u00eatre introduite sur un march\u00e9 de grande taille.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Heureusement, nous pouvons commencer \u00e0 sortir de ce syst\u00e8me en nous appuyant sur une lecture critique de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Notre situation n\u2019\u00e9voluera que si nous quittons l\u2019impasse dans laquelle s\u2019enferre la mobilisation des artistes-auteur\u00b7es pour leurs conditions d\u2019existence. Depuis des ann\u00e9es, faisant le constat sans appel d\u2019une paup\u00e9risation des cr\u00e9ateur\u00b7rices, nos organisations professionnelles adressent des dol\u00e9ances au minist\u00e8re de la Culture, comme si une administration domin\u00e9e par des politiques lib\u00e9rales pouvait s\u2019encombrer de mesures sociales.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019innocuit\u00e9 de ces revendications sectorielles, strictement techniques, se manifeste&nbsp; dans les statistiques : en France, 41 % des auteur\u00b7es professionnel\u00b7les&nbsp; gagnent moins que le SMIC, tandis que dans les arts graphiques et&nbsp; plastiques, plus de la moiti\u00e9 des cr\u00e9ateur\u00b7rices d\u00e9clarent des revenus annuels inf\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019ancien seuil d\u2019affiliation de leur r\u00e9gime social,&nbsp; soit 8703 euros en 2017.&nbsp;<\/em> <em>\u00c0 rebours des discours habituels, le droit d\u2019auteur doit \u00eatre contest\u00e9 en tant que mode majoritaire de validation et de r\u00e9mun\u00e9ration du travail artistique&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Si nous voulons cesser d\u2019entretenir notre impuissance et de justifier les d\u00e9rives du droit d\u2019auteur,&nbsp;<\/em><strong><em>nous devons nous placer sur le terrain du travail<\/em><\/strong><em>&nbsp;et nous approprier des outils qui ont fait la preuve de leur port\u00e9e politique. En nous engageant sur cette voie, nous ne partirons pas \u00e0 la poursuite d\u2019un id\u00e9al abstrait, car les artistes sont d\u00e9j\u00e0 en partie consid\u00e9r\u00e9\u00b7es comme des travailleur\u00b7ses. L\u2019information circule aux abords des salons de la BD, dans les r\u00e9unions d\u2019information, \u00e0 la pause clope des tables rondes ; elle s\u2019immisce aussi dans les salles climatis\u00e9es du minist\u00e8re.&nbsp;<\/em><strong><em>Nous sommes de plus en plus nombreux\u00b7ses \u00e0 nous accorder sur un point : les artistes travaillent<\/em><\/strong><em>, ils\u00b7elles sont l\u00e9gitimes \u00e0 conqu\u00e9rir des droits sociaux. Ce n\u2019est pas un hasard si nos activit\u00e9s dites accessoires font r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019objet de conflits autour de la question de la r\u00e9mun\u00e9ration. Ces moments de mobilisation sont les pr\u00e9mices d\u2019une lutte sociale qui ne demande qu\u2019\u00e0 fleurir. [\u2026]&nbsp;<\/em><strong><em>Si nous sommes des travailleur\u00b7ses, nous avons droit \u00e0 du salaire&nbsp; pour toutes nos activit\u00e9s<\/em><\/strong><em>&nbsp;: ateliers, d\u00e9bats, expositions, participation \u00e0 des ouvrages collectifs ou de collaboration, r\u00e9sidences, etc.<\/em> <em>Nous avons \u00e9galement droit au salaire commun de la protection sociale. Si nous avons droit au salaire commun, les d\u00e9tenteurs de capitaux ont moins de pouvoir sur notre travail&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Aur\u00e9lien Catin, <em>Notre condition : Essai sur le salaire au travail artistique<\/em>, Ed. RIOT<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-595hgp\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>De la professionnalisation par la marchandisation : suite logique et mystification<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9, pour un artiste plasticien, est de mettre en place les conditions de production temporelles et spatiales afin de&nbsp;<em>pratiquer<\/em>&nbsp;les chemins de l\u2019exp\u00e9rience [esth\u00e9tique]. Celui qui s\u2019engage dans cette voie le fait \u00e0 partir d\u2019un contexte&nbsp;singulier :&nbsp;<em>historique<\/em>&nbsp;\u2013 l\u2019\u00e9tat de l\u2019art au moment de la production,&nbsp;<em>mat\u00e9riel<\/em>&nbsp;\u2013 les possibilit\u00e9s et le choix des moyens pour produire,&nbsp;<em>id\u00e9ologique<\/em>&nbsp;\u2013 les diff\u00e9rentes mani\u00e8res dont l\u2019art est per\u00e7u et les diff\u00e9rents rapports de force dans lequel il est pris. Cette activit\u00e9, prise dans le labyrinthe de son \u00ab&nbsp;impossible possible d\u00e9finition&nbsp;\u00bb, est ins\u00e9parable des conditions \u00e0 partir desquelles elle va s\u2019efforcer d\u2019<em>exister<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans le cadre social et institutionnel au sein duquel l\u2019artiste se doit de&nbsp;<em>circuler<\/em>&nbsp;\u2013 au moins pour que ce qu\u2019il produit puisse \u00eatre rendu public \u2013 certains acteurs attendent de la part de l\u2019artiste le m\u00eame&nbsp;<em>professionnalisme<\/em>&nbsp;dont ces derniers font preuve dans leur travail \u00e0 temps plein. R\u00e9fl\u00e9chissant aux conditions de la cr\u00e9ation, ce point de vue \u00ab&nbsp;professionnaliste&nbsp;\u00bb admet parfois, comme une \u00e9vidence, la non moins probl\u00e9matique position de pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019artiste \u2013 incertitude autant \u00e9conomique que temporelle \u2013 tout en consid\u00e9rant l\u2019artiste comme un professionnel <em>vivant <\/em>de son travail. Ici,&nbsp;<em>subsistance<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>existence<\/em>&nbsp;semblent se confondre.<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces questions concernant l\u2019artiste et sa place dans l\u2019\u00e9conomie mon\u00e9taire, cette \u00e9vidence socio-\u00e9conomique \u2013 animal domestique dont la peau est aussi dure que la volont\u00e9 dont il fait preuve pour se voir reconna\u00eetre comme immuabilit\u00e9 conceptuelle \u2013 consiste \u00e0 rabattre la posture de l\u2019artiste sur celle du \u00ab&nbsp;travailleur ind\u00e9pendant&nbsp;\u00bb et \u00e0 ramener la \u00ab&nbsp;normalit\u00e9 \u00e9conomique&nbsp;\u00bb de celui-ci&nbsp;<em>au seul fait<\/em>&nbsp;de vivre gr\u00e2ce aux objets qu\u2019il peut vendre. Cette croyance s\u2019appuie donc sur la<em>&nbsp;logique&nbsp;<\/em>de l\u2019artisanat&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Un artiste vit de quoi ? Des ventes de son travail. Qui est-ce qui s\u2019occupe de les vendre ? Une galerie, pas un mus\u00e9e. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de galeries comme interm\u00e9diaires et de clients plut\u00f4t fortun\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb.<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Cette affirmation pose deux possibilit\u00e9s pour que l\u2019artiste puisse exister professionnellement&nbsp;: d\u2019une part, l\u2019artiste doit vendre ce qu\u2019il produit \u2013 production de biens ou de services reconnus comme socialement viables \u2013 et d\u2019autre part, il doit d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 l\u2019institution priv\u00e9e \u00ab&nbsp;galerie&nbsp;\u00bb la partie de son activit\u00e9 qui concernent la vente des dits objets, qui plus est \u00e0 de riches clients. Selon cette perspective, l\u2019artiste qui ne vendrait pas n\u2019existerait pas professionnellement, un peu comme celui qui \u2013 dans cette logique de l\u2019artisanat \u2013 ne peut pr\u00e9tendre au statut d\u2019artisan s\u2019il n\u2019est pas inscrit au registre du commerce. Cette position pose m\u00eame de mani\u00e8re implicite que, si l\u2019artiste veut vivre, il doit&nbsp;<em>n\u00e9cessairement<\/em>&nbsp;vendre les fruits de son travail \u00e0 des clients fortun\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le couple <em>professionnalisation\/marchandisation<\/em> est donc vu comme mani\u00e8re exclusive d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la subsistance artistique. Position normative, socialement naturalis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il se peut \u00e9galement que ce point de vue ne renvoie qu&rsquo;\u00e0 ce que l\u2019\u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon appelle&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;un r\u00e9f\u00e9rentiel<\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Un r\u00e9f\u00e9rentiel est une matrice th\u00e9orico-id\u00e9ologique. Il consiste d&rsquo;abord en ensemble des contenus discursifs \u00e0 la fois positifs et prescriptifs dont sont constitu\u00e9s le mod\u00e8le du monde et la norme de politique \u00e9conomique qui en est tir\u00e9e. Le r\u00e9f\u00e9rentiel est donc l&rsquo;ensemble des \u00e9nonc\u00e9s constitutifs d&rsquo;un corps de doctrine r\u00e9sumant le fonctionnement de l&rsquo;\u00e9conomie et autour duquel est ralli\u00e9e la majeure partie de l&rsquo;opinion publique \u00e9conomique\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le r\u00e9f\u00e9rentiel n\u2019a de chance de s\u2019\u00e9tablir comme vision du monde dominante que s\u2019il rencontre la validation et le soutien actif de groupes sociaux suffisamment dot\u00e9s en ressource de pouvoir pour en constituer quelque chose comme le bloc h\u00e9g\u00e9monique. Un r\u00e9f\u00e9rentiel s\u2019\u00e9tablit donc \u00e0 l\u2019articulation d\u2019un domaine de la production symbolique et d\u2019une coalition des int\u00e9r\u00eats dominants du moment. [\u2026] Il est aussi \u00e0 sa mani\u00e8re&nbsp;<\/em><strong><em>l\u2019expression d\u2019un certain \u00e9tat du rapport de force dans lequel se trouve la confrontation des groupes sociaux et de leurs capacit\u00e9s respectives \u00e0 imposer comme vision universelle la repr\u00e9sentation qui correspond \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats particuliers<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00bb.