{"id":9963,"date":"2024-05-14T16:42:34","date_gmt":"2024-05-14T14:42:34","guid":{"rendered":"http:\/\/alexisguenault.com\/?page_id=9963"},"modified":"2025-09-17T18:11:19","modified_gmt":"2025-09-17T16:11:19","slug":"pratique-en-memoire","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/alexisguenault.com\/?page_id=9963","title":{"rendered":"De l&rsquo;exposition comme exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9cho"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"section-wrapper\" data-id=\"Dn7ukl\"><section class=\"wp-block-gutenverse-section guten-element guten-section guten-Dn7ukl layout-boxed align-stretch\"><div class=\"guten-container guten-column-gap-wider\">\n<div class=\"wp-block-gutenverse-column guten-element guten-column guten-wsxdWL\"><div class=\"guten-column-wrapper\" data-id=\"wsxdWL\">\n<p style=\"font-size:20px\">De l&rsquo;exposition comme exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9cho<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-nEskXq\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Syst\u00e8mes sociaux de production et bricolage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-ptgOKG\"><\/div>\n\n\n\n<p>Ce qui a constitu\u00e9 un changement majeur dans notre rapport \u00e0 la production depuis le d\u00e9but de notre modernit\u00e9 est <em>\u00ab l\u2019introduction de la nouvelle technique et des nouveaux mat\u00e9riaux, la destruction des anciens rituels de fabrication \u2013 l\u2019artisanat \u2013 ou de l\u2019usage \u2013 les significations symboliques traditionnelles. \u00bb<\/em> <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-bMEmFv\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2e1cb9d6afc0ef6df2d1650db9f1a8b8\" style=\"font-size:14px\">Pierre Francastel, <em>Art et technique aux XIX\u00e8me et XX\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, 1956, Edition <em>Tel<\/em> Gallimard<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle donne quant aux probl\u00e9matiques productives ouvre ce que l&rsquo;on nomme la raison d&rsquo;usage sur des changements techniques et mat\u00e9riels significatifs, une grande partie de ce qui est produit aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9tant \u00e0 partir du syst\u00e8me de production des techniques industrielles.&nbsp;<em>Le syst\u00e8me de production industriel<\/em> est donc la condition majeure d\u2019existence de presque toute chose produite aujourd&rsquo;hui.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-ihniHx\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et ce que cette soci\u00e9t\u00e9 industrielle instaure, entre autre, n&rsquo;est pas tant le quantitatif en tant que tel mais un nouveau rapport \u00e0 ce dernier bas\u00e9 sur le transfert de cette production en quantit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 la machine. Ce changement implique deux choses. D\u2019une part, on constate que la notion de \u00ab&nbsp;qualit\u00e9&nbsp;\u00bb qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019homo faber&nbsp;\u00bb quant \u00e0 cette production d\u2019objets (en s\u00e9rie ou non d\u2019ailleurs) peut \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e vers la machine elle-m\u00eame. Un \u00e9l\u00e9ment machinique que l\u2019on inclut aujourd\u2019hui dans un processus de production permet de fabriquer un objet de mani\u00e8re beaucoup plus pr\u00e9cise et beaucoup plus rapide. On assiste \u00e0 un transfert des savoir-faire jusque-l\u00e0 \u00ab&nbsp;propri\u00e9t\u00e9s&nbsp;\u00bb de l\u2019homo faber. D\u2019autre part, ce qu\u2019instaure l\u2019introduction de la machine dans la production dite \u00ab&nbsp;en s\u00e9rie&nbsp;\u00bb, c\u2019est non pas le fait de la s\u00e9rie elle-m\u00eame mais la possibilit\u00e9 de REPRODUIRE les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments \u00e0 l\u2019identique. Et c\u2019est cette identit\u00e9 de tous les objets produits selon une m\u00eame s\u00e9rie qui change le rapport m\u00eame \u00e0 la production en s\u00e9rie. Cette possibilit\u00e9 ouvre le rapport que nous avons \u00e0 la quantit\u00e9 sur la notion \u00ab&nbsp;d\u2019identit\u00e9 multiple infinie&nbsp;\u00bb. Les diff\u00e9rences qui pouvaient encore exister entre des \u00e9l\u00e9ments fabriqu\u00e9s selon la loi des s\u00e9ries dans les processus de production des soci\u00e9t\u00e9s dites traditionnelles, sont aujourd\u2019hui effac\u00e9es&nbsp;: une automobile construite selon un m\u00eame mod\u00e8le ressemblera trait pour trait aux 99&nbsp;000 autres qui la suive.&nbsp;L&rsquo;objet produit pour un usage perd ici toute unicit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-o1ZUav\"><\/div>\n\n\n\n<p>Cette ouverture, qui produit un des vertiges les plus impressionnants de l\u2019histoire productive humaine, introduit le principe de standardisation et de travail \u00e0 la cha\u00eene. L\u2019histoire est connue. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-jsdGs7\"><\/div>\n\n\n\n<p>Avec cette production de s\u00e9rie apparaissaient l\u2019uniformit\u00e9 et la r\u00e9duction du nombre des <em>types<\/em> fabriqu\u00e9s, ce que Gilbert Simondon \u00e9voque lorsqu\u2019il dit que <em>\u00ab&nbsp;ce n\u2019est pas le travail \u00e0 la chaine qui produit la standardisation mais la standardisation intrins\u00e8que <\/em>(sous-entendu \u00ab standardisation intrins\u00e8que du processus de production \u00bb) <em>qui permet au travail \u00e0 la chaine d\u2019exister. L\u2019industrialisation<\/em> <em>est donc rendue possible par la formation de types stables&nbsp;\u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-wGlHfe\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">Gilbert Simondon, <em>Du mode d&rsquo;existence des objets techniques<\/em>, 1958<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette sp\u00e9cificit\u00e9 de la technique industrielle, Gilbert Simondon la met en rapport avec et l&rsquo;analyse au regard de ce qu&rsquo;il nomme la pens\u00e9e artisanale. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-uFHUCP\"><\/div>\n\n\n\n<p>Si, pour le philosophe, cette<em> pens\u00e9e artisanale<\/em> est l\u2019enfance de la technique &#8211; tr\u00e8s peu rationalis\u00e9e, exigeant le d\u00e9but extr\u00eamement pr\u00e9coce de l\u2019apprentissage o\u00f9 le sujet, m\u00eame devenu adulte, conservera une irrationalit\u00e9 de base dans ses connaissances techniques &#8211; c&rsquo;est que le praticien fait consister ses connaissances non pas en sch\u00e8mes clairement repr\u00e9sent\u00e9s mais en \u00ab tours de main \u00bb poss\u00e9d\u00e9s presque d\u2019instinct et confi\u00e9s \u00e0 cette \u00ab seconde nature \u00bb qu\u2019est l\u2019habitude. C\u2019est donc une science qui reste au niveau des repr\u00e9sentations sensorielles et qualitatives, tr\u00e8s pr\u00e8s des caract\u00e8res concrets de la mati\u00e8re, produisant des connaissances d&rsquo;avantage op\u00e9ratoires qu\u2019intellectuelles. C\u2019est une capacit\u00e9 plus qu\u2019un savoir. Cette approche empirique fait de ces hommes qui la pratiquent des \u00ab experts \u00bb, au sens premier du terme. Ils ont part \u00e0 la nature vivante de la chose qu\u2019ils connaissent. Leur savoir est un savoir de participation profonde, directe, qui n\u00e9cessite une symbiose originelle. Cette participation est de nature instinctive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Imbek0\"><\/div>\n\n\n\n<p>L\u2019artisanat correspond donc au stade primitif de l\u2019\u00e9volution des objets techniques, c\u2019est-\u00e0-dire au stade abstrait.&nbsp;<em>Le caract\u00e8re d\u2019objet sur mesures que l\u2019on trouve dans le produit du travail de l\u2019artisan est inessentiel, laissant toujours la voie libre \u00e0 des possibles nouveaux.<\/em> Ces possibles sont la manifestation ext\u00e9rieure d\u2019une contingence int\u00e9rieure. L\u2019objet sur mesure est un objet sans mesures intrins\u00e8ques. Ses normes lui viennent de l\u2019ext\u00e9rieur : il n\u2019a pas encore r\u00e9alis\u00e9 sa coh\u00e9rence interne. Il n\u2019est pas un syst\u00e8me du n\u00e9cessaire. Il correspond \u00e0 un syst\u00e8me ouvert d\u2019exigences. Et cette formation technique de type instinctif a pour personnage principal \u00ab l\u2019homme habile \u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;homo faber\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-TjCb7i\"><\/div>\n\n\n\n<p>A cette pens\u00e9e, Gilbert Simondon oppose <em>la pens\u00e9e encyclop\u00e9diste<\/em> qui est, selon lui, la pens\u00e9e adulte de la technique : ce type de connaissance technique est la connaissance rationnelle, th\u00e9orique, scientifique et universelle. Simondon prend l\u2019exemple de l\u2019Encyclop\u00e9disme de Diderot et d\u2019Alembert et souligne bien que ces planches n\u2019ont pas un r\u00f4le de documentation purement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, pour un public d\u00e9sireux de satisfaire sa curiosit\u00e9. En effet, l\u2019information tr\u00e8s compl\u00e8te peut constituer une documentation pratique utilisable, de mani\u00e8re telle que tout homme qui poss\u00e8de l\u2019ouvrage soit capable de construire la machine d\u00e9crite ou de faire avancer par l\u2019invention, l\u2019\u00e9tat atteint par la technique en ce domaine et de faire commencer sa recherche au point o\u00f9 s\u2019ach\u00e8ve celle des hommes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.&nbsp;Ce sont donc bien des connaissances de niveau \u00e9lev\u00e9 qui sont transmises et accessibles \u00e0 tous. Et c\u2019est donc pour la premi\u00e8re fois que se constitue un univers technique, un cosmos o\u00f9 tout est li\u00e9 \u00e0 tout : <em>universalit\u00e9 consistante et objective, bloc de connaissances techniques disponibles et ouvertes<\/em>. Le monde technique d\u00e9couvre donc son ind\u00e9pendance au moment o\u00f9 il r\u00e9alise son unit\u00e9 (par l\u2019encyclop\u00e9disme). Cette m\u00e9thode et cette structure de ce nouvel enseignement sont rationnelles et doublement universelles. Rationnel parce qu\u2019elles emploient la mesure et le calcul, les proc\u00e9d\u00e9s de figuration g\u00e9om\u00e9trique et de l\u2019analyse descriptive. Rationnelles \u00e9galement parce qu\u2019elles font appel \u00e0 des explications objectives et invoquent des r\u00e9sultats d\u2019exp\u00e9riences. Il y a donc une <em>s\u00e9paration du conjectural (incertain) et du fait \u00e9tabli (certain)<\/em>. Dans ce sens, l\u2019explication scientifique est requise avec un go\u00fbt net pour l\u2019esprit scientifique (hypoth\u00e8ses \/ faits \u00e9tablis). Et c&rsquo;est bien cette <em>rationalisation<\/em> qui engendre la division du processus global de production en diff\u00e9rentes op\u00e9rations dissoci\u00e9es et reproductibles \u00e0 l\u2019infini, permettant de produire avec une efficacit\u00e9 temporelle sans pareille. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-mVY8Wt\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais ce constat nous conduit-il pour autant, comme le souligne Pierre Francastel, aux fun\u00e9railles de cet&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;homo faber&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;qu\u2019on aimerait encore appeler \u00ab&nbsp;artisan&nbsp;\u00bb ? Cette figure artisanale ne serait-elle devenue que le reflet d\u2019un pass\u00e9 bel et bien r\u00e9volu mais que l\u2019on souhaiterait ne pas avoir perdu, forme&nbsp;fantomatique errant dans les couloirs de notre modernit\u00e9 industrielle ? Notre occident moderne aurait-il lui-m\u00eame produit un monde o\u00f9 la raison instrumentale et industrielle, en perp\u00e9trant continuellement l\u2019assassinat de cette figure ancestrale artisanale,&nbsp;la garderait en m\u00eame temps comme \u00ab&nbsp;garante&nbsp;\u00bb, laissant son spectre nous hanter \u00ab gentiment \u00bb. L\u2019artisan est-il mort&nbsp;au sein de ce nouveau rapport technique que l\u2019homme entretien avec la production de ses artefacts ? Ce dernier poss\u00e8de-t-il encore une consistance en tant que tel (technique et sociale) ou est-il simplement le spectre d&rsquo;une mythologie, le d\u00e9veloppement des techniques industrielles et des proc\u00e9dures qui les accompagnent ayant report\u00e9 ou d\u00e9plac\u00e9 la majorit\u00e9 des savoir-faire ancestraux dans la sph\u00e8re de la production s\u00e9rielle et industrielle. Cette artisan, dont l&rsquo;image est encore bien pr\u00e9sente, et qui, selon Hanna Arendt, construisait la durabilit\u00e9 du monde de ses mains, est-il devenu, au sein des probl\u00e9matiques technico-constructives de notre modernit\u00e9, le dindon n\u00e9cessaire de cette farce industrialo-productive ?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-juDDnZ\"><\/div>\n\n\n\n<p>Autrement dit, si l\u2019artisanat est aujourd\u2019hui compris comme une figure juridique, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;<em>un ensemble \u00e9conomique juridiquement d\u00e9fini par la loi 96-603 du 05 juillet 1996<\/em> <em>qui regroupe les entreprises qui exercent, \u00e0 titre principal ou secondaire, l\u2019une des 489 activit\u00e9s de fabrication, transformation, r\u00e9paration, ou prestation des services d\u00e9finies par arr\u00eat\u00e9 du 10 juillet 2008 relatif \u00e0 la Nomenclature d\u2019activit\u00e9s fran\u00e7aises du secteur des m\u00e9tiers et de l\u2019artisanat<\/em>\u00ab\u00a0, la part \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb originaire qui le constitue semble \u00eatre encore inscrite dans nos esprits sur la carte m\u00e9moire de ce mythique \u00ab&nbsp;travail bien fait&nbsp;\u00bb. Est-on encore en pr\u00e9sence d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 sociale effective &#8211; selon la logique d&rsquo;usage &#8211; ou bien cet artisan n&rsquo;est-il plus qu&rsquo;une image, un fant\u00f4me au sein de cette \u00ab&nbsp;ali\u00e9nation technique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb ? Si tel est le cas &#8211; et ce malgr\u00e9 un divorce forc\u00e9 d&rsquo;avec la soci\u00e9t\u00e9 &#8211; celui-ci ne serait plus qu&rsquo;une \u00ab&nbsp;marque d\u00e9pos\u00e9e&nbsp;\u00bb d&rsquo;un \u00e9tat pr\u00e9-industriel nous garantissant encore \u2013 du moins l\u2019esp\u00e8re-t-on \u2013 une certaine \u00ab&nbsp;authenticit\u00e9&nbsp;\u00bb. Cette figure fantomatique resterait alors suspendue dans un coin de notre imaginaire, comme si rien ne pouvait endommager l\u2019abstraction symbolique de son nom : \u00ab&nbsp;homo faber&nbsp;\u00bb. Encore projet\u00e9e comme id\u00e9alit\u00e9 technique \u00e0 chaque fois qu&rsquo;on le nommerait, celui-ci serait devenu, en marge du syst\u00e8me de production industriel, une image arr\u00eat\u00e9e, un mythe qui laisserait encore intact, dans nos r\u00eaveries de producteurs solitaires, le principe m\u00eame de son \u00eatre qui est de <em>\u00ab&nbsp;donner \u00e0 l\u2019artifice humain la stabilit\u00e9, la solidit\u00e9 qui seules lui permettent d\u2019h\u00e9berger cette instable et fragile cr\u00e9ature, l\u2019homme&nbsp;\u00bb<\/em>.&nbsp;<em>\u00ab Ce que l\u2019usage use, c\u2019est la durabilit\u00e9 \u00bb<\/em> (Hanna Arendt).