<\/em><a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><em><strong>[9]<\/strong><\/em><\/a><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et il nous semble que ce point de vue rel\u00e8ve de ce d\u00e9veloppement r\u00e9f\u00e9rentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le point de vue normatif &#8211; <em>l\u2019artiste comme travailleur ind\u00e9pendant vendant sa production \u00e0 de riches clients par l\u2019interm\u00e9diaire des galeries<\/em> &#8211; admet donc que cette situation peut \u00eatre comprise comme une r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale (la forme du pr\u00e9sent de l\u2019indicatif comprise ici comme forme d\u2019assertion g\u00e9n\u00e9ralisante), c&rsquo;est que sa logique grammaticale fort simple ressemble \u00e0 une \u00ab\u00a0\u00e9quation math\u00e9matique\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir que pour obtenir un revenu artistique, il faut additionner <em>l\u2019artiste<\/em> (vendeur de biens artistiques marchands), <em>le galeriste<\/em> (interm\u00e9diaire marchand \/ revendeur) et <em>le client fortun\u00e9<\/em> (acheteur \u00ab&nbsp;naturel&nbsp;\u00bb des dits objets).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette logique math\u00e9matique \u00ab&nbsp;artisanale&nbsp;\u00bb \u2013 de petite entreprise pourrions-nous dire \u2013 ce qui fournit \u00e0 l\u2019artiste les moyens de sa subsistance est la vente des produits de son travail. Dans une logique \u00e9conomique, l\u2019artiste doit donc produire en amont ce qu\u2019il va vendre en aval. Il pourrait donc, en conservant son statut de&nbsp;<em>travailleur ind\u00e9pendant&nbsp;\u00e0 valorisation marchande<\/em> entrer dans le circuit \u00e9conomique concern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le circuit que l\u2019\u00e9conomiste Jean-Marie Harribey d\u00e9crit &#8211; pour que notre \u00ab&nbsp;r\u00e9f\u00e9rentiel h\u00e9g\u00e9monique&nbsp;\u00bb cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment puisse fonctionner &#8211; il faut que l\u2019acteur principal \u2013 notre artiste \u2013 puisse y entrer suivant la&nbsp;<em>logique de l\u2019entreprise<\/em>. L\u2019artiste est donc un entrepreneur priv\u00e9 \u00e0 production marchande. Et en tant que g\u00e9rant d&rsquo;une entreprise priv\u00e9e, il doit pouvoir anticiper les d\u00e9bouch\u00e9s qu\u2019il pourra esp\u00e9rer pour ses marchandises, si celles-ci bien s\u00fbr correspondent \u00e0 des besoins solvables. Son anticipation devra donc \u00eatre en principe valid\u00e9e&nbsp;<em>ex post&nbsp;<\/em>par la vente sur le march\u00e9. Dans ce cas, l\u2019anticipation implique sur le plan macro-\u00e9conomique une cr\u00e9ation mon\u00e9taire, indispensable afin que l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique priv\u00e9e puisse se d\u00e9velopper. La cr\u00e9ation mon\u00e9taire est donc effectu\u00e9e par la banque. On entre donc dans une logique \u00e9conomique o\u00f9 le travail produit de la valeur marchande.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le circuit comptable r\u00e9partissant les flux inter-agents \u00e9conomiques, notre artiste-entrepreneur devrait poss\u00e9der dans sa partie \u00ab&nbsp;ressources&nbsp;\u00bb un financement bancaire qui lui permette de d\u00e9buter son activit\u00e9 marchande. Pour que son activit\u00e9 puisse \u00eatre viable, il faut donc que la marchandise puisse \u00eatre vendue en quantit\u00e9 suffisante afin de pouvoir d\u00e9gager un revenu qui puisse \u00e0 la fois rembourser l\u2019emprunt bancaire et \u00e9galement lui permettre de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette seconde partie de la distribution du revenu entre dans la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;m\u00e9nage&nbsp;\u00bb du circuit \u00e9conomique, celle-ci ayant normalement&nbsp;<em>en ressource<\/em>&nbsp;le salaire g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019activit\u00e9 productrice de valeur et&nbsp;<em>en emplois<\/em>, l\u2019achat de biens de consommation ainsi que le paiement de l\u2019imp\u00f4t si l\u2019activit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e d\u00e9gage un revenu imposable. En tant que producteur, nous admettrons que notre artiste est l\u2019unique acteur \u2013 il n\u2019aurait donc aucun salari\u00e9 et aurait ainsi dans son tableau comptable, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 (dans les emplois)&nbsp;:&nbsp;<em>le co\u00fbt d\u2019usage de la production<\/em>&nbsp;+&nbsp;<em>l\u2019investissement \u00e0 la production<\/em>&nbsp;+&nbsp;<em>salaire (le sien)<\/em>&nbsp;et de l\u2019autre (dans les ressources)&nbsp;:&nbsp;<em>renouvellement du capital us\u00e9<\/em>&nbsp;+&nbsp;<em>l\u2019investissement<\/em>&nbsp;+&nbsp;<strong><em>vente de biens de consommation (marchandises artistiques)<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le circuit \u00e9conomique, notre artiste doit donc vendre ses \u00ab&nbsp;produits&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En admettant que celui-ci ait effectu\u00e9 une \u00ab&nbsp;\u00e9tude de march\u00e9&nbsp;\u00bb \u2013 \u00e0 travers laquelle, on l\u2019esp\u00e8re, il aura trouv\u00e9 la fameuse \u00ab&nbsp;client\u00e8le fortun\u00e9e&nbsp;\u00bb \u2013 il lui reste \u00e0 d\u00e9terminer les prix de vente des objets produits. Alors sur quelle base peut-il calculer le prix d\u2019un de ces dits objets&nbsp;? Voici une question \u00ab&nbsp;b\u00eatement&nbsp;\u00bb \u00e9conomique. Comment y r\u00e9pondre dans le cas de notre producteur&nbsp;artistique&nbsp;? Si notre artiste vend des biens de consommation [artistiques], pour d\u00e9terminer les prix des objets qu\u2019il va vendre, il doit d\u00e9terminer au pr\u00e9alable les prix de production de ses objets. Combien cela lui co\u00fbte-t-il en mat\u00e9riel&nbsp;<em>et&nbsp;<\/em>en temps de travail&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Or, ce qui nous est implicitement dis au sein du cadre r\u00e9f\u00e9rentiel explicit\u00e9 plus haut, c\u2019est que contrairement aux autres activit\u00e9s artisanales qui s\u2019inscrivent plus ou moins parfaitement dans un \u00e9coulement classique de leurs marchandises, les productions artistiques seraient des marchandises d\u2019exception dans le cadre logique de la distribution des objets de consommation sur le march\u00e9 correspondant, ces objets n\u2019\u00e9tant distribuables que sur les march\u00e9s \u00ab&nbsp;d\u2019objets de luxe&nbsp;\u00bb, objets dont les seuls acqu\u00e9reurs seraient ces fameux clients fortun\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>A ce niveau, l&rsquo;artiste est donc une petite entreprise artisanale.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;artisanat nous est pr\u00e9sent\u00e9 comme <em>un ensemble \u00e9conomique<\/em> juridiquement d\u00e9fini par la loi 96-603 du 05 juillet 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-ci regroupe les entreprises qui exercent, \u00e0 titre principal&nbsp;<em>ou<\/em>&nbsp;secondaire, l\u2019une des 489 activit\u00e9s de fabrication, transformation, r\u00e9paration, ou prestation des services d\u00e9finies par arr\u00eat\u00e9 du 10 juillet 2008 relatif \u00e0 la Nomenclature d\u2019activit\u00e9s fran\u00e7aises du secteur des m\u00e9tiers et de l\u2019artisanat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les autres conditions sont les suivantes&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00catre immatricul\u00e9 au r\u00e9pertoire des m\u00e9tiers, tenu par les Chambres des m\u00e9tiers et de l\u2019Artisanat<\/li>\n\n\n\n<li>\u00catre \u00e9conomiquement ind\u00e9pendant et ne pas employer plus de 10 salari\u00e9s lors de la cr\u00e9ation.&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude rappelle \u00e9galement que le tissu des entreprises artisanales est pr\u00e9dominant en nombre dans trois secteurs&nbsp;: la construction (90%), les activit\u00e9s de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re (79%) et les autres activit\u00e9s de services (r\u00e9paration d\u2019objets domestiques, soins personnels, etc. \u2013 75%). La quatri\u00e8me grande famille de m\u00e9tiers de l\u2019artisanat \u2013 l\u2019alimentation \u2013 est r\u00e9partie dans trois sous-ensembles \u00e9conomiques&nbsp;: les activit\u00e9s agro-alimentaires, le commerce et l\u2019h\u00e9bergement-restauration.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Notre artiste doit bien trouver sa place quelque part.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, dans le tableau qui r\u00e9pertorie la part des entreprises artisanales dans les sections de l\u2019\u00e9conomie, il existe une cat\u00e9gorie qui semble lui correspondre&nbsp;:&nbsp;<strong>R = Arts, spectacles et activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives<\/strong>. La part \u00ab&nbsp;artisanale&nbsp;\u00bb de cette cat\u00e9gorie repr\u00e9sente 9% du total de l\u2019activit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans le nombre d\u2019entreprises artisanales, 83% de celles-ci sont inscrites et immatricul\u00e9es en tant qu\u2019activit\u00e9 principale. Ces derni\u00e8res sont r\u00e9parties dans quatre grandes familles de m\u00e9tiers&nbsp;: activit\u00e9s de l\u2019alimentation, activit\u00e9s du b\u00e2timent et des travaux publics, activit\u00e9s de fabrication et enfin m\u00e9tiers de services. Et si l\u2019alimentation, le b\u00e2timent et les travaux publics sont \u00e0 exclure pour notre artiste et que la notion de \u00ab&nbsp;services&nbsp;\u00bb est une notion discutable concernant cette activit\u00e9 artistique, il reste cependant la cat\u00e9gorie de la fabrication. Or, voici ce que dresse le tableau comme liste des activit\u00e9s&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Textile, habillement, cuir et chaussures&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Travail du bois&nbsp;;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Papier, imprimerie, reproduction&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Mat\u00e9riaux de construction, chimie, verre et c\u00e9ramique&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Travail des m\u00e9taux&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Fabrication de meubles&nbsp;;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>Fabrication d\u2019articles divers dont&nbsp;: produits informatiques, mat\u00e9riel m\u00e9dico-chirurgical, fabrication d\u2019instruments de musique, autres activit\u00e9s manufacturi\u00e8res&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>R\u00e9paration installation de machines et d\u2019\u00e9quipements industriels&nbsp;;&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>R\u00e9cup\u00e9ration<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il est impossible de retrouver en activit\u00e9 principale la cat\u00e9gorie R cit\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment (Arts, spectacle et activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives). On peut d\u2019abord en d\u00e9duire que, si notre artiste est bien immatricul\u00e9 en cat\u00e9gorie R, l\u2019activit\u00e9 qu\u2019il exerce \u2013 celle que l\u2019on qualifie aujourd\u2019hui de \u00ab&nbsp;plasticien&nbsp;\u00bb \u2013 n\u2019est ou ne peut \u00eatre pratiqu\u00e9e \u00e0 temps plein&nbsp;: l\u2019activit\u00e9 de cat\u00e9gorie R est secondaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce constat nous am\u00e8ne \u00e0 poser cette question : pour quelle raison cette activit\u00e9 est-elle statistiquement secondaire ? En effet, rien ne nous dit si <em>ce caract\u00e8re secondaire<\/em> est le fruit d&rsquo;un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 &#8211; ce qui renverrait l&rsquo;activit\u00e9 exerc\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 socialement admise comme secondaire et donc pratiqu\u00e9e comme telle &#8211; ou d&rsquo;une impossibilit\u00e9 de cette activit\u00e9 \u00e0 passer le cap et \u00e0 devenir majoritairement une activit\u00e9 principale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci \u00e9tant pos\u00e9, l&rsquo;activit\u00e9 artistique &#8211; en tant qu&rsquo;activit\u00e9 secondaire &#8211; ne permet donc pas &#8211; du moins pour la majorit\u00e9 &#8211; d&rsquo;apporter les revenus suffisants aux praticiens concern\u00e9s. Ceci explique s\u00fbrement l&rsquo;argumentaire ci-dessus actant de la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver de \u00ab&nbsp;riches clients&nbsp;\u00bb afin d&rsquo;\u00e9ventuellement \u00ab&nbsp;passer le cap&nbsp;\u00bb et de positionner l&rsquo;activit\u00e9 artistique comme principale. Mais de prospect en \u00e9tude de march\u00e9, pour quelle raison les clients devraient-ils \u00eatre \u00ab&nbsp;riches&nbsp;\u00bb ? Tout simplement &#8211; si l&rsquo;on comprend l&rsquo;argumentaire &#8211; parce que les objets d&rsquo;art sont des objets de luxe. Mais pour quelle raison sont-ils consid\u00e9r\u00e9s comme tels ? Parce qu&rsquo;ils sont rares, nous dirait-on. Mais pourquoi sont-ils rares ? Parce que les objets d&rsquo;art sont uniques. Et pourquoi sont-ils uniques ? Parce qu&rsquo;ils sont \u00ab&nbsp;d&rsquo;art&nbsp;\u00bb. Ici s&rsquo;arr\u00eate l&rsquo;argumentaire. Et le cercle se referme, n&rsquo;apportant aucune justification premi\u00e8re originant la finalit\u00e9 d&rsquo;une telle marchandisation \u00ab&nbsp;d&rsquo;exception&nbsp;\u00bb, si ce n&rsquo;est peut-\u00eatre &#8211; et de mani\u00e8re implicite &#8211; le fait que si l&rsquo;\u00e9coulement des marchandises artistiques est plus difficile, la solution est de trouver &#8211; afin d&rsquo;obtenir des revenus suffisants &#8211; des clients susceptibles de payer cher cette raret\u00e9. Or, \u00e9tant donn\u00e9 la nature aujourd&rsquo;hui pl\u00e9thorique de la production artistique &#8211; les innombrables pages des r\u00e9seaux sociaux \u00e9tant devenues les vitrines commerciales des diff\u00e9rents producteurs d&rsquo;objets d&rsquo;art &#8211; il est difficile de maintenir un argument qui s&rsquo;effondre de lui m\u00eame en raison d&rsquo;une suppression du ph\u00e9nom\u00e8ne de raret\u00e9 par expansion productive. Si effectivement l\u2019artiste produit, par d\u00e9rivation, des \u00ab&nbsp;marchandises&nbsp;\u00bb&nbsp;&#8211; les objets qu\u2019il \u00ab&nbsp;con\u00e7oit&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9chappant en rien \u00e0 la f\u00ealure s\u00e9mantique et valoristique que tout objet transporte en lui, usage et valeur d\u2019\u00e9change \u00e9tant effectivement les deux composantes \u00ab&nbsp;naturelles&nbsp;\u00bb de tout objet socialis\u00e9 &#8211; et que l&rsquo;activit\u00e9 marchande s&rsquo;appuie sur le principe de concurrence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, alors il est clair que dans cet oc\u00e9an marchand d&rsquo;objets artistiques, le ph\u00e9nom\u00e8ne de raret\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;un fantasme id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9conomie marchande artistique telle qu\u2019elle est construite aujourd\u2019hui est donc cens\u00e9e \u00eatre la source officielle de revenu pour les producteurs que sont les artistes-plasticiens. C\u2019est la base. Or, l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de revenus qui caract\u00e9rise cette \u00e9conomie marchande pose question. En effet, pour quelle raison \u00e9trange ce secteur d\u2019activit\u00e9 peine-t-il \u00e0 pourvoir \u00e0 ses agents \u2013 ses producteurs \u2013 une r\u00e9mun\u00e9ration stable ? Si l\u2019artiste est un \u00ab&nbsp;ind\u00e9pendant&nbsp;\u00bb \u2013 cat\u00e9gorie socio-\u00e9conomique \u2013 les produits de sa prestation en sa qualit\u00e9 d\u2019artiste plasticien devraient pouvoir g\u00e9n\u00e9rer un revenu \u00e0 la vente. Or, toutes les analyses vont dans le m\u00eame sens : cet horizon n\u2019est quasiment jamais atteint, obligeant l\u2019artiste \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>une polyactivit\u00e9 m\u00ealant diff\u00e9rentes formes de travail d\u00e9grad\u00e9es pour que celui-ci puisse survivre \u00e9conomiquement&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous pourrions \u00e9ventuellement expliquer cela en avan\u00e7ant l&rsquo;hypoth\u00e8se suivante, en forme de pseudo constat ontologique : si les \u00ab&nbsp;objets&nbsp;\u00bb de l&rsquo;art n\u2019ont pas, de par leur \u00ab&nbsp;sp\u00e9cificit\u00e9 artistique&nbsp;\u00bb, la capacit\u00e9 qu\u2019ont les objets quotidiens \u00e0 s\u2019\u00e9couler dans un flux d\u2019achat et de ventes \u00ab&nbsp;normalis\u00e9&nbsp;\u00bb (commun\u00e9ment appel\u00e9s les objets de consommation courante), c&rsquo;est que leur sp\u00e9cificit\u00e9 &#8211; qui en fait des objets uniques &#8211; leur donnerait une valeur qui d\u00e9passerait largement la \u00ab&nbsp;valeur productive&nbsp;courante \u00bb. Cette <em>unicit\u00e9<\/em>, qui \u00e0 l&rsquo;origine s&rsquo;applique aux \u00ab objets naturels \u00bb, en devenant <em>\u00ab\u00a0originalit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, devient la condition imp\u00e9rative cat\u00e9gorique au sein de la sous fonction R 90.03A (Cr\u00e9ation artistique) dans la nomenclature d&rsquo;activit\u00e9s fran\u00e7aises : sont admises dans cette sous-cat\u00e9gorie <em>les activit\u00e9s de peinture, dessin et pastel, gravure, impressions et lithographies <\/em><strong><em>originales<\/em><\/strong><em>, sculptures et statues <\/em><strong><em>originales<\/em><\/strong><em> en tout mat\u00e9riau<\/em>. Et c&rsquo;est ce couple originalit\u00e9 \/ unicit\u00e9, situ\u00e9 hors raison d&rsquo;usage et associ\u00e9 \u00e0 la raret\u00e9, qui permet \u00e0 la cat\u00e9gorie des objets d&rsquo;art d&rsquo;engendrer des monstres \u00e9conomiques dont les prix, pour certains d&rsquo;entre eux, nous le savons, sont aujourd&rsquo;hui hors d&rsquo;atteinte !