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-xAyCUC\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pourtant, sur la ligne en pointill\u00e9s qui s\u00e9pare le processus de production industriel et la logique de fabrication de l&rsquo;artisan s&rsquo;est gliss\u00e9e une activit\u00e9 &#8211; ou plut\u00f4t une m\u00e9thode productive &#8211; qui, au sein de ce domaine de l&rsquo;usage, vient non pas bouleverser mais questionner les formes de notre production : reconnue aujourd&rsquo;hui comme pratique sociale largement partag\u00e9e, le \u00ab\u00a0bricolage\u00a0\u00bb est cette pratique qui, de par sa r\u00e9elle sp\u00e9cificit\u00e9, pose la question de son inscription sociale et technique dans le r\u00e9seau des activit\u00e9s productives. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Lf0k0c\"><\/div>\n\n\n\n<p>Bricoler, si l\u2019on tente d\u2019en donner une sorte de d\u00e9finition sociale liminaire, s\u2019apparenterait au fait de passer du temps \u00e0 agir mat\u00e9riellement sur notre environnement personnel. Passer des dimanches \u00e0 r\u00e9parer ou repeindre un meuble, installer des rideaux, faire de la m\u00e9canique, etc.&nbsp;: tout ce qui est produit proc\u00e8de d\u2019une pratique constructive o\u00f9 l\u2019objet de toutes ces manipulations diverses et vari\u00e9es reste orient\u00e9 par le caract\u00e8re privatif de l\u2019activit\u00e9, le temps libre en \u00e9tant le cadre temporel. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-6L4LbU\"><\/div>\n\n\n\n<p>On peut admettre \u00e9galement qu\u2019au caract\u00e8re privatif s\u2019ajoute la dimension pleinement amatrice des activit\u00e9s, avec ce que cela inclut de \u00ab&nbsp;victoires&nbsp;\u00bb &#8211; sommes toutes relatives &#8211;&nbsp; et d\u2019\u00e9checs possibles. Les formes produites ici n\u2019ont pas le caract\u00e8re d\u2019efficience instrumentale des productions socialement organis\u00e9es. Ici, le seul horizon est celui du \u00ab&nbsp;faire soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb, sans aucune autre contrainte que celle d\u2019occuper un temps \u00e0 soi. Le bricolage est donc reconnu comme \u00e9tant cette activit\u00e9 au sein de laquelle ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;les particuliers&nbsp;\u00bb prennent un certain plaisir \u00e0 am\u00e9nager, personnaliser et am\u00e9liorer leur temporalit\u00e9 et leur espace.&nbsp;Et bien que la production garde un caract\u00e8re privatif, le bricolage reste tout de m\u00eame une activit\u00e9 r\u00e9gie par les lois de la raison d&rsquo;usage. Car notre protagoniste qu\u2019est le bricoleur, en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019une m\u00e9canique sociale de la production, a, du magazine aux magasins, toujours comme horizon un projet pr\u00e9cis que vient orienter la raison des fins, celle-l\u00e0 m\u00eame qui oriente la production de valeur d\u2019usage. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-tnqtXL\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais il est difficile aujourd\u2019hui d&rsquo;aborder cette figure du bricoleur sans prendre en consid\u00e9ration \u00e0 la fois la part fantomatique de la figure de l\u2019artisan &#8211; point de vue techniciste &#8211; et l\u2019image \u00e0 laquelle le bricoleur reste attach\u00e9.&nbsp;En effet, dans ce flux continu d\u2019une production imago-sociale, faisant de nous des \u00eatres proc\u00e9duriers et fonctionnels, quoi de plus pratique qu\u2019un contre-exemple pour justifier ce masque originel coll\u00e9 sur les visages innombrables des \u00ab sujets hypermodernes \u00bb et industriels que nous sommes. Car ce qui est reconnu comme \u00ab\u00a0le monde de l\u2019ing\u00e9nierie toute puissante\u00a0\u00bb se moque bien du bricoleur, enfermant celui-ci dans le cadre des activit\u00e9s secondaires, parfois futiles et surtout inefficientes. Bricoler signifie ici que l\u2019on ne peut aucunement \u00eatre viable sur un plan technique, ce \u00ab&nbsp;Gaston Lagaffe&nbsp;\u00bb \u00e9tant le grain de sable dans le flux des proc\u00e9dures et des normes de la raison instrumentale industrielle, jusqu\u2019\u00e0 devenir l\u2019\u00e9quivalent, au sein des activit\u00e9s productives, de cette figure du clown. S\u2019il peut faire rire, c\u2019est que la toute puissance industrielle, g\u00e9r\u00e9e par la figure &#8211; mythique, nous le verrons &#8211; de l\u2019ing\u00e9nieur, ne semble pouvoir se  permettre le moindre \u00ab\u00a0bricolage\u00a0\u00bb, par soucis d&rsquo;efficience. Selon les lois de cette raison, notre bricoleur est renvoy\u00e9 sur le banc des activit\u00e9s dites \u00ab de loisirs \u00bb, o\u00f9 la marchandisation de ses besoins est bien s\u00fbr aujourd&rsquo;hui soigneusement organis\u00e9e au sein des cavernes d\u2019Ali baba que sont les magasins consacr\u00e9s, ce dernier ayant la possibilit\u00e9 d&rsquo;y \u00eatre soigneusement \u00e9quip\u00e9. De ce fait, l\u2019activit\u00e9 de ce bricoleur entre de plein droit dans les occupations du temps libre et des loisirs, activit\u00e9s comprises au sein de notre \u00e9conomie politique comme normes de consommation. Cette pratique, d&rsquo;ordre priv\u00e9, se retrouve donc doublement rattrap\u00e9e&nbsp;: une fois par cette cat\u00e9gorie socio-temporelle qu&rsquo;est le temps libre \u2013 limit\u00e9e dans l\u2019espace et le temps &#8211; et une autre fois par son aspect socio-\u00e9conomique, sa marchandisation contemporaine offrant outils, m\u00e9thodes et mani\u00e8res de faire \u00e0 qui veut bien les acheter. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-fdgSZJ\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-60802241c950ad7aa18dd6e28ca45441\">Le bricoleur est donc un personnage social, partie int\u00e9grante d&rsquo;un syst\u00e8me o\u00f9 la raison instrumentale et industrielle op\u00e8re sa marchandisation en continue. Et si la figure artisanale est devenue pour ainsi dire \u00ab\u00a0mythique\u00a0\u00bb et fantomatique, elle est une des composantes socio-productive dont notre bricoleur s&rsquo;inspire. Voire m\u00eame : ce bricoleur, au sein de ce qui constitue nos activit\u00e9s productives, ne serait-il pas l\u2019incarnation contrari\u00e9e de cette figure fantomatique de l\u2019artisan, sorte de r\u00e9surrection qui aurait malheureusement perdue quelques \u00e9l\u00e9ments en route&nbsp;?&nbsp;Or si aujourd&rsquo;hui cette temporalit\u00e9 dite \u00ab libre \u00bb o\u00f9 s&rsquo;actualise cette pratique est, en tant que cat\u00e9gorie socio-temporelle, un clich\u00e9, et qu&rsquo;elle g\u00e9n\u00e8re, par la force des choses, une imagerie multiple et vari\u00e9e que l\u2019univers marchand ne manque pas de nous renvoyer en miroir pour que nous passions les portes des magasins, la question demeure : <em>le bricoleur est-il un simple consommateur ou est-il autre chose face \u00e0 la perte d\u2019aura et d\u2019authenticit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la quasi disparition de la figure de l\u2019artisan ?<\/em> Quel est le moteur r\u00e9el de <em>cette appropriation des \u00ab restes techniques \u00bb des pratiques <\/em>\u00ab\u00a0bricol\u00e9es\u00a0\u00bb \u00e0 partir des formes que produit l\u2019industrie ? Pour une grande part, tout ce qui passe entre les mains de notre bricoleur &#8211; tout comme entre celles de ce qui reste de l&rsquo;artisan &#8211; est produit PAR l\u2019industrie : une forme, m\u00eame reconditionn\u00e9e, gardera les traces de son origine technico-productive, \u00e0 savoir les moyens industriels de son \u00e9laboration.&nbsp;Sur un plan technique, l&rsquo;artisanat &#8211; du moins ce qu&rsquo;il en reste &#8211; et le bricolage, ont ceci en commun qu&rsquo;ils s&rsquo;approprient les mat\u00e9riaux et objets produits par le syst\u00e8me de production industrielle, devenant, in fine, des pratiques d&rsquo;agencement et de transformation de ce que l&rsquo;industrie met \u00e0 leur disposition.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-pk85PW\"><\/div>\n\n\n\n<p>Toutefois loin des gestes pr\u00e9cis de l\u2019artisan et \u00e0 mille lieux du processus de reproduction mat\u00e9riel de l\u2019industrie, le bricoleur reste socialement attach\u00e9 \u00e0 la figure de <em>l\u2019\u00ab&nbsp;amateur&nbsp;\u00bb <\/em>en tant qu\u2019il s\u2019oppose en tout point au professionnel, faisant de lui un ersatz d\u2019artisan &#8211; sorte d&rsquo;artisan contrari\u00e9, donc &#8211; dans la logique productive du \u00ab&nbsp;fait-main&nbsp;\u00bb. Ce personnage, qui ne semble dou\u00e9 d\u2019aucune \u00ab comp\u00e9tence \u00bb particuli\u00e8re, appara\u00eet donc, dans le contexte techniciste actuel, comme une figure marginale mais paradoxalement &#8211; ou plut\u00f4t selon la&nbsp;logique de l&rsquo;\u00e9conomie mon\u00e9taire marchande &#8211; comme une des figures centrales au sein des normes de consommation. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-r7J1U4\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pour autant, n&rsquo;est-il que cela ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-ORAec5\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00ab D\u2019ailleurs, une forme d\u2019activit\u00e9 subsiste parmi nous qui, sur le plan technique, permet assez bien de concevoir ce que, sur le plan sp\u00e9culatif, put \u00eatre une science que nous pr\u00e9f\u00e9rons appeler \u00ab premi\u00e8re \u00bb plut\u00f4t que primitive : celle commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9e par le terme de bricolage. [\u2026] <strong>Et de nos jours, le bricoleur reste celui qui \u0153uvre de ses mains, en utilisant des moyens d\u00e9tourn\u00e9s par comparaison avec l\u2019homme de l\u2019art.<\/strong> [L\u2019univers instrumental du bricoleur est clos] et la r\u00e8gle de son jeu est de toujours s\u2019arranger avec les moyens du bord, c\u2019est \u00e0 dire un ensemble \u00e0 chaque instant fini d\u2019outils et de mat\u00e9riaux, h\u00e9t\u00e9roclites au surplus, parce que <strong>la composition de l\u2019ensemble n\u2019est pas en rapport avec le projet du moment,<\/strong> ni d\u2019ailleurs avec aucun projet en particulier mais est <strong>le r\u00e9sultat contingent de toutes les occasions qui se sont pr\u00e9sent\u00e9es de renouveler ou d\u2019enrichir le stock, ou de l\u2019entretenir avec les r\u00e9sidus de constructions et de destruction ant\u00e9rieurs<\/strong>. L\u2019ensemble des moyens du bricoleur n\u2019est pas d\u00e9finissable par un projet (ce qui supposerait d\u2019ailleurs, comme chez l\u2019ing\u00e9nieur, l\u2019existence d\u2019autant d\u2019ensembles instrumentaux que de genres de projet, au moins en th\u00e9orie) ; <strong>il se d\u00e9finit seulement par son instrumentalit\u00e9<\/strong>, autrement dit, et pour employer le langage m\u00eame du bricoleur, parce que les \u00e9l\u00e9ments sont recueillis et conserv\u00e9s en vertu du principe que \u00ab \u00e7a peut toujours servir \u00bb. De tels \u00e9l\u00e9ments sont donc \u00e0 demi particularis\u00e9s, suffisamment pour que le bricoleur n\u2019ait pas besoin de l\u2019\u00e9quipement et du savoir de tous les corps d\u2019\u00e9tat ; mais pas assez pour que chaque \u00e9l\u00e9ment soit astreint \u00e0 son emploi pr\u00e9cis et d\u00e9termin\u00e9. Chaque \u00e9l\u00e9ment repr\u00e9sente un ensemble de relation, \u00e0 la fois concr\u00e8tes et virtuelles ; <strong>ce sont des op\u00e9rateurs, mais utilisables en vue d\u2019op\u00e9rations quelconques au sein d\u2019un type<\/strong>.[\u2026] Regardons-le \u00e0 l\u2019\u0153uvre : excit\u00e9 par son projet, sa premi\u00e8re d\u00e9marche pratique est pourtant r\u00e9trospective : il doit se retourner vers un ensemble d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, form\u00e9 d\u2019outils et de mat\u00e9riaux ; <strong>en faire l\u2019inventaire<\/strong> ; enfin et surtout, engager avec lui une sorte de dialogue pour r\u00e9pertorier, avant de choisir entre elles, les r\u00e9ponses possibles que l\u2019ensemble peut offrir au probl\u00e8me qu\u2019il lui pose. Tous ces objets h\u00e9t\u00e9roclites qui constituent son tr\u00e9sor, il les interroge pour comprendre ce que chacun d\u2019eux pourrait \u00ab signifier \u00bb, <strong>contribuant ainsi \u00e0 d\u00e9finir un ensemble \u00e0 r\u00e9aliser, mais qui ne diff\u00e9rera de l\u2019ensemble instrumental que par la disposition interne des parties<\/strong>. [\u2026] Mais ces possibilit\u00e9s demeurent toujours limit\u00e9es par l\u2019histoire particuli\u00e8re de chaque pi\u00e8ce et par ce qui subsiste en elle de pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, d\u00fb \u00e0 l\u2019usage originel pour lequel elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue, ou par les adaptations qu\u2019elle a subies en vue d\u2019autres emplois. [\u2026] <strong>Les \u00e9l\u00e9ments que collectionne et utilise le bricoleur sont \u00ab pr\u00e9contraints \u00bb<\/strong>. D\u2019autre part, <strong>la d\u00e9cision d\u00e9pend de la possibilit\u00e9 de permuter un autre \u00e9l\u00e9ment dans la fonction vacante, si bien que chaque choix entra\u00eenera une r\u00e9organisation compl\u00e8te de la structure, qui ne sera jamais telle que celle vaguement r\u00eav\u00e9e, ni que telle autre, qui aurait pu lui \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.<\/strong> [\u2026] Dans cette incessante reconstruction \u00e0 l\u2019aide des m\u00eames mat\u00e9riaux, ce sont toujours d\u2019anciennes fins qui sont appel\u00e9es \u00e0 jouer le r\u00f4le de moyen : les signifi\u00e9s se changent en signifiant, et inversement. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">Claude L\u00e9vi-Strauss,<em> <\/em>dans<em> La Pens\u00e9e sauvage<\/em>, 1962<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le num\u00e9ro 19 de la revue <em>Tiers Monde<\/em> paru en 1964, voici comment Simon Spivac, dans une note bibliographique, d\u00e9crit l&rsquo;ouvrage de Claude L\u00e9vi-Strauss : <em>\u00ab A l&rsquo;aide de distinctions et d&rsquo;oppositions, la pens\u00e9e sauvage construit des \u00e9difices mentaux qui lui facilitent l&rsquo;intelligence du monde; elle forme un syst\u00e8me bien articul\u00e9, ind\u00e9pendant de cet autre syst\u00e8me que constituera la science. \u00bb Parce que \u00ab tout classement est sup\u00e9rieur au chaos \u00bb et que \u00ab chaque niveau de classification n&rsquo;est qu&rsquo;un parmi les autres \u00bb, M. Claude L\u00e9vi-Strauss, professeur au Coll\u00e8ge de France, a entrepris <strong>une r\u00e9habilitation de la \u00ab pens\u00e9e sauvage \u00bb<\/strong>. La pens\u00e9e sauvage n&rsquo;est pas la pens\u00e9e des sauvages, mais <strong>la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage distincte de la pens\u00e9e cultiv\u00e9e ou domestique<\/strong>. Elle veut saisir le monde dans l&rsquo;intemporel \u00e0 l&rsquo;aide de messages et d&rsquo;images signifiantes. Elle met en valeur les \u00e9carts diff\u00e9rentiels, multiplie les cat\u00e9gories et les oppose. <strong>Sa logique se d\u00e9finit par le nombre et la nature des axes utilis\u00e9s, par des r\u00e8gles de transformation permettant de passer de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre<\/strong>. L&rsquo;univers est alors repr\u00e9sent\u00e9 comme un continuum d&rsquo;oppositions successives. <\/em>[&#8230;] <em>M. Claude L\u00e9vi-Strauss nous conduit \u00e0 admettre que la logique de la pens\u00e9e sauvage met de plain-pied l&rsquo;univers des primitifs avec l&rsquo;univers des math\u00e9maticiens modernes qui ont construit les th\u00e9ories de l&rsquo;information : <strong>m\u00eame utilisation d&rsquo;un code, d&rsquo;une num\u00e9ration binaire, de l&rsquo;analyse combinatoire<\/strong>; <strong>m\u00eame m\u00e9thode faite pour assimiler toute sorte de contenu<\/strong>. Au contraire, l&rsquo;explication scientifique classique substitue une complexit\u00e9 mieux intelligible \u00e0 une complexit\u00e9 qui l&rsquo;est moins. Elle appauvrit en trafiquant des id\u00e9es. Dans un souci de continuit\u00e9, elle s&rsquo;appuie sur une connaissance historique, visant \u00e0 r\u00e9duire les oppositions, \u00e0 relier les ph\u00e9nom\u00e8nes entre eux. Mais <strong>par la pens\u00e9e sauvage et par la pens\u00e9e scientifique, le monde physique est abord\u00e9 par deux bouts oppos\u00e9s, l&rsquo;un supr\u00eamement concret, l&rsquo;autre supr\u00eamement abstrait<\/strong>; <strong>l&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e9galement positifs.