<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;\u00e9conomie marchande de l&rsquo;art garde bien cette question de l&rsquo;unicit\u00e9 comme point de d\u00e9part &#8211; \u00ab\u00a0Vous \u00eates unique et vos oeuvres aussi\u00a0\u00bb ! &#8211; cette derni\u00e8re d\u00e9veloppe aujourd&rsquo;hui une \u00ab tendance \u00bb qui, en prenant acte d&rsquo;une production pl\u00e9thorique d&rsquo;objets artistiques encore compris ici comme uniques, semble poser que les objets de l&rsquo;art peuvent s&rsquo;ins\u00e9rer dans le circuit commercial des autres objets de la raison d&rsquo;usage et qu&rsquo;\u00e0 ce titre, ils peuvent \u00eatre vendus comme ces derniers. Cette tendance affirme que si les producteurs que sont les artistes ne vendent pas, c&rsquo;est qu&rsquo;ils n&rsquo;ont tout simplement pas la bonne m\u00e9thode entrepreneuriale et commerciale ! Les exemples fleurissent sur les r\u00e9seaux comme les p\u00e2querettes au printemps, nous affirmant, par le biais de rh\u00e9toriques manag\u00e9riales et grand renfort de formations, qu&rsquo;il y aurait possibilit\u00e9 de vendre en nombre des objets artistiques distincts, uniques et originaux dans cet oc\u00e9an artistique. Il faudrait non pas savoir les vendre mais savoir les laisser acheter ! (Allez comprendre !). Si cette tendance r\u00e9pond bien s\u00fbr \u00e0 la premi\u00e8re probl\u00e9matique &#8211; \u00e0 savoir la difficult\u00e9 des objets artistiques \u00e0 \u00eatre vendus comme les objets de la raison d&rsquo;usage &#8211; elle ne bouleverse en rien le sch\u00e9ma actuel des choses mais surf sur une vague que la production pl\u00e9thorique d&rsquo;objets artistiques vient grossir mais qui, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, viendra s&rsquo;\u00e9chouer sur la plage d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 bien plus prosa\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce qui nous est propos\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>\u00ab\u00a03 mois d\u2019accompagnement [&#8230;] pour&nbsp;<\/em><strong><em>concevoir une communication sur-mesure<\/em><\/strong><em>&nbsp;afin de passer le cap des 10 000 abonn\u00e9s,&nbsp;<\/em><strong><em>mieux vendre vos \u0153uvres<\/em><\/strong><em>, et&nbsp;<\/em><strong><em>faire de votre art un m\u00e9tier \u00e0 temps plein<\/em><\/strong><em>.<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Avec [notre] accompagnement,&nbsp;tous vos revenus viendront de votre activit\u00e9 artistique. Vous n\u2019aurez plus besoin d\u2019un boulot alimentaire, ni d\u2019une activit\u00e9 freelance ou d\u2019animer des ateliers toute l\u2019ann\u00e9e. Vous allez apprendre \u00e0 :<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Cr\u00e9er le <\/em><strong><em>calendrier \u00e9ditorial<\/em><\/strong><em> Instagram qui s\u2019adapte \u00e0 votre situation, vos <\/em><strong><em>envies<\/em><\/strong><em> et votre temps disponible, un calendrier que vous tenez dans le temps et qui vous laisse le temps de <\/em><strong><em>cr\u00e9er<\/em><\/strong><em> (car vous \u00eates artiste, pas community manager). Vous trouverez des exemples d\u00e9cortiqu\u00e9s pour saisir comment d\u2019autres artistes ont <\/em><strong><em>perc\u00e9<\/em><\/strong><em> sur Instagram<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>G\u00e9n\u00e9rer des visites gratuitement sur votre site Internet&nbsp;\u00e0 partir des recherches faites sur Google pour vous faire d\u00e9couvrir (et si vous n\u2019avez pas encore de site, vous en aurez un au bout de trois mois)<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Identifier, contacter et <\/em><strong><em>convaincre<\/em><\/strong><em> de travailler avec vous <\/em><strong><em>l\u2019agent<\/em><\/strong><em> qui vous correspond&nbsp;\u2013 celui adapt\u00e9 \u00e0 votre profil, <\/em><strong><em>votre art<\/em><\/strong><em> et <\/em><strong><em>vos ambitions<\/em><\/strong><em>. Le bon agent vous trouve des <\/em><strong><em>commandes d\u2019entreprises<\/em><\/strong><em>, vous n\u00e9gocie une <\/em><strong><em>place sur des march\u00e9s<\/em><\/strong><em> et vous expose<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Vendre vos oeuvres sur votre <\/em><strong><em>boutique en ligne<\/em><\/strong><em>&nbsp;gr\u00e2ce \u00e0 une ma\u00eetrise du marketing pour artiste \u2013 vous saurez r\u00e9diger une page qui pr\u00e9sente vos oeuvres et g\u00e9n\u00e8re des&nbsp;coups de c\u0153ur<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><strong><em>D\u00e9marcher<\/em><\/strong><em> les galeries, agences, march\u00e9s &amp; salons&nbsp;<\/em><strong><em>qui veulent de vous<\/em><\/strong><em> et de vos oeuvres \u2013 afin de les exposer, de cr\u00e9er votre r\u00e9seau de professionnels et d\u2019<\/em><strong><em>augmenter vos ventes<\/em><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><em>Contacter les <\/em><strong><em>entreprises<\/em><\/strong><em> qui correspondent \u00e0 <\/em><strong><em>vos valeurs<\/em><\/strong><em> et vous faire payer pour vos <\/em><strong><em>services artistiques<\/em><\/strong><em>&nbsp;(vous apprendrez comment cr\u00e9er l\u2019offre parfaite entre <\/em><strong><em>vos talents et leurs besoins<\/em><\/strong><em>) \u2013 en moyenne, les artistes \u00e0 plein temps tirent 85% de leurs revenus de leurs commandes d\u2019entreprises (environ 30-40 000 euros brut par an)<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Mener \u00e0 bien le <\/em><strong><em>crowdfunding<\/em><\/strong><em>&nbsp;qui financera ce gros <\/em><strong><em>projet<\/em><\/strong><em> que vous avez en t\u00eate<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Toucher vos <\/em><strong><em>clients<\/em><\/strong><em> avec les bons mots et le bon message&nbsp;gr\u00e2ce \u00e0 une <\/em><strong><em>fine connaissance de vos acheteurs<\/em><\/strong><em> \u2013 \u00e0 l\u2019aide de nombreux outils pour dresser un portrait plus que fid\u00e8le (vous ne vous demanderez plus jamais&nbsp;\u201cqu\u2019est-ce que je peux dire \u00e0 mes followers ?\u00ab&nbsp;)<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>Monter les <\/em><strong><em>dossiers de financement<\/em><\/strong><em> pour b\u00e9n\u00e9ficier des aides&nbsp;auxquelles vous avez droit (m\u00eame celles que vous ne connaissez pas, et <\/em><strong><em>m\u00eame si l\u2019administratif est compliqu\u00e9 et p\u00e9nible<\/em><\/strong><em>)<\/em><\/li>\n\n\n\n<li><em>G\u00e9rer toute la <\/em><strong><em>logistique<\/em><\/strong><em> qui vient avec la vente&nbsp;de ses \u0153uvres sur sa boutique en ligne : <\/em><strong><em>packaging, envoi, suivi du colis, service apr\u00e8s vente\u2026<\/em><\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><em>Jongler au quotidien entre vos <\/em><strong><em>diff\u00e9rentes casquettes<\/em><\/strong><em>&nbsp;gr\u00e2ce \u00e0 une organisation carr\u00e9e qui s\u2019adapte \u00e0 vous (enfants, salons, atelier, studio\u2026) \u2013 afin de tout faire entrer dans <\/em><strong><em>votre emploi du temps<\/em><\/strong><em>, surtout les moments de repos, de d\u00e9tente et de cr\u00e9ation<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 du ridicule et de la platitude de tous ces propos &#8211; faisant entrer l&rsquo;artiste dans la peau d&rsquo;un \u00e9ventuel \u00ab\u00a0business man\u00a0\u00bb &#8211; il est assez affligent de voir que ces organismes nous vendent comme des vendeurs de chaussons le fait que les objets d&rsquo;art ne se vendent pas comme des chaussons !<\/p>\n\n\n\n<p>Posons d&rsquo;abord une chose : si ce point de vue manag\u00e9rial et commercial admet encore que les objets artistiques doivent \u00eatre envisag\u00e9s de mani\u00e8re distincte afin qu&rsquo;ils puissent \u00eatre vendus sur un march\u00e9 &#8211; mani\u00e8re classique de comprendre les \u00ab\u00a0objets de l&rsquo;art\u00a0\u00bb &#8211; il faut comprendre que les nombreuses transformations que l\u2019objet des pratiques subit depuis des d\u00e9cennies dans son actualisation mat\u00e9rielle m\u00eame \u2013 l\u2019appara\u00eetre des objets de l&rsquo;art \u2013 accentuent la probl\u00e9matique d\u00e9j\u00e0 complexe de la circulation de la marchandise artistique. En effet, la nature hybride de l\u2019activit\u00e9 qui rend plus difficile la d\u00e9solidarisation en objets distincts n\u00e9cessaire \u00e0 toute marchandisation au sein d\u2019un contexte d\u2019\u00e9largissement des pratiques o\u00f9&nbsp;<em>l\u2019objet de l\u2019art<\/em>&nbsp;ne se constitue plus n\u00e9cessairement en objets physiques, stables et d\u00e9termin\u00e9s, pose la pratique devant une impasse suppl\u00e9mentaire quant \u00e0 sa valorisation marchande, celle-ci \u00e9tant encore majoritairement ax\u00e9e sur une valorisation du produit fini.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Premier probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, parall\u00e8lement \u00e0 la question de l&rsquo;unicit\u00e9 \/ raret\u00e9 des objets que l&rsquo;artiste peut produire, un mouvement de valorisation de la figure m\u00eame de l&rsquo;artiste s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e, valorisation sp\u00e9cifique donn\u00e9e par le socius \u00e0 sa personne par le biais de son activit\u00e9 et lui accordant une sorte d\u2019<em>aura a priori<\/em>, n\u00e9buleuse mystique dont l\u2019expansion peut simplement \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e \u00e0 la simple prononciation de son nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est bien \u00e0 partir de cette mystique, produite \u00e0 partir de ce jeu social instaur\u00e9 par et autour des pratiques de l&rsquo;art, qu&rsquo;il semble possible pour la sociologue Nathalie Heinich de postuler une homologie du champ artistique avec le \u00ab&nbsp;champ&nbsp;\u00bb religieux<em> : \u00ab&nbsp;Les cr\u00e9ateurs, bousculeurs de traditions, occuperaient la position du proph\u00e8te; les commentateurs, organisant l\u2019assimilation de la parole proph\u00e9tique \u00e0 la doxa religieuse, y feraient figures de pr\u00eatres; et les spectateurs, consommateurs d\u2019\u0153uvres artistiques, seraient l\u2019\u00e9quivalent des fid\u00e8les (ou des m\u00e9cr\u00e9ants)&nbsp;\u00bb<\/em>. [\u2026]&nbsp;<em>Mais cette homologie a toutefois ses limites : le mod\u00e8le religieux n\u2019est valable en effet <\/em><strong><em>qu\u2019une fois la parole singuli\u00e8re accept\u00e9e comme proph\u00e9tique<\/em><\/strong><em>, int\u00e9gr\u00e9e par les institutions, relay\u00e9e par les commentateurs.&nbsp;<\/em>[\u2026]&nbsp;<em>Mais il ne vaut pas pour ce qui se passe avant cette transformation du verbe en nouvelle religion&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nathalie Heinich,&nbsp;<em>Le triple jeu de l\u2019art contemporain<\/em>, Ed. de Minuit, 1999<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est d&rsquo;abord \u00e9tonnant c&rsquo;est que tout en s&rsquo;appropriant cette mystique &#8211; sinon pourquoi proposer une formation rapide sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9e aux artistes &#8211; ces \u00ab\u00a0vendeurs de chaussons\u00a0\u00bb la prenne comme argent comptant tout en &#8211; et ce paradoxalement &#8211; la d\u00e9sacralisant par une op\u00e9ration de management qui semble plus s&rsquo;adresser \u00e0 des entit\u00e9s \u00ab\u00a0start-up\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 des artistes plasticiens, sauf \u00e0 consid\u00e9rer ces m\u00eames artistes comme des \u00ab\u00a0start-up\u00a0\u00bb en devenir : augmentation des ventes sur les parts de march\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;objets consid\u00e9r\u00e9s ici comme des objets uniques qui ne peuvent \u00eatre vendus qu&rsquo;\u00e0 une client\u00e8le que l&rsquo;on aura cibl\u00e9e au pr\u00e9alable gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un plan marketing. La marchandisation de la mystique artistique ne s&rsquo;encombre pas d&rsquo;une validation ex-post de cette mystique m\u00eame : elle consid\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 le producteur avance qu&rsquo;il produit \u00ab\u00a0des oeuvres en tant qu&rsquo;artiste\u00a0\u00bb, la marchandisation est possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on ne sait pas tr\u00e8s bien si c&rsquo;est l&rsquo;aura que le socius pr\u00eate aux artistes qui en fait des proph\u00e8tes aupr\u00e8s des institutions ou si, inversement, c&rsquo;est la proph\u00e9tisation institutionnelle qui g\u00e9n\u00e8re cette posture sociale auratique, le jeu tripartite instaur\u00e9 entre artistes-proph\u00e8tes, institutions-pr\u00eatres et spectateurs-d\u00e9vots, s&rsquo;il laisse supposer, dans le classement des \u00ab ordres \u00bb, une pleine \u00ab libert\u00e9 cr\u00e9atrice \u00bb des premiers, dispose tout de m\u00eame, contrairement aux apparences, d\u2019un processus constant d\u2019institutionnalisation du d\u00e9passement des limites qu&rsquo;est cens\u00e9 incarn\u00e9 cette libert\u00e9 : \u00ab&nbsp;<em>Car ce processus r\u00e9gl\u00e9 de jeu avec les crit\u00e8res d\u00e9finissant l\u2019\u0153uvre d\u2019art n\u2019a pas grand chose \u00e0 voir avec une situation \u00ab&nbsp;d\u2019anomie&nbsp;\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire d\u2019affranchissement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e8gles, de brouillage des rep\u00e8res, de d\u00e9r\u00e9liction des crit\u00e8res, et, notamment, du crit\u00e8re d\u2019excellence. Ce sont simplement des r\u00e8gles sp\u00e9cifiques qui gouvernent ce jeu, et qui ne sont pas per\u00e7ues lorsqu\u2019on est hors du jeu. La transgression des fronti\u00e8res ne se confond pas avec l\u2019absence de norme : rien n\u2019est plus norm\u00e9, contraint que le travail de l\u2019artiste qui cherche \u00e0 franchir les limites sans \u00eatre pour autant exclu, \u00e0 modifier les r\u00e8gles du jeu sans \u00eatre exclu du jeu.&nbsp;<\/em>[\u2026]&nbsp;<em>N\u2019importe qui est libre de ne pas jouer le jeu dans les r\u00e8gles, s\u2019il prend&nbsp;<\/em><strong><em>le risque d\u2019en \u00eatre exclu<\/em><\/strong><em>&nbsp;: le risque, en l\u2019occurrence, d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9 \u00e0 la marge du monde de l\u2019art, comme le sont tant de pr\u00e9tendants au statut d\u2019artiste qui n\u2019ont r\u00e9ussi ni \u00e0 bien jouer dans les r\u00e8gles, ni \u00e0 les d\u00e9placer \u00e0 leur profit. Mais ceux-l\u00e0 sont par d\u00e9finition <\/em><strong><em>condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019invisibilit\u00e9<\/em><\/strong><em>. Ne restent en pleine lumi\u00e8re que ceux qui se sont astreints, avec succ\u00e8s, \u00e0 cette rigoureuse discipline qu\u2019est, d\u2019une part, la ma\u00eetrise des r\u00e8gles du jeu artistique et, d\u2019autre part, la ma\u00eetrise de leurs possibles modifications&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette libert\u00e9 de l\u2019artiste n\u2019est donc qu\u2019une libert\u00e9 contrainte \u2013 ou contredite \u2013 par une volont\u00e9 de celui-ci \u00e0 vouloir \u00eatre inclus dans les r\u00e8gles mobiles et modifiables du jeu de l\u2019art, jeu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel&nbsp;il est parfois admis que \u00ab&nbsp;<em>ce n\u2019est pas l\u2019artiste qui d\u00e9signe comme art ce qu\u2019il pr\u00e9sente mais l\u2019institution<\/em>.&nbsp;<em>Il faut \u00e9galement \u00e0 l\u2019artiste avoir r\u00e9ussi \u00e0 se faire reconna\u00eetre et&nbsp;<\/em><strong><em>comme artiste authentique<\/em><\/strong><em>&nbsp;et&nbsp;<\/em><strong><em>comme innovateur cr\u00e9dible<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u2013 ce qui n\u2019a qu\u2019un lointain rapport avec l\u2019exercice de la libert\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est ce risque de l&rsquo;exclusion et de l&rsquo;invisibilit\u00e9 qui permet \u00e0 ce processus de \u00ab\u00a0management commercial\u00a0\u00bb de prolif\u00e9rer et de nous proposer de sortir de cet anonymat &#8211; au moins commercial &#8211; \u00e0 grand renfort de vocabulaire entrepreneurial. Dans les probl\u00e9matiques actuelles au sein des \u00e9conomies artistiques, c&rsquo;est bien l&rsquo;\u00e9conomie marchande qui ruse d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 pour convaincre les int\u00e9ress\u00e9s que leur salut financier se trouve ici et non ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Car si cette contrainte \u00e9voqu\u00e9e pour l\u2019artiste de passer par la reconnaissance institutionnelle est bien r\u00e9elle &#8211; et peut devenir pour cette derni\u00e8re une v\u00e9ritable source de pouvoir &#8211; elle ne semble pas a priori d\u00e9terminer le cadre \u00e9conomique de l\u2019artiste, du moins lorsqu\u2019on \u00e9voque l\u2019institution publique. Celle-ci, qui s\u2019appuie sur le principe d\u2019une politique culturelle d\u00e9finie comme l\u2019exercice d\u2019une fonction de conseil, d\u2019expertise et de soutien, ne semble pas d\u00e9terminer les possibilit\u00e9s \u00e9conomiques majeures des artistes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La politique culturelle d\u00e9finie par le gouvernement est mise en \u0153uvre et coordonn\u00e9e localement par la direction r\u00e9gionale des affaires culturelles (DRAC). Elle a pour mission d\u2019exercer une fonction de&nbsp;<\/em><strong><em>conseil<\/em><\/strong><em>&nbsp;et&nbsp;<\/em><strong><em>d\u2019expertise<\/em><\/strong><em>&nbsp;aupr\u00e8s des partenaires culturels et des collectivit\u00e9s territoriales et propose au Pr\u00e9fet de R\u00e9gion l\u2019attribution des&nbsp;<\/em><strong><em>soutiens financiers<\/em><\/strong><em>&nbsp;de l\u2019\u00c9tat aupr\u00e8s des professionnels et des artistes&nbsp;<\/em><strong><em>en fonction des projets pr\u00e9sent\u00e9s.&nbsp;<\/em><\/strong><em>Elle intervient sur :<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;<strong><em>Le soutien&nbsp;<\/em><\/strong><em>\u00e0 la cr\u00e9ation artistique en attribuant&nbsp;<\/em><strong><em>des aides&nbsp;<\/em><\/strong><em>aux compagnies,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 <em>L\u2019\u00e9ducation artistique et l\u2019action culturelle, en&nbsp;<\/em><strong><em>accompagnant<\/em><\/strong><em>&nbsp;d\u2019une part les collectivit\u00e9s dans la mise en \u0153uvre de plans de territoires, destin\u00e9s aux publics jeunes, scolaires, sp\u00e9cifiques, prioritaires, et en&nbsp;<\/em><strong><em>soutenant<\/em><\/strong><em>&nbsp;d\u2019autre part les projets d\u2019\u00e9ducation artistique et d\u2019action culturelle men\u00e9s par les op\u00e9rateurs culturels. Ce soutien se traduit par une&nbsp;<\/em><strong><em>aide<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00e0 des r\u00e9sidences artistiques, ateliers de pratique, actions de formation, enseignements et options artistiques, pour&nbsp;<\/em><strong><em>contribuer<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00e0 d\u00e9velopper le parcours d\u2019\u00e9ducation artistique et culturel des jeunes et tout au long de la vie,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 <em>L\u2019\u00e9conomie culturelle. Les directions r\u00e9gionales ont \u00e9galement pour mission de participer \u00e0 la structuration du secteur \u00e9conomique de la culture et&nbsp;<\/em><strong><em>encourager les op\u00e9rations de m\u00e9c\u00e9nat culturel<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste est ici &#8211; et par nature &#8211; consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00eatre subventionn\u00e9 \u2013 nature justifi\u00e9e par la difficult\u00e9 avec laquelle la vente des objets dits \u00ab&nbsp;artistiques&nbsp;\u00bb peine \u00e0 produire des revenus suffisant pour les int\u00e9ress\u00e9s. Il faudrait alors absolument lui venir en aide \u2013 le fameux soutien \u00e0 la cr\u00e9ation \u2013 par des voies diverses afin que celui-ci puisse am\u00e9liorer ses conditions d\u2019existence, notamment sur un plan \u00e9conomique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet des SODAVI est bien \u00e9videmment un enfant de cette \u00ab&nbsp;politique culturelle&nbsp;\u00bb, projet \u00ab&nbsp;concertatif&nbsp;\u00bb semble-t-il, o\u00f9 chacun des acteurs peut \u00e9mettre son avis autour d\u2019une table ronde afin d\u2019envisager \u2013 puisque c\u2019est de cela dont il s\u2019agit \u2013 d\u2019am\u00e9liorer l\u2019existant qui, apr\u00e8s analyse, ne se porte pas tr\u00e8s bien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est ici que se trouve s\u00fbrement la perversit\u00e9 du proc\u00e9d\u00e9 qui, s\u2019il semble infantiliser l\u2019artiste, permet \u00e0 l&rsquo;institution d&rsquo;user de l&rsquo;aura de ces producteurs et d&rsquo;alimenter un \u00e9go institutionnel en mettant en avant la bienveillance d\u2019un paternalisme dont le blason doit constamment \u00eatre redor\u00e9 par l\u2019aide qu\u2019il peut apporter \u00e0 cette \u00ab&nbsp;exceptionnalit\u00e9 artistique&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc ensuite possible d\u2019imaginer qu\u2019une fois cet \u00e9tat rendu familier au plus grand nombre, la mise en avant d\u2019un recours in\u00e9luctable au march\u00e9 de l\u2019art peut faire son chemin, passage oblig\u00e9 pour combler un vide que l\u2019institution \u2013 malgr\u00e9 ses efforts constants d\u2019aide et de soutien \u2013 ne peut elle-m\u00eame combler. Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 l\u00e9gitimer \u2013 en le moralisant plus ou moins \u2013 le d\u00e9veloppement d\u2019un jeu de \u00ab&nbsp;communication comp\u00e9titive&nbsp;\u00bb organis\u00e9 par le march\u00e9 sp\u00e9culatif de l\u2019art, le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances justifiant l\u2019unique loi qui puisse exister, bas\u00e9e sur l\u2019a priori fonctionnel et naturalis\u00e9 de la concurrence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A la question&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Tu \u00e9tais pourtant, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, l\u2019un des rares artistes conceptuels \u00e0 bien vivre de son travail : comment te l\u2019expliques-tu ?&nbsp;\u00bb<\/em>, l\u2019artiste Jan Dibbets donne la r\u00e9ponse suivante :&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Mes \u0153uvres, \u00e0 base de photographies, un m\u00e9dium par encore assimil\u00e9 \u00e0 l\u2019art, ont suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat aupr\u00e8s des collectionneurs&nbsp;\u00bb<\/em>.<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ce dernier, issu d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019apr\u00e8s seconde guerre, \u00e9voque dans son entretien une forme de stup\u00e9faction due \u00e0 l\u2019injection massive d\u2019argent dans le monde de l\u2019art, faisant r\u00e9f\u00e9rence ici au fait que l\u2019art est devenu un investissement, il est certain que le syst\u00e8me en place reste le m\u00eame : artistes, galeries, collectionneurs et institutions publiques de soutien forment un r\u00e9seau qui semble intouchable. Et Jan Dibbets de constater que&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>les jeunes&nbsp;g\u00e9n\u00e9rations<\/em>&nbsp;<em>subissent un lavage de cerveau, l\u2019argent \u00e9tant devenu le seul rep\u00e8re \u00e0 l\u2019aune duquel ils jugent leur travail&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on affirmer alors que cette tendance est l\u2019ultime cons\u00e9quence d\u2019un syst\u00e8me qui place la pr\u00e9carit\u00e9 artistique comme une donn\u00e9e fondamentale, ombre in\u00e9luctable \u00e0 laquelle il faut absolument \u00e9chapper et que, pour pouvoir profiter de la forte valeur ajout\u00e9e des produits artistiques, il va falloir jouer des coudes en esp\u00e9rant que <em>\u00ab&nbsp;Marraine la f\u00e9e march\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em> nous s\u00e9lectionne par un \u00ab&nbsp;co\u00fbt&nbsp;\u00bb de baguette magique pour que nous puissions obtenir un carrosse tout neuf ! Mais aussi attrayante que soit cette loterie, elle ne se fait s\u00fbrement pas sans n\u00e9gociation. Car s\u2019il y a bien investissement financier et injection massive d\u2019argent, il est peu probable que tout ceci se fasse par charit\u00e9. Le retour sur investissement est bien entendu la ligne d\u2019horizon point\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette hypoth\u00e8se qui \u00e9voque une certaine \u00ab&nbsp;normalit\u00e9&nbsp;\u00bb du syst\u00e8me ne concerne bien s\u00fbr qu\u2019une infime partie des producteurs que sont les artistes. Il n\u2019y a donc, au sein du syst\u00e8me, aucune volont\u00e9 d\u2019am\u00e9lioration des droits pour faire des artistes des&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>\u00eatres \u00e9conomiques autonomes&nbsp;\u00bb<\/em>. L\u2019autonomie financi\u00e8re se paye cher et pour un tout petit nombre d\u2019\u00e9lus, parfois au d\u00e9triment de l\u2019autonomie formelle. Et si l\u2019institution publique, par symbolisme patriarcal, souhaite garder la main sur le berceau en apportant quelques subsides pour rassurer le roi-nu, ceci n\u2019est que l\u2019enveloppe politique d\u2019un syst\u00e8me violent et pervers, le march\u00e9 s\u00e9lectionnant les quelques dauphins prodigues qui pourront franchir la porte vers la f\u00e9licit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors si effectivement les principes de fonctionnement du syst\u00e8me actuel ne peuvent aucunement r\u00e9pondre \u2013 et de mani\u00e8re viable \u2013 aux int\u00e9r\u00eats de la majorit\u00e9 des producteurs eux-m\u00eames, nous pouvons, \u00e0 premi\u00e8re vue, penser que les artistes ne portent pas la responsabilit\u00e9 de cette situation. Une victime n\u2019est, par d\u00e9finition, jamais coupable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, il est \u00e9tonnant de constater que la responsabilit\u00e9 semble tout de m\u00eame partag\u00e9e, une partie d\u2019entre eux ne souhaitant qu\u2019une am\u00e9lioration de la situation, am\u00e9lioration possiblement envisageable \u00e0 partir du mode de fonctionnement du syst\u00e8me actuel. Aussi, dans le jeu social qu\u2019engendre l\u2019activit\u00e9 artistique, l\u2019obstination \u00e0 vouloir am\u00e9liorer un syst\u00e8me soi disant \u00ab&nbsp;libre&nbsp;\u00bb mais plus que verrouill\u00e9 produit une situation pour le moins \u00e9trange au sein de laquelle l\u2019oiseau siffleur esp\u00e8re encore que le gardien de cette \u00ab&nbsp;cage dor\u00e9e&nbsp;\u00bb sera \u00e9galement celui qui le lib\u00e8re : psychologiquement, cela rel\u00e8ve du cas clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et afin d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 cette f\u00e9licit\u00e9, le ma\u00eetre mot aujourd&rsquo;hui est la <em>\u00ab&nbsp;professionnalisation&nbsp;\u00bb<\/em>. Fini l&rsquo;amateura ! Fini le bricolage ! Il faut, en tant qu&rsquo;artiste, se professionnaliser !<\/p>\n\n\n\n<p>On peut d&rsquo;ailleurs remarquer aujourd\u2019hui qu\u2019une certaine approche \u00ab&nbsp;\u00e9conomique&nbsp;\u00bb en politique de l\u2019art, en usant de la distinction faite entre professionnel et amateur, laisse planer un doute quant \u00e0 ce qu\u2019implique r\u00e9ellement cette terminologie professionnaliste au sein des arts visuels. Le cadre dont se sert cette approche est celui de&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;l\u2019employabilit\u00e9 discontinue&nbsp;des producteurs artistiques ind\u00e9pendants \u00bb<\/em>. Or, <em>\u00ab il est particuli\u00e8rement vain de tenter de vouloir chiffrer le nombre des artistes professionnels, si l&rsquo;on observe de plus que pour nombre d&rsquo;entre eux, l&rsquo;exercice de leur art ne leur fournit pas l&rsquo;essentiel de leurs revenus, mais a une importance sociale ou psychologique beaucoup plus importante que l&rsquo;indicateur \u00ab part de revenu \u00bb ne pourrait le sugg\u00e9rer<\/em>. <em>Ce constat met en \u00e9vidence le d\u00e9calage entre l&rsquo;identit\u00e9 personnelle de l&rsquo;artiste, son identit\u00e9 sociale et son identit\u00e9 professionnelle \u2014 surtout lorsque cette derni\u00e8re est d\u00e9finie exclusivement par le revenu \u2014 et il pose le probl\u00e8me des crit\u00e8res de la professionnalisation artistique \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Moulin Raymonde. De l&rsquo;artisan au professionnel : l&rsquo;artiste. In: Sociologie du travail, 25\u1d49 ann\u00e9e n\u00b04, Octobre &#8211; d\u00e9cembre 1983. Les professions artistiques. pp. 388-403<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont donc alors les crit\u00e8res de cette professionnalisation ?