<\/strong> La pens\u00e9e sauvage n&rsquo;est pas un balbutiement de la pens\u00e9e scientifique, elle ne lui est pas inf\u00e9rieure. Elle est autre. Or, plus nos connaissances s&rsquo;accroissent, plus le sch\u00e9ma d&rsquo;ensemble s&rsquo;obscurcit et au-del\u00e0 d&rsquo;un certain seuil, la multiplication des axes de r\u00e9f\u00e9rence paralyse les m\u00e9thodes intuitives. L&rsquo;utilisation des ordinateurs et des m\u00e9moires \u00e9lectroniques est un moyen de sortir de l&rsquo;impasse, moyen d\u00e9j\u00e0 saisi par diverses disciplines telles que la biologie et la physique. Alors se rejoignent les deux modes de pens\u00e9e, sauvage et cultiv\u00e9e, comme se joignent les p\u00e9tales de cette fleur qui s&rsquo;appelle \u00ab pens\u00e9e \u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-EX04So\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-9dbd57312c09a6f3ddcd3370ba849122\" style=\"font-size:14px\">Spivac Simon. <em>Claude L\u00e9vi-Strauss, La pens\u00e9e sauvage<\/em>. In: Tiers-Monde, tome 5, n\u00b019, 1964. Am\u00e9rique Latine &#8211; Europe 1964, sous la direction de Pierre Monbeig. pp. 596-597.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-2746ef07af62be6c76ff324775634a30\" style=\"font-size:14px\">www.persee.fr\/doc\/tiers_0040-7356_1964_num_5_19_2933<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">La&nbsp;<em>Revue Tiers Monde<\/em>, en relation avec l\u2019Institut d\u2019\u00c9tude du D\u00e9veloppement \u00c9conomique et Social (IEDES), s\u2019attache \u00e0 la notion de d\u00e9veloppement et \u00e0 ses \u00e9volutions. Son champ d\u2019\u00e9tude est pluridisciplinaire : \u00e9conomie et sociologie, mais aussi agronomie, anthropologie, d\u00e9mographie, g\u00e9ographie, sciences politiques, sciences de l\u2019\u00e9ducation ou encore urbanisme.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-5KrUAP\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0En utilisant le th\u00e8me de l&rsquo;ethnologie traditionnelle, l&rsquo;auteur cherche \u00e0 <strong>d\u00e9crire les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e en tant qu&rsquo;attribut universel de l&rsquo;esprit humain<\/strong>. Pour lui, <strong>la pens\u00e9e sauvage est pr\u00e9sente en tout homme tant qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9e et domestiqu\u00e9e \u00e0 des \u00ab fins de rendement \u00bb<\/strong>. Par l&rsquo;utilisation de l&rsquo;id\u00e9e de rendement, il met en opposition l&rsquo;utilit\u00e9 imm\u00e9diate de la science et des connaissances dont a besoin la communaut\u00e9 pour se reproduire, avec une forme de pens\u00e9e adapt\u00e9e aux besoins sociaux ou de productivit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s modernes. <strong>La pens\u00e9e sauvage, \u00ab bricoleuse \u00bb, associe les \u00e9v\u00e9nements aux structures ; la pens\u00e9e moderne, \u00ab ing\u00e9nieuse \u00bb, part de la structure pour cr\u00e9er l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb<\/strong><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;auteur cherche \u00e0 convaincre le lecteur de cette universalit\u00e9 de la pens\u00e9e, et surtout de <strong>l&rsquo;uniformit\u00e9 des capacit\u00e9s intellectuelles et conceptuelles des hommes quel que soit leur degr\u00e9 de civilisation.<\/strong> Le livre tente aussi de d\u00e9montrer <strong>la relativit\u00e9 d&rsquo;une suppos\u00e9e sup\u00e9riorit\u00e9 de la science des civilis\u00e9s sur celle des archa\u00efques<\/strong>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ainsi, en nous expliquant dans le premier chapitre qu&rsquo;il existe une science autre mais non moindre dans les soci\u00e9t\u00e9s dites primitives, mais dont la construction est&nbsp;empirique&nbsp;(contrairement \u00e0 la science moderne,&nbsp;exp\u00e9rimentale&nbsp;mais aussi largement sp\u00e9culative et th\u00e9orique), l&rsquo;auteur nous d\u00e9montre que la science n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage du moderne, mais qu&rsquo;elle fait partie de l&rsquo;histoire des hommes depuis des temps imm\u00e9moriaux\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-ZLRfjf\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Pens\u00e9e_sauvage<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les deux courts textes pr\u00e9c\u00e9dents semblent renvoyer, dans leur description, \u00e0 la distinction op\u00e9r\u00e9e par Gilbert Simondon entre l&rsquo;enfance de la technique telle qu&rsquo;elle s&rsquo;actualise dans le mode de production artisanal et sa pens\u00e9e adulte \u00e0 partir de laquelle le devenir industriel est rendu possible. Sans supposer la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;un sur l&rsquo;autre, le philosophe insiste sur le fait que dans le mode de production artisanale l&rsquo;objet re\u00e7oit ses normes de l&rsquo;ext\u00e9rieur et n&rsquo;est pas un syst\u00e8me du n\u00e9cessaire, correspondant \u00e0 un syst\u00e8me ouvert d&rsquo;exigences. Au contraire au niveau industriel l&rsquo;objet a acquis sa coh\u00e9rence et c&rsquo;est le syst\u00e8me des besoins qui devient moins coh\u00e9rent que le syst\u00e8me de l&rsquo;objet, ce qui nous ram\u00e8ne au constat que \u00ab\u00a0<em>par la pens\u00e9e sauvage et par la pens\u00e9e scientifique, le monde physique est abord\u00e9 par deux bouts oppos\u00e9s, l&rsquo;un supr\u00eamement concret, l&rsquo;autre supr\u00eamement abstrait; l&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e9galement positifs\u00a0\u00bb <\/em>(Simon Spivac)<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-k6u8i5\"><\/div>\n\n\n\n<p>Il semblerait donc que l&rsquo;on s&rsquo;achemine ici vers une possible confusion partielle de la pens\u00e9e sauvage d\u00e9crite par L\u00e9vi-Strauss et qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0bricolage\u00a0\u00bb avec celle de l&rsquo;artisan, le bricoleur \u00e9tant, tout comme l&rsquo;artisan, celui \u00ab\u00a0<em>qui \u0153uvre de ses mains\u00a0\u00bb<\/em>. Voici \u00e0 nouveau convoqu\u00e9e la figure de cet \u00ab\u00a0homo faber\u00a0\u00bb en son actualisation bricol\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-zcR4QB\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais le second texte pointe \u00e9galement du doigt l&rsquo;apport de L\u00e9vi-Strauss sur la question de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;uniformit\u00e9 des capacit\u00e9s intellectuelles et conceptuelles des hommes quel que soit leur degr\u00e9 de civilisation\u00a0\u00bb<\/em>, ceci plaidant, malgr\u00e9 une diff\u00e9rence de nature quant \u00e0 leur approche, en la faveur non pas d&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 des deux modes de d\u00e9veloppement  mais bien de leur efficience commune dans la diff\u00e9rence. Il y aurait donc ici une volont\u00e9 de remise sur le m\u00eame plan des deux modes de pens\u00e9e, n&rsquo;excluant aucunement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une s\u00e9paration &#8211; puisque comparaison.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-78NqWY\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pourtant, <em>\u00ab\u00a0si l\u2019on appelle bricolage la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019emprunter ses concepts au texte d\u2019un h\u00e9ritage plus ou moins coh\u00e9rent ou ruin\u00e9, on doit dire que tout discours est bricoleur. L\u2019ing\u00e9nieur, que L\u00e9vi-Strauss oppose au bricoleur, devrait, lui, construire la totalit\u00e9 de son langage, syntaxe et lexique. En ce sens l\u2019ing\u00e9nieur est un mythe : un sujet qui serait l\u2019origine absolue de son propre discours et le construirait \u00ab de toutes pi\u00e8ces, <\/em><em>serait le cr\u00e9ateur du verbe, le verbe lui-m\u00eame. L\u2019id\u00e9e de l\u2019ing\u00e9nieur qui aurait rompu avec tout bricolage est donc une id\u00e9e th\u00e9ologique<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-dph1T8\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">LA STRUCTURE, LE SIGNE ET LE JEU DANS LE DISCOURS DES SCIENCES HUMAINES<br>Jacques Derrida<br>Conf\u00e9rence prononc\u00e9e au Colloque international de l\u2019Universit\u00e9 Johns Hopkins (Baltimore) sur <em>Les langages critiques et les sciences de l\u2019homme<\/em>, le 21 octobre 1966.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mais aussit\u00f4t Jacques Derrida ajoute :<em> [&#8230;] et comme L\u00e9vi-Strauss nous dit ailleurs que le bricolage est mythopo\u00ef\u00e9tique, il y a tout \u00e0 parier que l\u2019ing\u00e9nieur est un mythe produit par le bricoleur. D\u00e8s lors qu\u2019on cesse de croire \u00e0 un tel ing\u00e9nieur et \u00e0 un discours rompant avec la r\u00e9ception historique, d\u00e8s lors qu\u2019on admet que tout discours fini est astreint \u00e0 un certain bricolage, que l\u2019ing\u00e9nieur ou le savant sont aussi des esp\u00e8ces de bricoleurs, alors l\u2019id\u00e9e m\u00eame de bricolage est menac\u00e9e, la diff\u00e9rence dans laquelle elle prenait sens se d\u00e9compose\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-8Dmpcc\"><\/div>\n\n\n\n<p>Voici alors que les deux assertions positives pr\u00e9c\u00e9dentes, dans toute leur l\u00e9gitimit\u00e9, viennent se confronter \u00e0 la possible disparition de ce qu&rsquo;elles avancent comme cat\u00e9gorisable dans sa diff\u00e9rence, la pens\u00e9e sauvage, en son autre nom de bricolage, se retrouvant diss\u00e9min\u00e9e et d\u00e9compos\u00e9e dans ce qui semblait lui \u00eatre cat\u00e9goriquement oppos\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-0ridkS\"><\/div>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y aurait donc pas &#8211; en poursuivant jusqu&rsquo;au bout la logique entam\u00e9e par le philosophe &#8211; de \u00ab\u00a0bricoleur\u00a0\u00bb \u00e0 proprement parl\u00e9. Pas de cat\u00e9gorie mais une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre \u00e0 incarnation multiple, actualisable \u00e0 tout moment et pour toute cat\u00e9gorie productive. Ainsi le bricoleur n&rsquo;existerait pas en tant que \u00ab\u00a0nom propre\u00a0\u00bb mais en tant qu&rsquo;\u00e9tat, circulant d&rsquo;un producteur \u00e0 l&rsquo;autre, annulant par l\u00e0-m\u00eame sa possible cat\u00e9gorisation et renvoyant ses possibilit\u00e9s &#8211; ses actualit\u00e9s &#8211; au \u00ab\u00a0\u00e7a bricole\u00a0\u00bb. Mais qu&rsquo;est-ce que bricoler, alors ? <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-bcD3FU\"><\/div>\n\n\n\n<p>Dans son texte, Jacques Derrida aborde la rupture qui a eu lieu dans l&rsquo;histoire du <em>concept de structure<\/em> par son occurrence dans l&rsquo;ethnologie qui, en tant que science, ne peut voir le jour, selon lui, qu&rsquo;au moment o\u00f9 cette rupture s&rsquo;op\u00e8re, <em>\u00ab\u00a0au moment o\u00f9 on a d\u00fb commencer \u00e0 penser que le centre n&rsquo;\u00e9tait pas un lieu fixe mais une fonction, une sorte de non-lieu dans lequel se jouaient \u00e0 l&rsquo;infini des substitutions de signes\u00a0\u00bb<\/em>. Ce questionnement, qui s&rsquo;inscrit dans une continuit\u00e9 philosophique et historique, vient d\u00e9tricoter <em>\u00ab\u00a0la structuralit\u00e9 de la structure &#8211; <em>la mani\u00e8re dont sont mont\u00e9es, construites ou compos\u00e9es les structures, leur complexit\u00e9 int\u00e9rieure et les relations diff\u00e9rentielles qui s\u2019organisent en elle<\/em><\/em> &#8211; <em>qui, bien quelle ait toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, s&rsquo;est toujours trouv\u00e9e neutralis\u00e9e, r\u00e9duite : par un geste qui consistait<\/em> <em>\u00e0 lui donner un centre, \u00e0 la rapporter \u00e0 un point de pr\u00e9sence, \u00e0 une origine fixe.\u00a0\u00bb<\/em> Ce centre, nous dit-il, <em>\u00ab\u00a0avait pour fonction non seulement d&rsquo;orienter, d&rsquo;\u00e9quilibrer et d&rsquo;organiser la structure &#8211; on ne peut en effet penser une structure inorganis\u00e9e &#8211; mais de faire surtout que le principe d&rsquo;organisation de la structure limite ce que nous pourrions appeler le Jeu de la structure\u00a0\u00bb.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-iv7lK0\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pour se faire, Derrida convoque Claude L\u00e9vi-Strauss et le choix critique que celui-ci op\u00e8re, <em>\u00ab\u00a0consistant \u00e0 conserver, en en d\u00e9non\u00e7ant ici et l\u00e0 les limites, tous ces vieux concepts comme des outils qui peuvent encore servir\u00a0\u00bb<\/em>, ceci par une double intention : d&rsquo;une part conserver comme instrument ce dont il critique la valeur de v\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;autre part, <em>en pr\u00e9sentant sous le nom de bricolage ce qu&rsquo;on pourrait appeler le discours de cette m\u00e9thode.<\/em> Le bricoleur est celui qui utilise les moyens du bord c&rsquo;est-\u00e0-dire les instruments qu&rsquo;il trouve \u00e0 sa disposition autour de lui et qui sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et qui n&rsquo;\u00e9tait pas sp\u00e9cialement con\u00e7u en vue de l&rsquo;op\u00e9ration \u00e0 laquelle on les fait servir et \u00e0 laquelle on essaie par t\u00e2tonnement de les adapter. Il y a donc une critique du langage dans le bricolage. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-PSdJNV\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0L\u00e9vi-Strauss d\u00e9finissait ainsi la structure : \u00ab Une structure offre un caract\u00e8re de syst\u00e8me. Elle consiste en \u00e9l\u00e9ments tels qu\u2019une modification quelconque de l\u2019un d\u2019eux entra\u00eene une modification de tous les autres.\u00a0\u00bb [&#8230;] Pour la m\u00e9thode structurale, appr\u00e9hender un ph\u00e9nom\u00e8ne en termes de \u00ab structure \u00bb, c\u2019est voir en lui un ensemble dont la disposition interne de toutes ses parties font appara\u00eetre un lien de d\u00e9pendance r\u00e9ciproque. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est s\u2019apercevoir qu\u2019au sein d\u2019une structure, chaque \u00e9l\u00e9ment est li\u00e9 \u00e0 tous les autres, de telle sorte qu\u2019aucun ne peut \u00eatre pris isol\u00e9ment. La structure est \u00ab l\u2019unit\u00e9 articul\u00e9e d\u2019un tout \u00bb. Autrement dit, en elle tout est li\u00e9 \u00e0 tout. Les rapports au sein de la structure sont variables. La structure n\u2019a rien de monolithique : rayonnant dans tous les sens, elle organise selon un principe int\u00e9rieur les \u00e9l\u00e9ments qui convergent en elle. Le structuraliste s\u2019attache donc aux relations et aux interactions entre les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une m\u00eame structure, en prenant soin du fait que chaque modification d\u2019un \u00e9l\u00e9ment entra\u00eene la modification de toute la structure. Le structuraliste pr\u00e9l\u00e8ve les faits sociaux dans l\u2019exp\u00e9rience et les transporte au laboratoire. L\u00e0, il s\u2019efforce de les repr\u00e9senter sous forme de mod\u00e8les, prenant toujours en consid\u00e9ration, non les termes, mais les relations entre les termes. La structure n\u2019a rien d\u2019un objet massif objectivable. Toujours modulable, mall\u00e9able, de nature instable, elle est \u00e0 la fois la totalit\u00e9, la solidarit\u00e9 et l\u2019\u00e9cart diff\u00e9rentiel de ses \u00e9l\u00e9ments constitutifs. En une structure s\u2019organise un jeu rendant possible la circulation entre les \u00e9l\u00e9ments de la structure, un jeu rendant possible le sens toujours variable de la structure. <strong>A un tr\u00e8s haut niveau de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, la structure d\u00e9signe un mode d\u2019organisation de l\u2019objet tel que les relations y pr\u00e9dominent sur la substance<\/strong>. <strong>Autrement dit, une structure en tant que construction n\u2019est jamais la somme de ses parties en \u00e9quilibre parfait.<\/strong> Et penser selon une approche structuraliste signifie pens\u00e9e la g\u00e9n\u00e9ralisation ininterrompue de la relation, de l\u2019\u00e9cart et de la diff\u00e9rence. \u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Mptb3o\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ba712020c3a30dd2c892767e419037c1 is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">Joseph-Igor Moulenda. DERRIDA ET LEVI-STRAUSS. La dette ethno-anthropologique de la d\u00e9-<br>construction. L\u2019Envol. Revue Africaine de Philosophie, Lettres et P\u00e9dagogie, ENS de Libreville<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Derrida poursuit : <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;activit\u00e9 du bricolage, L\u00e9vi-Strauss l&rsquo;a d\u00e9crit non seulement comme activit\u00e9 intellectuelle mais comme activit\u00e9 mythopo\u00ef\u00e9tique. C&rsquo;est ici le moment o\u00f9 le discours de L\u00e9vi-Strauss sur le mythe se r\u00e9fl\u00e9chit et se critique lui-m\u00eame.<\/em> <em>C&rsquo;est ici que l&rsquo;on retrouve la vertu mythopo\u00ef\u00e9tique du bricolage. Car ce qui para\u00eet le plus s\u00e9duisant dans cette recherche critique d&rsquo;un nouveau statut du discours c&rsquo;est l&rsquo;abandon d\u00e9clar\u00e9 de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un centre, \u00e0 un sujet, \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence privil\u00e9gi\u00e9e, \u00e0 une origine ou \u00e0 une archie absolue. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;unit\u00e9 ou de source absolue du mythe. Le foyer ou la source sont toujours des ombres ou des virtualit\u00e9s insaisissables, inactualisables et d&rsquo;abord inexistantes. Tout commence par la structure, la configuration ou la relation. <\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Nhs2tQ\"><\/div>\n\n\n\n<p>Le \u00ab\u00a0bricolage ethnographique\u00a0\u00bb assume donc d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sa fonction mythopo\u00ef\u00e9tique. Mais du m\u00eame coup, pr\u00e9cise Derrida, cette fonction fait appara\u00eetre comme mythologique, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme une illusion historique, l&rsquo;exigence philosophique ou \u00e9pist\u00e9mologique du centre. Derrida y voit un risque. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-cwBvqG\"><\/div>\n\n\n\n<p>Si d&rsquo;une part le structuralisme se donne comme la critique m\u00eame de l&#8217;empirisme mais que d&rsquo;autre part le structuralisme ethnologique de L\u00e9vi-Strauss se propose souvent comme un essai empirique que d&rsquo;autres informations pourront toujours venir compl\u00e9ter ou infirmer, les sch\u00e9mas structuraux sont toujours propos\u00e9s comme des hypoth\u00e8ses proc\u00e9dant d&rsquo;une quantit\u00e9 finie d&rsquo;informations et qu&rsquo;on soumet \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;exp\u00e9rience. Pour L\u00e9vi-Strauss la totalisation est donc d\u00e9finie tant\u00f4t comme inutile tant\u00f4t comme impossible.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-IvHxgw\"><\/div>\n\n\n\n<p>La totalisation peut \u00eatre jug\u00e9e d&rsquo;abord selon Derrida &#8211; et de mani\u00e8re classique &#8211; impossible, ce point de vue \u00e9voquant alors l&rsquo;effort empirique d&rsquo;un sujet ou d&rsquo;un discours fini s&rsquo;essoufflant en vain apr\u00e8s une richesse infinie qu&rsquo;il ne pourra jamais ma\u00eetriser. Mais on peut d\u00e9terminer autrement la non totalisation non plus sous le concept de finitude comme assignation \u00e0 l&#8217;empiricit\u00e9 mais sous le concept de jeu.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Km3HJJ\"><\/div>\n\n\n\n<p>Car si la totalisation n&rsquo;a plus de sens, ce n&rsquo;est pas parce que l&rsquo;infinit\u00e9 d&rsquo;un champ ne peut \u00eatre couverte par un regard ou un discours fini mais parce que la nature du champ exclut la totalisation. Ce champ est en effet celui d&rsquo;un jeu, un champ de substitutions infinies dans la cl\u00f4ture d&rsquo;un ensemble fini. <em>\u00ab\u00a0Ce champ ne permet ses substitutions infinies que parce qu&rsquo;il est fini, c&rsquo;est-\u00e0-dire parce qu&rsquo;au lieu d&rsquo;\u00eatre un champ in\u00e9puisable comme dans l&rsquo;hypoth\u00e8se classique, au lieu d&rsquo;\u00eatre trop grand il lui manque quelque chose \u00e0 savoir un centre qui arr\u00eate et fonde le jeu des substitutions\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-V2d8pz\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et si dans ce moment structuraliste les concepts de hasard et de discontinuit\u00e9 sont indispensables, le structuralisme doit en m\u00eame temps \u00e9carter tous les faits au moment o\u00f9 il veut ressaisir la sp\u00e9cificit\u00e9 essentielle d&rsquo;une structure. C&rsquo;est ici la la tension du jeu avec la pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-lm0ZTx\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pour Jacques Derrida, le jeu est la disruption de la pr\u00e9sence : <em>\u00ab\u00a0La pr\u00e9sence d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment est toujours une r\u00e9f\u00e9rence signifiante et substitutive inscrite dans un syst\u00e8me de diff\u00e9rence et le mouvement d&rsquo;une cha\u00eene. Le jeu est toujours jeu d&rsquo;absence et de pr\u00e9sence et il faut penser l&rsquo;\u00eatre comme pr\u00e9sence ou absence \u00e0 partir de la possibilit\u00e9 du jeu et non l&rsquo;inverse\u00a0\u00bb<\/em>. Dans le hasard absolu, cette affirmation joue sans s\u00e9curit\u00e9 et se livre aussi \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9termination g\u00e9n\u00e9tique et \u00e0 l&rsquo;aventure s\u00e9minale de la trace. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;op\u00e8re ici Derrida, Joseph-Igor Moulenda le r\u00e9sume parfaitement : \u00ab\u00a0<em>La d\u00e9construction joue le structuralisme contre lui-m\u00eame, contre ce qu\u2019il poss\u00e8de en propre, \u00e0 savoir la structure ; de m\u00eame, elle joue la structure contre elle-m\u00eame, contre ce qui lui est propre, \u00e0 savoir sa structuralit\u00e9, son organisation interne. C\u2019est cela qu\u2019il faut comprendre comme le g\u00e9nie de la d\u00e9construction : l\u2019art de d\u00e9sorganiser ou de d\u00e9stabiliser une architecture \u00e0 partir de ses propres \u00e9l\u00e9ments constitutifs.<br>Il faut toutefois noter que, pour Derrida, il ne s\u2019agit pas de mettre un terme \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un centre dans la structure. Il s\u2019agit plut\u00f4t de <strong>voir o\u00f9 et comment se produit le d\u00e9centrement de la structuralit\u00e9 de la structure<\/strong>. Pour la d\u00e9construction derridienne, la structure, par d\u00e9finition, est un jeu infini de diff\u00e9rences qui ne peut s\u2019accommoder de la fixit\u00e9 d\u2019un centre ou de l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une quelconque pr\u00e9sence organisatrice. C\u2019est pourquoi Derrida commence par d\u00e9finir la d\u00e9construction, au sens fort de son \u00e9tymologie, comme l\u2019acte de d\u00e9sassembler les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un ensemble, de <strong>d\u00e9membrer les parties d\u2019un corps, afin d\u2019\u00e9viter tout rassemblement des \u00e9l\u00e9ments autour d\u2019un \u00e9l\u00e9ment central<\/strong>. C\u2019est donc pour faire obstacle \u00e0 l\u2019illusion de la pr\u00e9sence pleine que s\u2019op\u00e8re la d\u00e9construction du structuralisme. <strong>D\u00e9construire consiste finalement \u00e0 faire perdre \u00e0 une totalit\u00e9, celle de la structure notamment, sa construction ou sa constitution par le d\u00e9rangement de ses \u00e9l\u00e9ments constitutifs, afin que se maintienne le jeu des diff\u00e9rences dans leurs interactions r\u00e9ciproques<\/strong>. <strong>La structure<\/strong> n\u2019est donc jamais une totalit\u00e9 d\u00e9finitivement structur\u00e9e, mais <strong>une entit\u00e9 en qu\u00eate perp\u00e9tuelle de structuration<\/strong> ; une structuration toujours retard\u00e9e parce que instable et sans cesse d\u00e9stabilis\u00e9e par le jeu des \u00e9l\u00e9ments qui se produit en elle. [&#8230;]<\/em> <em>C&rsquo;est ici la d\u00e9finition de la structure comme rapport infini \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, ouverture totale au-dehors, transcendance illimit\u00e9e. Ce rapport infini, donc jamais clos \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, c\u2019est cela m\u00eame que r\u00e9clame la d\u00e9construction derridienne. <strong>La d\u00e9construction est tout enti\u00e8re une pratique de l\u2019ouverture, un acc\u00e8s illimit\u00e9 au-dehors<\/strong>. En cela, elle brise toute fermeture identitaire, toute tentative de rassemblement autour d\u2019un \u00e9l\u00e9ment suppos\u00e9 homog\u00e8ne.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9tour par le structuralisme et par son analyse critique derridienne me permet ici d&rsquo;aborder ce qui constitue ma pratique, \u00e0 savoir le processus constant de mise en m\u00e9moire et de r\u00e9activation de formes elles-m\u00eames produites par cette m\u00e9thode productive qu&rsquo;est le \u00ab\u00a0bricolage\u00a0\u00bb, donnant la possibilit\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0d\u00e9centrement\u00a0\u00bb sans cesse rejou\u00e9 par un processus de mise en m\u00e9moire et de r\u00e9activation de formes elles-m\u00eames produites par&#8230;.etc.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-wPtdtt\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9moire sociale, m\u00e9moire pratique des formes : du bricolage artistique comme \u00ab\u00a0m\u00e9thode productive\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-rZTOCX\"><\/div>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em><em>Chaque sorte d\u2019activit\u00e9 implique une technique&nbsp;; l\u2019art en particulier, est toujours technique&nbsp;\u00bb<\/em><\/em> (Pierre Francastel). <\/p>\n\n\n\n<p>Car dans cette zone sociale de la production symbolique, l&rsquo;incontournable technicit\u00e9 des syst\u00e8mes de pens\u00e9e plastique suppose que l&rsquo;attention que nous leur portons se concentre d&rsquo;abord sur leur \u00e9laboration. La pratique artistique est toujours technique et en tant que syst\u00e8me figuratif &#8211; syst\u00e8me de repr\u00e9sentation &#8211; poss\u00e8de des m\u00e9canismes que l\u2019on peut analyser selon des \u00ab types de solutions \u00bb \u2013 que nous pouvons appeler des formes artistiques mais qui s&rsquo;apparentent \u00e9galement &#8211; et finalement &#8211; \u00e0 des \u00ab\u00a0types de questions\u00a0\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-DtE2Vf\"><\/div>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Les artistes ne disposent pas simplement des techniques qui leur sont propres, un mat\u00e9riel qu\u2019ils re\u00e7oivent de leur entourage. [\u2026] Ils fixent \u00e9galement en organisant des signes figuratifs (qui font figure de \u2026) de leur exp\u00e9rience, des sch\u00e8mes d\u2019explication tir\u00e9s d\u2019une attention particuli\u00e8re aux sensations \u00bb<\/em> (Pierre Francastel). <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-WayyeR\"><\/div>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me de pens\u00e9e plastique qu&rsquo;est la pratique artistique <em>produi<\/em>t des images qui sont le r\u00e9sultats d\u2019une construction dont le ou les m\u00e9canismes rendent possibles l\u2019int\u00e9gration, dans une forme donn\u00e9e et ex-pos\u00e9e, d\u2019\u00e9l\u00e9ments appartenant, selon le sociologue, \u00e0 des s\u00e9ries distinctes de l\u2019exp\u00e9rience sensorielle. Ceci pose d\u00e9j\u00e0 comme postulat de base que \u00ab tout art est montage \u00bb. Ces formes du r\u00e9gime de production artistique sont les produits d\u2019une activit\u00e9 probl\u00e9matisant les possibilit\u00e9s techniques autant que les capacit\u00e9s d\u2019int\u00e9gration des valeurs abstraites. Il faut donc comprendre ici le terme de&nbsp;<em>technique<\/em>&nbsp;comme cette capacit\u00e9 des objets artistiques \u00e0 produire des effets multiples, en convoquant et <em>agen\u00e7ant<\/em> d\u2019autres domaines de l\u2019exp\u00e9rience dont les s\u00e9ries \u00ab&nbsp;techniques&nbsp;\u00bb de constructions et d\u2019agencements font partie. Les savoirs sociaux d\u00e9velopp\u00e9s et institu\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e se retrouvent donc ici manipul\u00e9s, utilis\u00e9s, symboliquement et mat\u00e9riellement au sein de ces&nbsp;<em>pratiques sociales en actes propres<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-O6ogbF\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et cette partie technico-constructive du syst\u00e8me n\u2019est pas une simple donn\u00e9e annexe, secondaire. L\u2019objet esth\u00e9tique est en fait un mixte : il appelle <em>un certain geste humain<\/em>, et par ailleurs, il contient, pour satisfaire ce geste et lui correspondre, un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9alit\u00e9 qui est le support du geste, auquel ce geste s\u2019applique et en lequel il s\u2019accomplit n\u00e9cessairement et de mani\u00e8re in\u00e9vitable. La pratique artistique en appelle donc \u00e0 une teckn\u00e8se qui n\u2019est autre qu\u2019un appareillage (Bernard Stiegler).