<\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons d&rsquo;abord par quelques propos d&rsquo;un commentateur pris au hasard des discussions lors d&rsquo;une publication sur les r\u00e9seaux d&rsquo;un appel \u00e0 candidature pour \u00ab\u00a0artistes amateurs et pro\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce que l&rsquo;on peut lire :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Pas d&rsquo;accord sur le principe qui consiste \u00e0 <\/em><strong><em>mettre \u00e0 pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des pros et des amateurs<\/em><\/strong><em>. Aucun m\u00e9pris \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la <\/em><strong><em>qualit\u00e9 des \u0153uvres<\/em><\/strong><em>, juste le fait que <\/em><strong><em>les pros payent des droits<\/em><\/strong><em> (\u00e0 l&rsquo;URSSAF notamment) et pas les amateurs&#8230;.. Le prix des&nbsp;\u0153uvres s&rsquo;en ressent forc\u00e9ment et l&rsquo;acheteur n&rsquo;est pas toujours en capacit\u00e9 de comprendre la diff\u00e9rence<\/em>. <em>Surtout que beaucoup d&rsquo;<\/em><strong><em>amateurs<\/em><\/strong><em> ne font cela qu&rsquo;<\/em><strong><em>en passe temps<\/em><\/strong><em>, nous on en vie, on s\u2019investit H24 et <\/em><strong><em>nous n&rsquo;avons pas la m\u00eame exp\u00e9rience ni qualit\u00e9 de travail.<\/em><\/strong><em> C&rsquo;est peut \u00eatre \u00e9go\u00efste de ma part, mais je refuse d&rsquo;\u00eatre mis au m\u00eame rang que&nbsp;<\/em><strong><em>des amateurs souvent sans saveur ni talent particulier que pour passer le temps et jouer les pseudos artistes.<\/em><\/strong><em> De nos jours quel que soit le domaine artistique <\/em><strong><em>on est noy\u00e9 dans la m\u00e9diocrit\u00e9<\/em><\/strong><em>, il n&rsquo;y a <\/em><strong><em>plus d&rsquo;exigence, d&rsquo;excellence, d&rsquo;exp\u00e9rience exig\u00e9e, mais de plus en plus d&rsquo;IA et de branlette intellectuelle pour bobo en manque d&rsquo;attention<\/em><\/strong>. <em>Les amateurs devraient avoir le droit de montrer leurs \u0153uvres bien s\u00fbr mais pas de les vendre<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si Raymonde Moulin nous rappelle que <em>\u00ab la d\u00e9finition w\u00e9b\u00e9rienne de la profession met l&rsquo;accent sur les crit\u00e8res \u00ab rationnels \u00bb de sp\u00e9cialisation et de comp\u00e9tence sp\u00e9cifique, que la r\u00e9flexion durkheimienne sur les voies et moyens du consensus social porte sur les associations professionnelles ou corporatives, que la sociologie anglo-saxonne, \u00e0 la suite de Parsons, met en valeur les crit\u00e8res de formation (garantissant une comp\u00e9tence sp\u00e9cifique, th\u00e9orique et pratique), d&rsquo;autonomie (soumission exclusive au jugement des pairs) et de d\u00e9sint\u00e9ressement (le professionnel n&rsquo;ob\u00e9it pas \u00e0 la logique du profit mais \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral) \u00bb<\/em>, la sociologue Nathalie Heinich montre \u00e9galement comment le d\u00e9but du&nbsp;XIXe&nbsp;si\u00e8cle voit la transition d\u2019un r\u00e9gime professionnel et acad\u00e9mique (le peintre travaillant en atelier, sur commande, somme toute un artisan) \u00e0 un r\u00e9gime vocationnel qui valorise la pratique artistique&nbsp;; cette transformation touche le statut juridique, \u00e9conomique, esth\u00e9tique et professionnel, et fait \u00e9merger <strong>l\u2019artiste<\/strong> comme <strong>synonyme d\u2019un \u00e9tat et non plus d\u2019une fonction<\/strong>. En m\u00eame temps, la vocation se double de la notion d\u2019inspiration ou de g\u00e9nie qui qualifie la position hors normes et excentrique de l\u2019artiste et <em>\u00ab&nbsp;signe l\u2019installation de l\u2019art dans un nouveau r\u00e9gime de valeurs, apparu de fa\u00e7on marginale et devenu celui dans lequel l\u2019art de d\u00e9finit encore aujourd\u2019hui&nbsp;: le \u201cr\u00e9gime de singularit\u00e9\u201d qui, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du \u201cr\u00e9gime de communaut\u00e9\u201d, privil\u00e9gie ce qui est hors du commun, original, unique&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab<\/em> <em>Aux contre-id\u00e9ologies artistiques \u00e9labor\u00e9es au cours du XIXe si\u00e8cle, aux tentatives d&rsquo;\u00e9mancipation des peintres, \u00e0 leur accroissement num\u00e9rique, l&rsquo;institution acad\u00e9mique a oppos\u00e9 une structure rigide contre laquelle <\/em><strong><em>le march\u00e9 s&rsquo;est constitu\u00e9 en syst\u00e8me concurrent d&rsquo;organisation de la vie artistique<\/em><\/strong><em> \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alors quid aujourd&rsquo;hui du d\u00e9veloppement professionnel de l&rsquo;artiste ? Comment comprendre aujourd&rsquo;hui la dite <em>\u00ab<\/em> professionnalisation <em>\u00bb<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agirait donc de savoir si, dans le contexte actuel d&rsquo;une marchandisation extr\u00eame de l&rsquo;art conjugu\u00e9e \u00e0 une ouverture \u00e9galement extr\u00eame du champ des possibles en mati\u00e8re de production esth\u00e9tique, les artistes sont professionnalisables et si oui, dans quelle mesure &#8211; \u00e0 condition de savoir ce que l&rsquo;on entend par professionnalisable.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons d&rsquo;abord le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;envers ou plut\u00f4t en creux : l\u2019artiste plasticien, lorsqu\u2019il est consid\u00e9r\u00e9 \u00ab&nbsp;au ch\u00f4mage&nbsp;\u00bb, a la POSSIBILITE d\u2019ouvrir des droits \u00e0 l\u2019ASS \u2013 (allocation solidarit\u00e9 sp\u00e9cifique). Si cette allocation ne peut s\u2019\u00e9tendre que sur une ann\u00e9e (indemnit\u00e9 de 16.25 \u20ac \/ jour \u2013 ce qui, ramen\u00e9 sur un mois de 30 jours, g\u00e9n\u00e8re une indemnisation de 487.50 \u20ac \/ mois), le praticien doit, pour ouvrir ce droit, justifier du caract\u00e8re \u00ab&nbsp;professionnel&nbsp;\u00bb de l\u2019activit\u00e9 qu&rsquo;il exerce et ses ressources ne doivent pas avoir d\u00e9pass\u00e9 un certain plafond.<\/p>\n\n\n\n<p>Question : qu\u2019est-ce qui fait office de \u00ab&nbsp;justificatif&nbsp;\u00bb au caract\u00e8re professionnel de l\u2019activit\u00e9 ? Un num\u00e9ro de SIRET est-il suffisant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, l\u2019artiste doit avoir retir\u00e9 de l\u2019exercice de cette \u00ab&nbsp;profession&nbsp;\u00bb des moyens de subsistance r\u00e9guliers pendant AU MOINS TROIS ANS.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette indemnisation ch\u00f4mage \u2013 limit\u00e9e dans le temps \u2013 pose certaines conditions qu\u2019il faut interroger. Puisque l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ASS doit \u00eatre justifi\u00e9 par le caract\u00e8re professionnel de la pratique dont l\u2019exercice doit avoir permis d\u2019obtenir des revenus d\u2019existence pendant au moins trois ann\u00e9es, on peut se demander :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>ce qui est entendu par \u00ab&nbsp;caract\u00e8re professionnel&nbsp;\u00bb de l\u2019activit\u00e9 (en opposition \u00e0 la distinction implicite entre \u00ab&nbsp;amateur&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;professionnel&nbsp;\u00bb)<\/li>\n\n\n\n<li>comment sont obtenus les revenus r\u00e9guliers en rapport avec l\u2019activit\u00e9 artistique \u2013 en somme, ramen\u00e9 sur le plan de l\u2019employabilit\u00e9, et qui sont les employeurs des artistes-plasticiens ?&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Car le fait le plus \u00ab&nbsp;marquant&nbsp;\u00bb et d\u00e9stabilisant dans cette d\u00e9marche, est que l\u2019ASS est attribu\u00e9e pour une p\u00e9riode de 6 mois renouvelable quand l\u2019auteur a fait la preuve qu\u2019il recherche activement un emploi\u2026!!! Or, a-t-on id\u00e9e de ce que cela repr\u00e9sente de se pr\u00e9senter au guichet de France Travail en d\u00e9clarant haut et fort que l\u2019on est \u00ab&nbsp;artiste-plasticien&nbsp;\u00bb ?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, lorsque l\u2019artiste souhaite s\u2019affilier au r\u00e9gime des auteurs pour b\u00e9n\u00e9ficier de droits sociaux, il doit r\u00e9pondre \u00e0 certains crit\u00e8res :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>domiciliation fiscale en France<\/li>\n\n\n\n<li>exercer de mani\u00e8re ind\u00e9pendante une activit\u00e9 personnelle de cr\u00e9ation + tirer un revenu artistique li\u00e9 \u00e0 la&nbsp;<strong>DIFFUSION, COMMERCIALISATION ou VENTE D\u2019\u0152UVRES = l\u2019apr\u00e8s coup de la production<\/strong><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Faire preuve de son activit\u00e9 professionnelle<\/strong>&nbsp;au cours de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente \u2013 quels sont les crit\u00e8res de \u00ab&nbsp;justification&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Avoir per\u00e7u un b\u00e9n\u00e9fice non commercial AU MOINS \u00c9GAL \u00e0 7458 \u20ac pour l\u2019ann\u00e9e. (soit, ramen\u00e9 de mani\u00e8re \u201cid\u00e9ale\u201d \u00e0 un montant de 621.50 \u20ac \/ mois)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>De plus, \u00ab&nbsp;l\u2019engagement professionnel&nbsp;\u00bb implique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>ventes<\/li>\n\n\n\n<li>cessions de droit<\/li>\n\n\n\n<li>d\u00e9pense pour l\u2019activit\u00e9&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>recherche de diffuseurs<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Si les deux premiers ont leur occurrence une fois que les objets dits \u00ab&nbsp;artistiques&nbsp;\u00bb ont \u00e9t\u00e9 produits, (d\u00e9marche post-productive), les deux seconds appartiennent \u00e0 l\u2019\u00e9conomie temporelle et mon\u00e9taire de la production. Ainsi, il faut fournir la preuve d\u2019une d\u00e9pense \u00e0 la fois financi\u00e8re \u2013 d\u00e9pense rendue \u00e9videmment possible par l\u2019obtention d\u2019un revenu li\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 artistique et temporelle, par la recherche de \u00ab&nbsp;diffuseurs&nbsp;\u00bb (que l\u2019on peut ranger, concernant les artistes plasticien, dans la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;institution d\u2019exposition&nbsp;\u00bb) non comptabilis\u00e9e au sein des probl\u00e9matiques \u00e9conomiques qui sont celles du REVENU.