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-EU24t5\"><\/div>\n\n\n\n<p>Toujours selon le philosophe, si les objets artistiques sont&nbsp;<em>des morceaux de m\u00e9moire d\u2019un acte sensible no\u00e9tique<\/em>, c&rsquo;est par la technique en tant qu&rsquo;elle permet <em>l\u2019ext\u00e9riorisation de la m\u00e9moire et sa mobilit\u00e9<\/em>, que cette projection est possible. La technique, en tant qu&rsquo;elle est  <em>\u00ab&nbsp;hypomnematum&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e0 savoir <em>outil d\u2019ext\u00e9riorisation de la m\u00e9moire<\/em> et <em>du temps qui passe<\/em>, transmet \u00e0<em>&nbsp;l\u2019\u00e2me no\u00e9tique que nous sommes, \u00e0 travers ces objets, une m\u00e9moire qu\u2019elle n\u2019a pas v\u00e9cue<\/em>. Les objets issus des pratiques donnent \u00e0 sentir ce que l\u2019\u00e2me no\u00e9tique a senti&nbsp;:&nbsp;<em>ils l\u2019expriment<\/em> par une ext\u00e9riorisation et donc une technicisation du sensible. C\u2019est ici tout l\u2019enjeu de&nbsp;<em>la vie no\u00e9tique comme vie technique<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-rQX7oX\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">L\u2019acte no\u00e9tique est l\u2019acte d\u2019intelligence par lequel on pense, le terme \u00ab&nbsp;no\u00e9tique&nbsp;\u00bb venant du grec ancien \u00ab&nbsp;No\u00easis&nbsp;\u00bb qui signifie \u00ab&nbsp;l\u2019acte d\u2019intelligence par lequel on pense&nbsp;\u00bb. Il concerne ce qui est du domaine de la pens\u00e9e et de l\u2019esprit, dans le sens spirituel du terme.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\"><strong><em>Anamn\u00e8se<\/em><\/strong>&nbsp;: Issu du grec&nbsp;<em>\u00e1na<\/em>&nbsp;(remont\u00e9e) et&nbsp;<em>mn\u00e9m\u00e8<\/em>&nbsp;(souvenir), ce terme signifie r\u00e9miniscence, que l\u2019on traduit aussi par ressouvenir. On distingue deux dimensions dans la m\u00e9moire: l\u2019<em>enregistrement&nbsp;<\/em>que les Grecs appelaient \u00ab&nbsp;<em>mnesis<\/em>&nbsp;\u00bb et les Latins \u00ab&nbsp;<em>memoria<\/em>&nbsp;\u00bb, et la&nbsp;<em><strong>rem\u00e9moration<\/strong><\/em>&nbsp;que les Grecs appelaient <strong>\u00ab&nbsp;<em>anamnesis<\/em>&nbsp;\u00bb<\/strong> et les Latins \u00ab&nbsp;<em>reminiscientia<\/em>&nbsp;\u00bb. <strong>Enregistrer ne suffit pas, il faut ensuite faire remonter ou revenir ce qui a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\"><strong><em>Hypomn\u00e8se<\/em><\/strong>&nbsp;: Ce terme d\u00e9signe la m\u00e9moire de rappel et toutes les techniques de m\u00e9moire&nbsp;: les aide-m\u00e9moires, exercices et autres \u00ab&nbsp;arts de la m\u00e9moire&nbsp;\u00bb, aussi bien que les <strong>enregistrements mat\u00e9riels de toutes sortes qu\u2019on appelle les&nbsp;<em>hypomn\u00e9mata<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">Cette opposition parcourt l\u2019histoire de la philosophie (de Platon \u00e0 Derrida, etc.) et engage le statut de l\u2019\u00e9criture \u2013 dont le num\u00e9rique est le dernier stade. Contrairement \u00e0 Platon, nous&nbsp;<em>distinguons<\/em>, mais nous n\u2019<em>opposons&nbsp;<\/em>pas ces deux m\u00e9moires. Il n\u2019y a&nbsp;<em>pas d\u2019anamn\u00e8se sans hypomn\u00e8se<\/em>, la condition de toute m\u00e9moire vive (<em>anamn\u00e8se<\/em>) est qu\u2019elle puisse se projeter hors d\u2019elle-m\u00eame (dans des&nbsp;<em>hypomn\u00e9mata<\/em>) pour d\u00e9passer sa finitude, se nourrir et se transmettre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\"><strong>L\u2019enregistrement seul est une m\u00e9moire morte,&nbsp;et la rem\u00e9moration<\/strong> est typiquement une activit\u00e9 qui ne peut \u00eatre enti\u00e8rement d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e et agenc\u00e9e sous une forme technique. <em>O\u00f9 se loge la m\u00e9moire&nbsp;? <\/em><strong>La m\u00e9moire (individuelle et sociale) n\u2019est pas seulement dans les cerveaux mais&nbsp;<em>entre<\/em>&nbsp;eux, dans les artefacts<\/strong>. La m\u00e9moire n\u2019est pas interne&nbsp;: elle est essentiellement un processus d\u2019ext\u00e9riorisation. Ma m\u00e9moire n\u2019est pas&nbsp;<em>ma<\/em>&nbsp;m\u00e9moire. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab\u00a0<em><strong>La m\u00e9moire, \u00ab&nbsp;ce pouvoir des choses absentes&nbsp;\u00bb, aussi bien que \u00ab&nbsp;l\u2019avenir du pass\u00e9&nbsp;\u00bb, enferme l\u2019homme au dehors \u2013 dans ses&nbsp;hypomnemata\u00a0\u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n<cite>Ars Industrialis<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si bricoler s\u2019apparente donc aujourd\u2019hui \u00e0 un geste quasiment \u00ab d\u00e9suet \u00bb et d\u00e9lest\u00e9 de sa charge de \u00ab r\u00e9sistance \u00bb &#8211; ou du moins selon l&rsquo;image sociale v\u00e9hicul\u00e9e &#8211; qu\u2019en est-il de cette pratique lorsqu\u2019elle vient s&rsquo;immiscer dans la sph\u00e8re de la production artistique ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;objet artistique est un objet technique de repr\u00e9sentation. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-rr2bB6\"><\/div>\n\n\n\n<p>Comme il a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9, la m\u00e9thode du bricolage n&rsquo;est ni celle de l&rsquo;artisan, ni celle des processus de production industrielle. Alors qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle produit et comment le produit-elle ? <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-aEB7ma\"><\/div>\n\n\n\n<p>Socialement &#8211; et selon la raison d&rsquo;usage &#8211; cette m\u00e9thode et ce qu&rsquo;elle implique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite : produisant dans un entre-deux, sur cette cr\u00eate qui s\u00e9pare les deux logiques de production que sont l&rsquo;artisanat et le syst\u00e8me industriel, le bricolage, intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 la valeur d&rsquo;usage (comme pratique sociale \u00ab\u00a0norm\u00e9e\u00a0\u00bb), suppose que celui qui pratique soit ce non sp\u00e9cialiste constamment confront\u00e9 \u00e0 <em>un ensemble instrumental clos et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne<\/em>, <em>faisant avec les moyens du bord<\/em> et proc\u00e9dant avec une collection de \u00ab\u00a0r\u00e9sidus\u00a0\u00bb d\u2019ouvrages humains. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-uECyUe\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et puisque l&rsquo;objet artistique est un objet technique de repr\u00e9sentation, il s&rsquo;agit d&rsquo;abord, dans ce qui constitue cette pratique, de savoir ce qu&rsquo;implique, \u00e0 travers la sp\u00e9cificit\u00e9 de cet objet technique qu&rsquo;est le bricolage, l&rsquo;int\u00e9gration de ce processus technique de production &#8211; la pratique du bricolage comme \u00ab\u00a0mani\u00e8re de faire\u00a0\u00bb &#8211; au sein d&rsquo;une pratique artistique. Et dans le croisement qui s&rsquo;op\u00e8re entre cette logique empirique d&rsquo;usage et celle que constitue la production d&rsquo;objets artistiques, il reste \u00e0 voir comment, au sein d&rsquo;une pratique de la forme esth\u00e9tique &#8211; et ce \u00e0 partir des constantes d\u00e9crites plus haut sur les habitudes techniques et comportementales du bricoleur &#8211; ces habitudes quotidiennes bricol\u00e9es viennent s&rsquo;inscrire et originer les formes. Et cette question technique du croisement op\u00e9r\u00e9 suppose toutefois un certain recentrage, un recadrage : ce travail artistique n&rsquo;est pas une \u00e9tude sociologique. Aussi, loin de vouloir que \u00ab\u00a0l&rsquo;origine socio-productive\u00a0\u00bb du mat\u00e9riau s&rsquo;efface &#8211; les formes sociales constitu\u00e9es et constituantes de cette activit\u00e9 &#8211; il s&rsquo;agit de ne pas enfermer ce qui est produit en atelier dans une sorte d&rsquo;illustration faite \u00e0 partir d&rsquo;une position ext\u00e9rieure qui se voudrait exclusivement analytique, supposant, dans ces circonstances, que la pratique artistique ne serait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un formalisme socio-analytique. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Gj9NQe\"><\/div>\n\n\n\n<p>Ici, employer les techniques du bricolage permet d&rsquo;exploiter &#8211; d&rsquo;exp\u00e9rimenter peut-\u00eatre &#8211; ce que ce bricolage implique comme \u00ab\u00a0m\u00e9thode\u00a0\u00bb, les d\u00e9placements et les ouvertures \u00e9tant faciliter par cette appropriation du \u00ab\u00a0fait-main\u00a0\u00bb (Do it yourself !). Il n&rsquo;est donc pas, mat\u00e9riellement parlant, valoris\u00e9 comme fin \u2013 ce qui engendrerait une surestimation quasi mythique d\u2019une mat\u00e9rialisation \u00ab\u00a0de garage\u00a0\u00bb, o\u00f9 les mat\u00e9riaux dits \u00ab\u00a0pauvres\u00a0\u00bb viendraient faire office de b\u00e9quille &#8211; ou de r\u00e9sistance &#8211; en ayant \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0naturalis\u00e9s\u00a0\u00bb comme tels &#8211; face \u00e0 ce Goliath industriel. Ce point de vue renverrait par l\u00e0 m\u00eame le producteur symbolique \u00e0 ce statut de \u00ab\u00a0sauveteur\u00a0\u00bb, transformant le \u00ab\u00a0sujet-artiste\u00a0\u00bb en garant de la pr\u00e9servation d&rsquo;une forme \u00ab\u00a0d&rsquo;authenticit\u00e9 sauvage\u00a0\u00bb. Cette figure de r\u00e9sistance semble compromise aujourd&rsquo;hui. Il n\u2019y a aucune possibilit\u00e9 pour notre bricoleur de s\u2019installer dans la r\u00e9gion mythique de la production. Son avenir est n\u00e9cessairement li\u00e9 \u00e0 son contraire. C&rsquo;est donc plut\u00f4t ici comme m\u00e9thode qu&rsquo;il faut retenir le bricolage, d&rsquo;ailleurs plus ou moins &#8211; et possiblement &#8211; diss\u00e9minable dans toute pratique. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-vEOxeg\"><\/div>\n\n\n\n<p>Il est d&rsquo;abord \u00e9vident que choisir cette \u00ab\u00a0m\u00e9thode productive\u00a0\u00bb qu&rsquo;est le bricolage g\u00e9n\u00e8re une sorte de trouble ou d&rsquo;ambig\u00fcit\u00e9 dans l\u2019usage des formes qui traversent cet espace de l\u2019atelier, positionnant le producteur sur la cr\u00eate qui s\u00e9pare les deux versants de la repr\u00e9sentation et du \u00ab\u00a0bricolage d&rsquo;usage\u00a0\u00bb, le faisant entrer dans une zone o\u00f9 la question du r\u00e9gime des formes produites se pose et o\u00f9 on ne sait plus tr\u00e8s bien lequel influence l\u2019autre.&nbsp;Car il y a bien au sein de cet espace productif un usage \u00ab\u00a0non artistique\u00a0\u00bb des mat\u00e9riaux, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019activit\u00e9 se concentre sur l\u2019usage domestique et le quotidien des formes. Ceci suppose que, si chaque \u00e9l\u00e9ment de la r\u00e9serve \u2013 <em>le stock comme matrice productive<\/em> &#8211; concentre d\u00e9j\u00e0 en lui d\u2019autres temporalit\u00e9s et que le temps qui les active en atelier poursuit une m\u00e9thode fragmentaire, force est de constater qu&rsquo;une part de cette raison pratique vient s\u2019immiscer dans le cheminement, les \u00e9l\u00e9ments pouvant avoir servi, par exemple, \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un projet domestique. Le travail s\u2019organise donc \u00e0 partir de mat\u00e9riaux et d\u2019objets socialement constitu\u00e9s, appartenant pour la plupart au registre \u00ab&nbsp;lambda&nbsp;\u00bb des objets ou des pratiques d\u2019usage. Cette pratique artistique re\u00e7oit alors progressivement et tout normalement l\u2019image de ce qu\u2019elle produit, questionnant cette m\u00eame mani\u00e8re de produire et faisant se croiser les deux voies de <em>la pratique du quotidien et du quotidien de la pratique<\/em>. Du point de vue de cette grille habituelle de la pratique du quotidien, les formes d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9es qu&rsquo;elle charrie, une fois incluses dans ce dispositif r\u00e9flexif de production, permettent \u00e9galement de prendre une certaine distance vis \u00e0 vis de ce que l&rsquo;on peut nommer <em>\u00ab\u00a0l\u2019intentionnalit\u00e9 artistique des formes\u00a0\u00bb<\/em>, en somme de contourner l&rsquo;id\u00e9al type que l&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;inspiration\u00a0\u00bb. Objets-images trouv\u00e9s, objets-images glan\u00e9s&nbsp;: c\u2019est ici la possibilit\u00e9 d\u2019organiser, si l\u2019on peut dire, le regard au quotidien, les objets ou situations d&rsquo;usage s&rsquo;inscrivant comme points de d\u00e9part dans l&rsquo;\u00e9laboration formelle et la production imageante. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-CEs7cp\"><\/div>\n\n\n\n<p>Ensuite, si l\u2019une des conditions de cette pratique du bricolage est le caract\u00e8re amateur de la pratique, celle-ci s&rsquo;actualise dans un \u00e9quilibre constant qui entretient un rapport \u00e9troit avec la re\/construction et \u00e0 la re\/prise, les affinit\u00e9s qui se cr\u00e9ent au gr\u00e9s des d\u00e9placements, les d\u00e9crochages ou d\u00e9calages qui s\u2019imposent au producteur ainsi qu\u2019avec tous les mouvements incidents et tous les accidents qui viennent ponctuer le cheminement et produisent une sorte de \u00ab\u00a0m\u00e9thode de travers\u00a0\u00bb, sorte de rigueur d\u00e9form\u00e9e, int\u00e9grant dans son champ des possibles la remise \u00e0 jour constante et permanente de ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. Et c&rsquo;est bien cet \u00e9clatement et cette dispersion, intimement li\u00e9s \u00e0 cette mani\u00e8re de faire, auxquels est confront\u00e9 la pratique, faisant \u00e9chouer le producteur sur des rivages qu\u2019il n\u2019avait pas soup\u00e7onn\u00e9s. Ici, ni proc\u00e9dure, ni sch\u00e9mas pr\u00e9\u00e9tablis. Parfois une id\u00e9e vague ou un intitul\u00e9 d\u00e9clencheur. Mais rarement cette intuition ne se r\u00e9alisera telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0projet\u00e9e\u00a0\u00bb. Et si cette image mentale n\u2019en reste pas moins n\u00e9cessaire, permettant de \u00ab\u00a0lancer l&rsquo;op\u00e9ration\u00a0\u00bb, elle sera, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, n\u00e9cessairement \u00ab&nbsp;d\u00e9prise par surprise&nbsp;\u00bb dans les flots de ce <em>hasard contr\u00f4l\u00e9<\/em> au sein d&rsquo;un processus de production qui d\u00e9ploie une \u00e9nergie jubilatoire \u00e0 vouloir remplir son exercice d\u2019une infinit\u00e9 de chemins possibles. Cette pratique est une activit\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la d\u00e9rive. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-wXIZAs\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et contrairement \u00e0 cette pratique bricol\u00e9e de la raison d&rsquo;usage et des fins, c&rsquo;est \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 celle-ci s&rsquo;arr\u00eate que la pratique commence, se concentrant d&rsquo;avantage sur le processus \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre que sur la finalit\u00e9 de la forme.&nbsp;Cette pratique fait courir \u00e0 la forme \u2013 et ce \u00e0 chaque instant \u2013 le risque qu\u2019\u00e0 n\u2019importe quel moment elle \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9croule\u00a0\u00bb et ne laisse reposer au sol que les \u00e9l\u00e9ments disparates d\u2019une pratique de garage. Mais ce qui est certain, c&rsquo;est que d&rsquo;une ligne de production donn\u00e9e sortiront des \u00e9l\u00e9ments nouveaux pour en d\u00e9buter une autre ailleurs. Se joue alors une partie o\u00f9 les changements et les revirements <em>laisseront ouvert le champ des possibles<\/em>. Courts circuits, coupures, et reconnexions : le temps travaille par s\u00e9dimentation et permet, au c\u0153ur du principe de couper\/coller, de poser comme centrale cette s\u00e9paration, entre-deux d&rsquo;o\u00f9 peuvent s\u2019ouvrir les d\u00e9rives d\u2019une pratique qui transforme l\u2019espace de production en espace actif de transformation o\u00f9 le <em>\u00e7a travaille<\/em> s\u2019organise \u00e0 partir de cette r\u00e9serve \u00e0 chaque fois rejou\u00e9e : une multiplicit\u00e9 de temporalit\u00e9s viennent se croiser et se t\u00e9lescoper, temps courts, temps longs, temporalit\u00e9s singuli\u00e8res et personnelles autant que du temps social cristallis\u00e9 dans les mat\u00e9riaux et objets utilis\u00e9s. Ce processus par t\u00e2tonnements permet d&rsquo;avancer sans aborder ou consid\u00e9rer le probl\u00e8me comme un professionnel pourrait le faire. La temporalit\u00e9 productive est alors plus longue, plus incertaine mais conduit vers des zones insoup\u00e7onn\u00e9es, des inattendus formels que cette id\u00e9e vague mentionn\u00e9e plus haut ne pouvait anticiper. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-8u0L4k\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Organisation et structure de la pratique <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em>A un tr\u00e8s haut niveau de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, la structure d\u00e9signe un mode d\u2019organisation de l\u2019objet tel que les relations y pr\u00e9dominent sur la substance. Autrement dit, une structure en tant que construction n\u2019est jamais la somme de ses parties en \u00e9quilibre parfait. Et penser selon une approche structuraliste signifie pens\u00e9e la g\u00e9n\u00e9ralisation ininterrompue de la relation, de l\u2019\u00e9cart et de la diff\u00e9rence\u00a0\u00bb.<\/em> (Claude L\u00e9vi-Strauss)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0<em><strong>Un syst\u00e8me vivant<\/strong> se d\u00e9veloppe selon un processus d&rsquo;autopo\u00ef\u00e8se (autoproduction, cr\u00e9ation) qui est la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me de se produire lui-m\u00eame, en permanence et en interaction avec son environnement, et ainsi de maintenir son organisation malgr\u00e9 le changement de composants (structure). Un syst\u00e8me autopo\u00ef\u00e9tique est organis\u00e9 comme un r\u00e9seau de processus de production de composants qui r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent continuellement par leurs transformations et leurs interactions le r\u00e9seau qui les a produits, et qui constituent le syst\u00e8me en tant qu\u2019unit\u00e9 concr\u00e8te dans l\u2019espace o\u00f9 il existe, <strong>en sp\u00e9cifiant le domaine topologique o\u00f9 il se r\u00e9alise comme r\u00e9seau<\/strong>. Il s\u2019ensuit qu\u2019<strong>une machine autopo\u00ef\u00e9tique<\/strong> engendre et sp\u00e9cifie continuellement sa propre organisation. Elle accomplit ce processus incessant de remplacement de ses composants, parce qu\u2019elle est continuellement soumise \u00e0 des perturbations externes, et constamment forc\u00e9e de compenser ces perturbations. Ainsi, <strong>une machine autopo\u00ef\u00e9tique est un syst\u00e8me \u00e0 relations stables dont l\u2019invariant fondamental est sa propre organisation<\/strong> (le r\u00e9seau de relations qui la d\u00e9finit)<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>L&rsquo;autopo\u00ef\u00e8se ne concerne pas la production d&rsquo;un autre syst\u00e8me ou organisme (reproduction) mais d\u00e9finit la mise en place et le maintien de sa propre organisation (autoproduction) par le syst\u00e8me ou organisme consid\u00e9r\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>Ce qui sp\u00e9cifie le vivant est qu\u2019il s\u2019auto-produit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>Un syst\u00e8me vivant est un ensemble d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments en interaction dynamique, organis\u00e9 en fonction d&rsquo;une finalit\u00e9, \u00e0 savoir produire et maintenir son organisation ; c\u2019est le cas d&rsquo;un arbre, un \u00eatre humain ou une soci\u00e9t\u00e9 par exemple.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>La d\u00e9finition m\u00eame d\u2019un syst\u00e8me ouvert est qu\u2019il pr\u00e9sente des relations avec le monde ext\u00e9rieur, en termes d\u2019apport de mati\u00e8re et de d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique. Le bilan entropique qu\u2019il est alors possible de faire est le rapport entre apport de mati\u00e8re et de d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em style=\"font-weight: bold;\">Les caract\u00e9ristiques hom\u00e9ostatiques d\u2019un syst\u00e8me vivant, c&rsquo;est-\u00e0-dire ses caract\u00e9ristiques auto-r\u00e9gulatrices, sont en totalit\u00e9 internes. Un syst\u00e8me vivant ne peut pas \u00eatre inform\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/em> <em>L\u2019ext\u00e9rieur le soumet \u00e0 des contraintes mais ces contraintes ne fonctionnent pas comme des commandes, elles n\u2019instruisent pas le syst\u00e8me ; c\u2019est le syst\u00e8me lui-m\u00eame qui s\u2019auto-r\u00e9gule sur la base des caract\u00e9ristiques qui sont les siennes. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>{&#8230;] <em>Un syst\u00e8me produit sa fronti\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi sa cl\u00f4ture, \u00e0 travers le fait que ses parties composantes entretiennent entre elles des relations d\u2019interd\u00e9pendance qu\u2019elles n\u2019entretiennent avec aucun autre \u00e9l\u00e9ment : sa fronti\u00e8re est tout simplement trac\u00e9e par la puissance et la r\u00e9gularit\u00e9 des interactions entre les parties composantes du syst\u00e8me, qui en font une unit\u00e9 concr\u00e8te. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>Un degr\u00e9 suffisant d\u2019autonomie, d\u2019identit\u00e9 et d\u2019unit\u00e9 se d\u00e9finit donc \u00e0 travers une cl\u00f4ture suffisante du syst\u00e8me en cause. On qualifie ce type de cl\u00f4ture d\u2019\u00ab op\u00e9rationnelle \u00bb, car elle ne se confond \u00e9videmment pas avec une paroi \u00e9tanche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>L\u2019univers du vivant, contraint \u00e0 une rupture avec les logiques m\u00e9canistes de causalit\u00e9 lin\u00e9aire cha\u00een\u00e9e et de r\u00e9ductionnisme ; il semble ne montrer, \u00e0 l\u2019infini, que des effets de boucles r\u00e9currentes et r\u00e9troactives, actualisant le caract\u00e8re continu du processus d\u2019autoproduction. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[&#8230;] <em>Les r\u00e9gulations que produit un syst\u00e8me vivant pour <strong>maintenir stable son organisation malgr\u00e9 les variations permanentes des perturbations<\/strong> que lui inflige le milieu, ces r\u00e9gulations ne sont pas produites par le milieu, mais par le syst\u00e8me lui-m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 son organisation. Ces r\u00e9gulations sont <strong>des informations<\/strong> : le milieu inflige des perturbations, le syst\u00e8me produit de l\u2019information de fa\u00e7on \u00e0 maintenir stable son organisation malgr\u00e9 ces perturbations. Un syst\u00e8me vivant est auto-informant. <\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Kgqn9e\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">Source : <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le syst\u00e8me de production de la pratique artistique n&rsquo;est pas un syst\u00e8me vivant concr\u00e9tis\u00e9 et auto-informant \u00e0 proprement parler. Car celui qui pratique est, bien entendu, l&rsquo;acteur qui orchestre le syst\u00e8me. Mais en tant que \u00ab\u00a0chef d&rsquo;orchestre\u00a0\u00bb, il acquiert un double statut : les formes abouties et provisoires sont les r\u00e9sultats de tentatives constantes de r\u00e9ponses qui font de l&rsquo;artiste un r\u00e9gulateur informationnel \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du syst\u00e8me, r\u00e9gulation au sein de la production, elle-m\u00eame engendr\u00e9e par des \u00ab\u00a0perturbations\u00a0\u00bb inflig\u00e9es de l&rsquo;ext\u00e9rieur, rendues possibles par la fonction de l&rsquo;artiste comme perturbateur\/agitateur. La stabilisation formelle apr\u00e8s perturbation ne peut aboutir qu&rsquo;apr\u00e8s un processus &#8211; parfois long &#8211; de r\u00e9gulation. L&rsquo;artiste orchestre donc ce qui d\u00e9finit l&rsquo;organisation du syst\u00e8me, \u00e0 savoir le r\u00e9seau de relations qui d\u00e9finit celui-ci. Car si la permutation est une des d\u00e9cisions possibles \u00e0 prendre, alors <em>\u00ab\u00a0ceci entra\u00eenera une r\u00e9organisation compl\u00e8te de la structure, qui ne sera jamais telle que celle vaguement r\u00eav\u00e9e, ni que telle autre, qui aurait pu lui \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb<strong>.<\/strong><\/em> Et l&rsquo;actualisation de ce double statut du producteur est ici rendue possible gr\u00e2ce \u00e0 un appareillage et une mise en place de dispositifs qui requi\u00e8rent une logistique assez simple \u00e0 partir de laquelle chaque phase s&rsquo;organise. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-VXRyU1\"><\/div>\n\n\n\n<p>L&rsquo;ouverture \u00e0 voies multiples caract\u00e9risant la structure productive, si elle est rendue possible par cette approche bricol\u00e9e, s&rsquo;op\u00e8re dans un cadre spatial restreint o\u00f9 peuvent venir se c\u00f4toyer et s&rsquo;influencer les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments selon un principe logistique simplifi\u00e9. Cette pratique trouve sa paradoxale \u00ab\u00a0efficience\u00a0\u00bb dans ce principe productif. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-OO9zOK\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-s2gkgX\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">La stabilisation de l&rsquo;organisation du syst\u00e8me vivant est son principe moteur par la r\u00e9gulation permanente des perturbation issues de son milieu. L\u2019organisation d\u2019un syst\u00e8me vivant, ce sont donc les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments de sa configuration globale.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\"><em>\u00ab (&#8230;) Une machine autopo\u00ef\u00e9tique engendre et sp\u00e9cifie continuellement sa propre organisation. Elle accomplit ce processus incessant de remplacement de ses composants, parce qu\u2019elle est continuellement soumise \u00e0 des perturbations externes, et <strong>constamment forc\u00e9e de compenser ces perturbations<\/strong>. Ainsi, une machine autopo\u00ef\u00e9tique est un syst\u00e8me hom\u00e9ostatique (ou, mieux encore, \u00e0 relations stables) dont <strong>l\u2018invariant fondamental<\/strong> est sa propre organisation (<strong>le r\u00e9seau de relations qui la d\u00e9finit<\/strong>) .\u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-8ZARlR\"><\/div>\n\n\n\n<p>L&rsquo;espace de stockage, n\u00e9cessaire \u00e0 cette pratique, acquiert ici un double statut : tout en nourrissant, gr\u00e2ce aux \u00e9l\u00e9ments qui le constituent, la production &#8211; et acqu\u00e9rant ainsi une position ext\u00e9rieure au plateau o\u00f9 se d\u00e9roule celle-ci &#8211; il garde n\u00e9anmoins un caract\u00e8re interne, \u00e9tant lui-m\u00eame cette zone o\u00f9 viennent s&rsquo;ajouter les \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs \u00e0 la pratique, tous issus d&rsquo;une production sociale. Le stock est donc \u00e0 la fois ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;espace productif en venant l&rsquo;alimenter &#8211; et le \u00ab\u00a0perturber\u00a0\u00bb &#8211; mais \u00e9galement int\u00e9rieur en tant qu&rsquo;il re\u00e7oit du milieu ext\u00e9rieur \u00e0 la pratique les \u00e9l\u00e9ments qui la rendront possible. Celui-ci fait donc partie de la structure d&rsquo;ensemble de la pratique tout en conservant cette distinction d&rsquo;avec l&rsquo;espace o\u00f9 elle agit. C&rsquo;est ici l&rsquo;image d&rsquo;une sc\u00e8ne circulaire o\u00f9 se d\u00e9roule l&rsquo;action et autours de laquelle les formes stock\u00e9es sont positionn\u00e9es, visibles, dans l&rsquo;attente d&rsquo;une utilisation possible, formant comme un mur entourant cette zone de production. On retrouve ici bien s\u00fbr une des constantes de cette pratique du bricolage, l\u00e0 o\u00f9 le bricoleur <em>\u00ab\u00a0doit se retourner vers un ensemble d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, form\u00e9 d\u2019outils et de mat\u00e9riaux ; en faire l\u2019inventaire ; enfin et surtout, engager avec lui une sorte de dialogue pour r\u00e9pertorier, avant de choisir entre elles, les r\u00e9ponses possibles que l\u2019ensemble peut offrir au probl\u00e8me qu\u2019il lui pose\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-TOHrmh\"><\/div>\n\n\n\n<p>Le stock, en tant qu&rsquo;entit\u00e9 double, forme cette fronti\u00e8re poreuse, cette zone tampon entre l&rsquo;espace de production et ce qui est ext\u00e9rieur \u00e0 la pratique elle-m\u00eame. Il est, de par sa constitution, ce qui permet au syst\u00e8me de se d\u00e9velopper et donc de garder stable son organisation. Il permet d&rsquo;assoir le syst\u00e8me productif sur une base \u00ab\u00a0stable\u00a0\u00bb : m\u00eame si ce stock est amen\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer constamment, il est la source de ce qui va se jouer dans l&rsquo;ar\u00e8ne productive. Ce qui ne change pas, ce n&rsquo;est pas le stock mais le fait qu&rsquo;il y ait un stock, une r\u00e9serve dont les \u00e9l\u00e9ments constituent autant de possibles \u00e0 partir desquels le processus actif peut se projeter. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-DrXxyR\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et le r\u00e9seau de relations par lequel s&rsquo;active le processus et qui proc\u00e8de par manipulations, transformations, voire exp\u00e9rimentation ne met pas en p\u00e9ril l&rsquo;organisation &#8211; qui est justement de rendre possible cette constante activation &#8211; mais bien ici la concr\u00e9tisation de cette activation en formes stables. L&rsquo;organisation globale du syst\u00e8me est stable et garde cette stabilit\u00e9 malgr\u00e9 une constante remise \u00e0 jour de la structure du syst\u00e8me. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-7j7Teh\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p style=\"font-size:14px\">La structure d&rsquo;un syst\u00e8me se sp\u00e9cifie par le fait qu\u2019elle est <strong><em>le lieu d\u2019un changement permanent, \u00e0 travers un univers ind\u00e9fini de variables.&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">La structure d\u2019un syst\u00e8me vivant est ce qui le sp\u00e9cifie comme processus particulier qui proc\u00e8de par micro-r\u00e9gulations permanentes du fonctionnement hom\u00e9ostatique, mais aussi de la production quasi permanente d\u2019informations par lesquelles le syst\u00e8me s&rsquo;autoproduit. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">Les seules limites aux modifications de la structure et \u00e0 son expansion sont celles de la conservation de l\u2019organisation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">L&rsquo;organisation est la capacit\u00e9 d\u2019une classe d\u2019objets vivants \u00e0 assurer sa p\u00e9rennit\u00e9. L\u2019organisation d\u00e9signe les invariants de ces syst\u00e8mes, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur <strong>potentiel adaptatif&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\"><strong>La structure<\/strong> est <strong>l\u2019ensemble des variables qui caract\u00e9risent la vie comme processus interactionnel constant<\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">L\u2019histoire de la vie d\u2019un individu n\u2019est que l\u2019histoire de sa structure, l\u2019histoire des interactions qui, tout au long de son existence, l\u2019auront produit dans un changement permanent.