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La professionnalisation<\/em> claire, effective et non paradoxale des artistes plasticiens reste donc encore un point tr\u00e8s lointain sur l&rsquo;horizon des pratiques sociales de l&rsquo;art.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-QNDt9c\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-suuwGF\"><\/div>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-black-color has-text-color has-link-color has-tiny-font-size wp-elements-5921cfd05ac4ffaf6c3bd55d3ae8bb9c\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> \/ Entretien avec BERNARD STIEGLER \/ R\u00e9alis\u00e9 par\u00a0Ghislain Deslandes et\u00a0Luca Paltrinieri, Revue <em>Rue Descartes<\/em>, 2017\/1 N\u00b091<\/h1>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> \/ La marchandise selon Marx \/ Jean-Marie Harribey, In ATTAC, In\u00e9galit\u00e9s, crises, guerres : sortir de l\u2019impasse, Paris, Ed. Mille et une nuits, 2003, p. 43-52<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> \/ <a href=\"https:\/\/www.culture.gouv.fr\/Thematiques\/Arts-plastiques\/Pour-les-professionnels\/Schemas-d-orientation-pour-les-arts-visuels-SODAVI\">https:\/\/www.culture.gouv.fr\/Thematiques\/Arts-plastiques\/Pour-les-professionnels\/Schemas-d-orientation-pour-les-arts-visuels-SODAVI<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> \/ <a href=\"https:\/\/la-buse.org\/ressources\/Discours-de-La-Buse-au-SODAVI-Ile-de-France\">https:\/\/la-buse.org\/ressources\/Discours-de-La-Buse-au-SODAVI-Ile-de-France<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> \/ Article de Barth\u00e9l\u00e9my BETTE, revue INSERT&nbsp;: <a href=\"https:\/\/rn13bis.fr\/media\/pages\/actions\/insert\/20c3832508-1695710177\/insert-n0-pdf_online-150dpi.pdf\">https:\/\/rn13bis.fr\/media\/pages\/actions\/insert\/20c3832508-1695710177\/insert-n0-pdf_online-150dpi.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> \/ <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-culture-prospective-2007-4-page-1.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-culture-prospective-2007-4-page-1.htm<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> \/ Il faut ici rappeler la distinction op\u00e9r\u00e9e par le philosophe Bernard Stiegler entre&nbsp;<em>subsister<\/em>,&nbsp;<em>exister<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>consister<\/em>. Celui-ci indique que ce \u00ab&nbsp;triptyque&nbsp;\u00bb qualifie la vie humaine&nbsp;: dans chaque soci\u00e9t\u00e9 humaine, il semble exister un partage des activit\u00e9s selon qu\u2019elles sont soumises aux subsistances ou vou\u00e9es aux existences, partage qui fait \u00e9cho \u00e0 celui entre&nbsp;<em>l\u2019otium<\/em>&nbsp;(plan d\u2019existence) et&nbsp;<em>le negotium<\/em>&nbsp;(plan de subsistance). A ce couple traditionnel distinctif, le philosophe ajoute un troisi\u00e8me terme&nbsp;:&nbsp;<em>la consistance<\/em>&nbsp;(ce qui tient avec).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La subsistance<\/strong>&nbsp;: c\u2019est l\u2019ordre immuable des besoins et de leur satisfaction imp\u00e9rative. C\u2019est l\u2019imp\u00e9ratif de la survivance. Lorsque la vie humaine est r\u00e9duite \u00e0 la pure n\u00e9cessit\u00e9 de subsister, elle est rabattue sur ses besoins et perd le sentiment d\u2019exister. De tels besoins sont aujourd\u2019hui artificiellement produits par le marketing. Ce plan fait que l\u2019homme reste \u00ab&nbsp;en lui&nbsp;\u00bb et ne s\u2019ext\u00e9riorise pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019existence<\/strong>&nbsp;: c\u2019est le fait pour l\u2019homme d\u2019ex-sistere, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00eatre projeter hors de soi, de se constituer au dehors et \u00e0 venir. C\u2019est ce qui constitue celui qui existe dans et par la relation qu\u2019il entretient \u00e0 ses objets non pas en tant qu\u2019il en a besoin \u2013 physiologiquement \u2013 mais en tant qu\u2019il les d\u00e9sire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La consistance<\/strong>&nbsp;: d\u00e9signe le processus par lequel l\u2019existence humaine est mue et transform\u00e9e par ses objets, consistance o\u00f9 elle projette ce qui la d\u00e9passe. L\u2019incalculable infini du d\u00e9sir. Si n\u2019existe que ce qui est calculable, ces \u00ab&nbsp;infinit\u00e9s du d\u00e9sir&nbsp;\u00bb sont les objets de l\u2019id\u00e9alisation sous toutes ses formes&nbsp;: objets d\u2019amour, objets de justice (cette justice auquel personne ne peut renoncer au pr\u00e9texte qu\u2019elle n\u2019existe nulle part), objets de v\u00e9rit\u00e9. En tant qu\u2019elle est capable de se projeter sur de tels plans de consistance, l\u2019existence est mue par le cours de son individuation psychique telle qu\u2019elle est toujours une individuation collective&nbsp;: la consistance est ce qui projette et cristallise le psychique dans le social.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> \/ Thierry RASPAIL, ancien directeur du mus\u00e9e d&rsquo;art contemporain de Lyon \/ Entretien donn\u00e9 pour un magazine culturel en ligne<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> \/ Lordon Fr\u00e9d\u00e9ric. <em>Les apories de la politique \u00e9conomique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des march\u00e9s financiers<\/em>. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 52\u1d49 ann\u00e9e, N. 1, 1997. pp. 157-187;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> \/ <em>Artpress<\/em>&nbsp;\u2013 D\u00e9cembre 2022 \u2013 Magazine hors s\u00e9rie \u00ab 50 ans <em>\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-BMiyJl\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-uilgVf guten-icon-box icon-position-undefined\"><a class=\"\" href=\"http:\/\/alexisguenault.com\/?page_id=12944\"><div class=\"guten-icon-box-wrapper hover-from-left\"><div class=\"icon-box icon-box-header\"><div class=\"icon bg-style-color\"><i class=\"fas fa-align-justify icon-style-color\"><\/i><\/div><\/div><div class=\"icon-box icon-box-body\"><h2 class=\"title\"># 1<\/h2><p class=\"icon-box-description\">De la pr\u00e9carit\u00e9 en terre artistique<\/p><\/div><\/div><\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-1V6LPd\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-PvVWtG guten-icon-box icon-position-undefined\"><a class=\"\" href=\"http:\/\/alexisguenault.com\/?page_id=12959\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><div class=\"guten-icon-box-wrapper hover-from-left\"><div class=\"icon-box icon-box-header\"><div class=\"icon bg-style-color\"><i class=\"fas fa-align-justify icon-style-color\"><\/i><\/div><\/div><div class=\"icon-box icon-box-body\"><h2 class=\"title\"># 2<\/h2><p class=\"icon-box-description\">Du travail concret artistique : de quelques \u00e9l\u00e9ments socio-culturels<\/p><\/div><\/div><\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-lXxatw\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-o3qm1S guten-icon-box icon-position-undefined\"><div class=\"guten-icon-box-wrapper hover-from-left\"><div class=\"icon-box icon-box-header\"><div class=\"icon bg-style-color\"><i class=\"fas fa-align-justify icon-style-color\"><\/i><\/div><\/div><div class=\"icon-box icon-box-body\"><h2 class=\"title\"># 3<\/h2><p class=\"icon-box-description\">De la valeur artistique<\/p><\/div><\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-NpTLgU\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DE LA PRECARITE EN TERRE ARTISTIQUE Edito &#8211; D\u00e9cembre 2022 En ce d\u00e9but de mois de d\u00e9cembre, moment o\u00f9 la plupart d\u2019entre nous pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce qui va agr\u00e9menter la fameuse dinde ou si, dans une crise alimentaire post-grippe aviaire, le foie gras ne viendra pas \u00e0 manquer, je viens d\u2019acheter, comme l\u2019enfant qui vient de s\u2019offrir, en cette p\u00e9riode de f\u00eates, LE sucre d\u2019orge qu\u2019il avait vu dans la vitrine du confiseur, le num\u00e9ro sp\u00e9cial des cinquante ans du magazine&nbsp;artpress.&nbsp; Comme un lecteur consciencieux, je commence bien s\u00fbr par l\u2019\u00e9dito, \u00e9crit par Catherine Millet, codirectrice du magazine et<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-12944","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/12944","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12944"}],"version-history":[{"count":18,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/12944\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13401,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/12944\/revisions\/13401"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}