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L&rsquo;organisation permet cette permanente instabilit\u00e9 qui, en donnant aux ensembles r\u00e9alis\u00e9s leur caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, s&rsquo;assure de sa reconduction possible par l&rsquo;organisation m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-EltN8n\"><\/div>\n\n\n\n<p>Un probl\u00e8me se pose alors et conduit cette approche vers un paradoxe : le mouvement qui, d\u2019une forme \u00e0 une autre, rend possible la naissance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et qui ne laisse que l\u2019impression de son passage emm\u00e8ne l&rsquo;objet m\u00eame de ce qui le d\u00e9clenche vers sa mort in\u00e9luctable. Car si, en ce \u00ab\u00a0mi-lieu\u00a0\u00bb, l&rsquo;action qui se d\u00e9ploie \u00ab\u00a0bricole\u00a0\u00bb, celle-ci finit par adopter les principes d&rsquo;un processus <em>autophagique<\/em>, rendu possible par la non conservation des agencements et par le possible r\u00e9emploi des \u00e9l\u00e9ments m\u00eame de ces agencements , \u00e0 savoir des ensembles r\u00e9alis\u00e9s. Formes d\u00e9montables, changeantes : celles-ci ne font que passer. Ce processus produit en m\u00eame temps qu\u2019il recycle sa propre production : d\u00e9montage et flux continu. Si ce processus laisse des traces, sa reconduction dans des phases de production successives ne devient en partie op\u00e9rationnelle que par la reprise de ce qu&rsquo;elle a produit. Ces objets, ces formes, n&rsquo;ont au d\u00e9part, pour seule finalit\u00e9, le fait d\u2019occuper un temps vou\u00e9 \u00e0 la production&nbsp;d&rsquo;agencements qui seront finalement d\u00e9mantel\u00e9s. Et ainsi tout part du mi-lieu et y revient. On atteint donc ici une limite : si cette pratique autophagique des formes ne conserve que les traces de son cheminement, elle suppose, par ce processus continu de reprises et de transformations, que rien de ce qui est produit ne puisse sortir au grand jour, s&rsquo;exposer.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-0e6fpS\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pourtant, si l&rsquo;autophagie est une n\u00e9cessit\u00e9 dans le fonctionnement du syst\u00e8me, cela ne signifie nullement la destruction du syst\u00e8me. Si on peut se demander si c&rsquo;est l&rsquo;autophagie qui g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;instabilit\u00e9 ou si au contraire c&rsquo;est l&rsquo;instabilit\u00e9 qui, par son principe m\u00eame, n\u00e9cessite cette autophagie, il n&rsquo;en demeure pas moins que ce principe n&rsquo;arr\u00eate pas le syst\u00e8me. Il en fait partie. N&rsquo;est-ce pas plut\u00f4t d&rsquo;ailleurs une influence r\u00e9ciproque qui se joue ici entre instabilit\u00e9 et autophagie, laissant la possibilit\u00e9 pour la forme, de par sa transformation possible, de ne pas finir, m\u00eame bricol\u00e9e &#8211; et peut-\u00eatre surtout bricol\u00e9e &#8211; sur le socle de sa valorisation &#8211; et donc de son renvoi identitaire &#8211; et de permettre \u00e0 cette instabilit\u00e9 de fait d&rsquo;exister.<strong> <\/strong>Mais inversement, c&rsquo;est bien cette instabilit\u00e9 qui permet \u00e0 cette pratique de la transformation par reprise d&rsquo;avoir lieu. La pratique de cette autophagie n&rsquo;est donc pas un probl\u00e8me mais plut\u00f4t une solution au sein du processus de production. Elle permet \u00e0 une partie de l&rsquo;organisation de se r\u00e9guler et de d\u00e9passer les limites que pourrait avoir une telle pratique, \u00e0 savoir l&rsquo;expansion spatiale de cette zone tampon qu&rsquo;est le stock. C&rsquo;est mani\u00e8re de faire est une composante \u00e0 part enti\u00e8re de la logique de production et la retirer du processus reviendrait \u00e0 amputer, voire supprimer, le syst\u00e8me de production. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-fQvZrx\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais si cette analogie permet effectivement d&rsquo;\u00e9clairer le fonctionnement de cette pratique, il faut ici comprendre toute assimilation de l&rsquo;objet de la pratique artistique \u00e0 l&rsquo;objet naturel comme improductive. \u00ab\u00a0<em>Effectivement l&rsquo;objet <\/em>[de la pratique] <em>par sa concr\u00e9tisation devient de plus en plus semblable \u00e0 l&rsquo;objet naturel et comparable \u00e0 lui. Mais seulement comparable.<\/em> [Cette pratique &#8211; comme peut-\u00eatre toute pratique artistique -] <em>se rapproche du mode d&rsquo;existence des objets naturels et tend vers la coh\u00e9rence interne, vers la fermeture du syst\u00e8me des causes et des effets qui s&rsquo;exercent circulairement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son enceinte. Il y tend comme vers le sens de sa concr\u00e9tisation mais il ne l&rsquo;atteint pas : il deviendrait sinon un \u00eatre naturel voire vivant ! Car il ne faut pas confondre la tendance \u00e0 la concr\u00e9tisation avec le statut d&rsquo;existence enti\u00e8rement concr\u00e8te<\/em>. <em>Aussi l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;identit\u00e9 des \u00eatres vivants et des objets techniques autor\u00e9gul\u00e9s rel\u00e8ve purement et simplement de la mythologie<\/em>\u00ab\u00a0. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-AINp2I\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-size:18px\">\n<p style=\"font-size:14px\">Jean-Yves Ch\u00e2teau, \u00ab\u00a0La technique : gen\u00e8se et concr\u00e9tisation des objets techniques dans Du mode d&rsquo;existence des objets techniques de Gilbert Simondon\u00a0\u00bb, in <em>Philopsis : revue num\u00e9rique<\/em>.<\/p>\n<cite>J&rsquo;ai ici remplac\u00e9 <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;objet technique\u00a0\u00bb<\/em>, objet central de la th\u00e8se que d\u00e9veloppe Gilbert Simondon, par <em>\u00ab\u00a0objet de la pratique\u00a0\u00bb<\/em>, permettant ainsi d&rsquo;ins\u00e9rer des probl\u00e9matiques plastiques et esth\u00e9tiques au sein des questions soulev\u00e9es \u00e0 la fois par la pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9tique rattach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;objet technique de Gilbert Simondon &#8211; et qui permet de saisir ad\u00e9quatement son caract\u00e8re \u00e9volutif, g\u00e9n\u00e9tique &#8211; et \u00e9galement par la question que pose le fonctionnement des syst\u00e8mes vivants en tant qu&rsquo;ils peuvent servir de levier &#8211; et ce par analogie et non assimilation &#8211; pour la compr\u00e9hension d&rsquo;un <em>syst\u00e8me de pens\u00e9e plastique<\/em>. <\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Processus d&rsquo;archivage : traces mn\u00e9siques<\/strong> <strong>et images op\u00e9rationnelles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-NGUD7i\"><\/div>\n\n\n\n<p>Manipulant les \u00e9l\u00e9ments, parfois les transformant et ainsi changeant leur constitution, la pratique produit des traces : mutation et transformation. Et si la pratique produit des traces, les phases successives de production se finalisent bien souvent par l&rsquo;archivage de ce qui a \u00e9t\u00e9 produit, ceci offrant la possibilit\u00e9 \u00e0 la s\u00e9dimentation op\u00e9r\u00e9e d&rsquo;\u00eatre conserv\u00e9e pour \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9e, et ainsi de permettre, avec quasiment les m\u00eames moyens, de jouer \u00e0 chaque fois des pi\u00e8ces diff\u00e9rentes : \u00ab\u00a0<em>Dans cette incessante reconstruction \u00e0 l\u2019aide des m\u00eames mat\u00e9riaux, ce sont toujours d\u2019anciennes fins qui sont appel\u00e9es \u00e0 jouer le r\u00f4le de moyen<\/em>\u00ab\u00a0. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-2sH3jX\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et si d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;instabilit\u00e9 avec laquelle les pi\u00e8ces sont produites sous-tend l&rsquo;ensemble du processus de concr\u00e9tisation des agencements, le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de ce qui est produit au sein de l&rsquo;atelier ne permet pas de conserver, \u00e0 proprement parler, cette concr\u00e9tisation, la \u00ab\u00a0conservation\u00a0\u00bb ne se r\u00e9alisant que par l&rsquo;archivage des \u00e9l\u00e9ments disparates renvoy\u00e9s au stock : conservation diffract\u00e9e, <em>traces mn\u00e9siques<\/em>. Le producteur se retrouve donc face \u00e0 un r\u00e9pertoire de formes qui avec le temps s&rsquo;est modifi\u00e9 mais dont les changements ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s, inscrits dans l&rsquo;archive. Certains sont rest\u00e9s intacts mais ont vu leur participation au processus \u00e9voluer avec le temps. D&rsquo;autres ont subi des changements parfois significatifs. Concr\u00e8tement, certains se sont vus ponctionner d&rsquo;une partie de leur corps afin que ce qui \u00e9tait extrait puisse venir s&rsquo;ins\u00e9rer ou s&rsquo;accoler \u00e0 ce qui \u00e9tait en train de se faire. Ces \u00e9l\u00e9ments sont donc comme des cartes que l&rsquo;on a en main et qui \u00e0 chaque coup que l&rsquo;on joue prennent le risque, sur ce plateau, de subir les transformations d&rsquo;une partie en cours. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-t3duWm\"><\/div>\n\n\n\n<p>Si les op\u00e9rations engag\u00e9es partent parfois d&rsquo;un protocole simple, elles gardent comme principe cette ouverture qui rend possible cette instabilit\u00e9 permanente. Et si cette derni\u00e8re finit, bien \u00e9videmment, par \u00eatre suspendue lorsque les choses semblent se r\u00e9gler, le r\u00e9glage &#8211; qui renvoie \u00e0 la possibilit\u00e9 que ce qui est produit ou r\u00e9alis\u00e9 fonctionne &#8211; n&rsquo;est pas d\u00e9finitif, gardant une part d&rsquo;incompl\u00e9tude qui, si elle s&rsquo;origine dans le caract\u00e8re bricol\u00e9 de la forme, renvoie \u00e9galement au<strong> <\/strong>caract\u00e8re momentan\u00e9 de cette suspension, indissociable du cheminement qui la traverse. Car en chemin, le processus aura parfois subi les affres de quelques micro-incidents qui, s&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9vus, pourrons, au moment de leur apparition, \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli\u00e8re. Car l&rsquo;attention port\u00e9e au d\u00e9roulement du processus peut \u00e9galement, par d\u00e9rive, g\u00e9n\u00e9r\u00e9e une forme instantan\u00e9e et momentan\u00e9e qui vient interrompre ce qui est en cours et devient l&rsquo;objet d&rsquo;une nouvelle concentration, orientant ce que l&rsquo;on peut appeler <em>l&rsquo;agencement provisoire d&rsquo;une d\u00e9rive<\/em>. Cette interruption sera la plupart du temps enregistr\u00e9e et le d\u00e9roulement de l&rsquo;action en cours possiblement &#8211; et partiellement &#8211; retra\u00e7able. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-voBFnQ\"><\/div>\n\n\n\n<p>Il faut pr\u00e9ciser ici que l&rsquo;inventaire auquel s&rsquo;adonne notre praticien au cours du processus de production ne se fait g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;en fonction de ce qui se joue. Il est, la plupart du temps &#8211; et ce contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;exige la comptabilit\u00e9 &#8211; non&nbsp; exhaustif, incomplet car il se laisse appr\u00e9hender par un regard en action qui cherche une forme, un objet, un mat\u00e9riau qui puisse venir s&rsquo;immiscer dans cette ligne de production. Il est donc effectu\u00e9 \u00e0 partir de ce qui existe au moment de son effectuation, parcourant une banque d&rsquo;objets et d&rsquo;images que le temps a fait entrer dans la pratique. L&rsquo;objet transform\u00e9 existe dans un \u00e9tat secondaire ou tertiaire de sa forme initiale. Mais cette \u00ab\u00a0visite\u00a0\u00bb du stock -cette banque d&rsquo;images rendue possible par le processus d&rsquo;archivage &#8211; au moment d&rsquo;une phase de production permet une chose essentielle : le regard, alors qu&rsquo;il parcourt ce qu&rsquo;il a devant lui, vient furtivement se rem\u00e9morer ce qui constitue cette archive, l&rsquo;arr\u00eatant parfois m\u00eame dans son \u00e9lan. La surprise de red\u00e9couvrir ce qui a \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9 peut permettre \u00e0 nouveau de d\u00e9clencher une autre op\u00e9ration, l&rsquo;objet \u00ab\u00a0physique\u00a0\u00bb &#8211; monnaie sonnante et tr\u00e9buchante du processus de production &#8211; ou l&rsquo;objet dit \u00ab\u00a0num\u00e9rique\u00a0\u00bb venant sans cesse alimenter le processus.<strong> <\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-uIv9sw\"><\/div>\n\n\n\n<p>Cette question de la tra\u00e7abilit\u00e9 des objets produits &#8211; question renvoyant \u00e0 celle des traces m\u00e9morielles ou mn\u00e9siques &#8211; suppose que l&rsquo;on interroge la nature des objets constituant la pratique par le prisme de leur conservation. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-XaaAo6\"><\/div>\n\n\n\n<p>Ces traces sont de la m\u00e9moire, ou plut\u00f4t : les inscriptions d&rsquo;une m\u00e9moire en actes. Elles sont \u00e0 la fois l&rsquo;enregistrement et l&rsquo;inscription. Elles sont, pour reprendre l&rsquo;expression du philosophe, <em>des morceaux de m\u00e9moire d\u2019un acte sensible no\u00e9tique<\/em>. Pourtant, dans le cadre de cette pratique, ces objets restent partiellement stabilis\u00e9s, poss\u00e9dant une tra\u00e7abilit\u00e9 et une indexation partielles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-psNUTL\"><\/div>\n\n\n\n<p>Ces objets sont la m\u00e9moire artificielle de la pratique &#8211; m\u00e9morisation artificielle de l&rsquo;action &#8211; et sont, nous rappelle le philosophe Bernard Stiegler &#8211; des objets hypomn\u00e9siques qui portent en eux cette m\u00e9moire, objets dans lesquels est inscrite techniquement la m\u00e9moire de l&rsquo;action, la m\u00e9moire de ce qui agit. Les processus de transformation, d&rsquo;inscription et d&rsquo;enregistrement sont donc techniques. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-od5UBG\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et s&rsquo;il est possible de nos jours de suivre \u00e0 la trace une marchandise en temps r\u00e9el pas \u00e0 pas \u00e0 tous les stades de son \u00e9volution, nous rappelle le philosophe, c&rsquo;est qu&rsquo;il est justement l&rsquo;objet d&rsquo;une indexation sans pareil, <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;objet index\u00e9 \u00e9tant producteur d&rsquo;information sur lui-m\u00eame et sur ce qui lui arrive et donc sur ce que fait celui dont il est l&rsquo;objet, celui qui utilise l&rsquo;objet tout comme sur les autres objets avec lesquels ils forment un syst\u00e8me\u00a0\u00bb<\/em>. Un objet est un support de m\u00e9moire, quel que soit cet objet et  forme, avec d&rsquo;autres objets, un syst\u00e8me de m\u00e9moire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-sQIwMw\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est en tant que ces objets sont de tels supports, de tels t\u00e9moins&nbsp;que l&rsquo;on peut reconstituer leur mode d&rsquo;\u00eatre, leur mode d&rsquo;existence et les diff\u00e9rentes transformations ou inscriptions qu&rsquo;ils ont subi. Ces objets font de la tra\u00e7abilit\u00e9. Et si tout objet est technique, et constitue comme tel un support de m\u00e9moire, il semble que les objets de cette pratique &#8211; et de toute pratique artistique &#8211; sont des objets sp\u00e9cifiquement constitu\u00e9s pour m\u00e9moriser, pour conserver la trace et la m\u00e9moire de l&rsquo;individu qui va les utiliser pour y inscrire des traces de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Ce sont des artefacts de m\u00e9moire dont les traces de l&rsquo;\u00e9volution constituent un ensemble que l&rsquo;on peut appeler, pour reprendre les termes du philosophe, un <em>\u00ab\u00a0blogjet\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; l&rsquo;objet devenant un blog de lui-m\u00eame en tant qu&rsquo;il constitue son propre blog en retra\u00e7ant son \u00e9volution. Mais cette \u00e9volution est tronqu\u00e9e, incompl\u00e8te, puisque ce qui restent ne sont que des traces. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-wMf7l9\"><\/div>\n\n\n\n<p>Si les formes produites sont des objets de m\u00e9moire, le processus d&rsquo;archivage post-op\u00e9ratoire de cette m\u00e9moire, qui conserve ce que j&rsquo;appellerais des <em>\u00ab\u00a0imarges\u00a0\u00bb<\/em> &#8211; des images en marges &#8211; produit en m\u00eame temps des <em>images op\u00e9rationnelles,<\/em> \u00e0 savoir des \u00ab\u00a0objets\u00a0\u00bb &#8211; quel que soit leur mode d&rsquo;\u00eatre &#8211; qui sont charg\u00e9s \u00e0 la fois d&rsquo;inscriptions pass\u00e9es, renvoyant \u00e0 leur histoire et parfois \u00e0 leur gen\u00e8se (m\u00e9ta-information), mais \u00e9galement de virtualit\u00e9s, des formes pouvant devenir des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs pour d&rsquo;autres phases de la production. Ces \u00ab\u00a0images\u00a0\u00bb &#8211; ces restes en images &#8211; sont de deux ordres : parties prenantes d&rsquo;une sorte de mat\u00e9riologie \u00ab\u00a0concr\u00e8te\u00a0\u00bb &#8211; appartenant au registre d&rsquo;un espace que la main, accompagn\u00e9e de l&rsquo;\u0153il, peut appr\u00e9hender &#8211; elles appartiennent \u00e9galement au registre du num\u00e9rique, l&rsquo;objet ne pouvant \u00eatre appr\u00e9hender cette fois-ci que dans un face \u00e0 face qui oppose uniquement l&rsquo;\u0153il \u00e0 l&rsquo;image. La pratique passe sans cesse d&rsquo;un espace \u00e0 un autre, l&rsquo;un pouvant intervenir sur le terrain de pr\u00e9dilection de l&rsquo;autre, et vise versa. Le point commun \u00e0 ces deux espaces est le fait que les objets qui les constituent sont \u00e0 la fois modifiables, transformables et destructibles. S&rsquo;il est souvent admis que l&rsquo;image-surface, comme son nom l&rsquo;indique, ne peut capter que la surface des choses &#8211; \u00e9tant assimil\u00e9e souvent \u00e0 un constat &#8211; elle peut faire justement remonter \u00e0 la surface la cristallisation et la manifestation des ph\u00e9nom\u00e8nes. Cette m\u00e9moire de l&rsquo;image-surface, qui fait partie d&rsquo;une m\u00e9moire plus large qui est celle des objets-images, forme \u00e9galement une constellation dont l&rsquo;acc\u00e8s r\u00e9gulier auquel se livre la pratique participe tout autant que les objets-volumes, au processus de d\u00e9veloppement du travail plastique. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-8i6xMY\"><\/div>\n\n\n\n<p>Car l&rsquo;\u00e9clatement propre \u00e0 chaque phase &#8211; \u00e0 chaque \u00ab\u00a0projet\u00a0\u00bb &#8211; est susceptible de donner naissance \u00e0 d\u2019autres possibilit\u00e9s, ce qui ne convient pas ICI et MAINTENANT \u00e9tant mis de c\u00f4t\u00e9, gard\u00e9 en m\u00e9moire. Conservant la charge de projection acquise pour une production \u00e0 venir, cet \u00ab\u00a0instantan\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; suppl\u00e9ment physique ou mental &#8211; peut devenir un embrayeur de production dans ce jeu perp\u00e9tuel de couper\/coller. Et si, comme il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit, les <em>objets<\/em> que le temps fait entrer dans ce <em>mi- lieu<\/em> confin\u00e9 forment, dans les marges du processus de production, une r\u00e9serve dynamique, leur fonction est bien de venir int\u00e9grer le foyer de la production pour se confronter \u00e0 leur manipulation, l&rsquo;espace de travail devenant alors un terrain de jeu o\u00f9 le temps sort quelque peu de sa ligne abscisse ordinaire. Ou plut\u00f4t : si chaque moment, au sein d&rsquo;une phase de production donn\u00e9e, marque un point sur cette abscisse temporelle productive, les \u00e9l\u00e9ments introduits sur ce point ne suivront pas tous cette ligne sur laquelle ils sont entr\u00e9s. En sortant, ils garderont n\u00e9anmoins les traces de leur manipulation, ne serait-ce que, par leur pr\u00e9sence, pour r\u00e9activer simplement leur potentiel actif. Ils pourront intervenir ailleurs, sur une autre ligne de production, en marquant peut-\u00eatre son origine. Et si les formes qui, de l&rsquo;ext\u00e9rieur, entrent au sein de la pratique, sont porteuses des diff\u00e9rentes strates qui composent notre r\u00e9alit\u00e9 &#8211; fruit d\u2019une s\u00e9dimentation complexe constituant l\u2019\u00ab&nbsp;objectivit\u00e9&nbsp;\u00bb du r\u00e9el et constitu\u00e9e d&rsquo;une multitudes de projections &#8211; il ne s\u2019agit pas ici de retrouver l\u2019origine de cette stratification mais tout simplement de rejouer diff\u00e9remment ces formes d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-IT9BQm\"><\/div>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;exposition : le dehors<\/strong> <strong>\/ le dedans. De l&rsquo;exposition comme exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9cho<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-wG4YSH\"><\/div>\n\n\n\n<p>La pratique artistique ne peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9e qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re du concept m\u00eame de <em>production<\/em>, au del\u00e0 de la simple factualit\u00e9 de la fabrication. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-xBQwhZ\"><\/div>\n\n\n\n<p>Comme nous le rappelle Pierre Francastel, toute groupement humain qui fait soci\u00e9t\u00e9 a pour principale voie de d\u00e9veloppement la production \u00ab d\u2019objets \u00bb. Nous produisons assur\u00e9ment des \u00ab objets \u00bb, qu\u2019ils soient de connaissances, techniques, de croyance, etc. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-8gX1Nq\"><\/div>\n\n\n\n<p>Si produire peut \u00eatre compris d&rsquo;abord comme ce qui est \u00ab\u00a0fabriqu\u00e9\u00a0\u00bb, c&rsquo;est aussi le fait de <em>\u00ab pr\u00e9senter, faire conna\u00eetre ou encore mettre en \u00e9vidence \u00bb<\/em> lorsque quelque chose s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs produit, est arriv\u00e9 : <em>\u00ab causer, provoquer (un effet), donner une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00bb <\/em>et donc <em>\u00ab\u00a0engendrer, donner naissance \u00e0\u00a0\u00bb<\/em>. Et les objets que nous produisons poss\u00e8dent cette fonction de \u00ab\u00a0<em>pro-ducere<\/em>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est-\u00e0-dire de \u00ab conduire en avant \u00bb, cette conduite \u00e9tant bien s\u00fbr en rapport direct avec les \u00ab pro-jections \u00bb multiples et vari\u00e9es que nous \u00e9laborons afin de nous construire. Car ces projections &#8211; ces productions &#8211; sont des constructions qui nous permettent de nous constituer, en tant que groupement humain et, comme tel, de nous ext\u00e9rioriser du flux continue de la vie. Nous produisons en vue d&rsquo;agir. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-sYwf4e\"><\/div>\n\n\n\n<p>Il est donc question ici, dans le cadre d&rsquo;une pratique, d\u2019un mouvement g\u00e9n\u00e9ratif vers l\u2019ext\u00e9rieur, <em>\u00ab&nbsp;les choses poss\u00e9dant une ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport au producteur, utilisables par d\u2019autres et \u00e0 l\u2019occasion desquelles se produisent des interf\u00e9rences de jugements et d\u2019action&nbsp;\u00bb<\/em> (Pierre Francastel).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-gIQtmC\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et il est bien entendu que ce qui est produit &#8211; et ce qui se produit &#8211; au sein de l&rsquo;atelier suppose que, dans ce cadre, les formes puissent sortir afin de venir s&rsquo;exposer. Toute formalisation artistique n\u00e9cessite ce temps social de l\u2019exposition, cette derni\u00e8re prolongeant le processus de production, \u00e9tant elle-m\u00eame, en tant qu&rsquo;elle pr\u00e9sente et qu&rsquo;elle porte au grand jour, un \u00e9l\u00e9ment productif, son \u00e9laboration et sa mise en espace \u00e9tant construites afin que quelque chose puisse s\u2019y produire. L\u2019exposition n\u2019est qu\u2019un moyen et non pas une fin dans le parcours de ces \u00ab objets \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-BkNdE8\"><\/div>\n\n\n\n<p>Le caract\u00e8re singulier de la pratique artistique &#8211; du moins reconnu comme tel &#8211; induit g\u00e9n\u00e9ralement que les objets produits, de par l&rsquo;attribution d&rsquo;une sorte d&rsquo;authenticit\u00e9 et d&rsquo;unicit\u00e9, \u00e9tablissent un rapport \u00e9troit avec leur conservation, et par l\u00e0 avec leur possible \u00ab\u00a0patrimonialisation\u00a0\u00bb, celle-ci \u00e9tant orient\u00e9e par l&rsquo;imp\u00e9ratif de leur extraction de ce milieu confin\u00e9 qu&rsquo;est l&rsquo;espace de production. Il est \u00e9vident que l&rsquo;exp\u00e9rience de cet objet de l&rsquo;art &#8211; formes multiples venant se confronter, dans le cadre de ce que nous appelons des expositions, aux regardeurs &#8211; ne peut se faire que lorsque les objets de la pratique sortent du milieu dans lequel ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s pour que puisse avoir lieu l&rsquo;exp\u00e9rience esth\u00e9tique. S&rsquo;exposer est l&rsquo;incontournable finalit\u00e9 des produits de la pratique. Car la relativit\u00e9 de l&rsquo;autonomie artistique &#8211; que l&rsquo;on peut consid\u00e9rer comme pratique sociale en actes propres &#8211; est li\u00e9e au fait que l&rsquo;objet artistique ne poss\u00e8de pas un seul milieu mais trois : le milieu de la pratique &#8211; celui qui vient d&rsquo;\u00eatre d\u00e9crit &#8211; mais \u00e9galement le milieu artistique et le milieu social, ce dernier enveloppant les deux premiers. La n\u00e9cessit\u00e9 interne de la pratique est li\u00e9e au milieu artistique et social : l&rsquo;\u00e9laboration de l&rsquo;objet esth\u00e9tique d\u00e9borde l&rsquo;objet et rend n\u00e9cessaire sa relation et sa confrontation avec les milieux que sont d&rsquo;une part le domaine artistique et d&rsquo;autre part l&rsquo;enveloppe sociale qui l&rsquo;entoure.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-9nf8OS\"><\/div>\n\n\n\n<p>La question concernant l\u2019exposition est bien de savoir comment montrer \u2013 exposer : <em>\u00ab\u00a0Enregistrer ne suffit pas, il faut ensuite faire remonter ou revenir ce qui a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-D1lGWu\"><\/div>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on admet de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale que l&rsquo;exposition en tant que telle est l&rsquo;agencement de cette sortie au grand jour des objets produits en amont par le praticien &#8211; d\u00e9finition relativement \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb &#8211; celle-ci peut \u00eatre comprise alors comme ce qui permet \u00e0 la chose artistique, ici rendue publique, de venir \u00e9prouver la possible ad\u00e9quation entre ce qu&rsquo;elle est comme objet expos\u00e9 &#8211; objet pr\u00e9tendant &#8211; et son devenir-\u0153uvre, \u00e0 savoir ce qui fait qu&rsquo;en s&rsquo;exposant elle ouvre et donc \u0153uvre. Car pour \u0153uvrer, l&rsquo;objet doit ouvrir. Et c&rsquo;est par l&rsquo;exposition que celui-ci se confronte \u00e0 cette question. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-qnXi3p\"><\/div>\n\n\n\n<p>La question de l&rsquo;exposition est in\u00e9luctable. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-zh5tNg\"><\/div>\n\n\n\n<p>Convoquer alors cette question de l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de l&rsquo;exposition, ici comprise comme l&rsquo;agencement de cette sortie au dehors de ce qui est produit &#8211; et de ce qui s&rsquo;est produit &#8211; en la confrontant au syst\u00e8me productif d\u00e9crit plus haut semble pour le moins paradoxale. En effet, ce syst\u00e8me, qui semble repousser &#8211; ou retarder &#8211; par le processus m\u00eame qui le sous-tend, son apparition au dehors, semble conduire la pratique \u00e0 se poursuivre sans aucun autre but que de&#8230;se poursuivre \u00e0 huit clos ! <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-3SC6hS\"><\/div>\n\n\n\n<p>Et si effectivement l&rsquo;agir laisse des traces &#8211; constante de toute pratique artistique o\u00f9 l&rsquo;inscription de l&rsquo;agir sous formes de traces&nbsp;mn\u00e9siques&nbsp;est le fruit du d\u00e9veloppement structurel d&rsquo;un syst\u00e8me productif autopo\u00ef\u00e9tique fait d&rsquo;exp\u00e9riences, d&rsquo;interactions et de connexions &#8211; cette action est g\u00e9n\u00e9ralement cristallis\u00e9e dans des objets d\u00e9pla\u00e7ables et qui, s&rsquo;ils  portent en eux l&rsquo;aboutissement de quelque chose qui s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9 dans l&rsquo;espace de production, garderont, la plupart du temps, cette identit\u00e9 qui y a \u00e9t\u00e9 cristallis\u00e9e. C&rsquo;est un objet unique, certes, mais surtout d\u00e9tachable, impliquant la conservation de sa forme et de son \u00e9tat au moment o\u00f9 il est sorti au grand jour. Il pourra \u00eatre expos\u00e9 \u00e0 nouveau, dans des lieux diff\u00e9rents, sous cette forme.    <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-xRaHIb\"><\/div>\n\n\n\n<p>Or, lorsque ce qui se produit en tant que tel poss\u00e8de cette nature \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et que les \u00e9l\u00e9ments prennent acte de l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 de leur possible mutation, la pratique, qui ne laisse que quelques traces de son existence, est confront\u00e9e au paradoxe de sa sortie. Que devient \u00ab\u00a0l&rsquo;objet\u00a0\u00bb de celle-ci ? Que deviennent les traces de son \u00e9laboration ? La circularit\u00e9 et la transformation continue du processus qui soutient la pratique questionne, par son principe m\u00eame de fonctionnement, non pas l&rsquo;unicit\u00e9 mais l&rsquo;identit\u00e9 de la forme. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-UI1e6M\"><\/div>\n\n\n\n<p>Pourtant, si nous parlons bien ici de traces, c&rsquo;est que le syst\u00e8me n&rsquo;est en rien \u00ab\u00a0auto-destructeur\u00a0\u00bb. Il y a bien conservation, enregistrement. Et cet \u00ab\u00a0enregistrement\u00a0\u00bb est une capture du processus \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. Resurgit ici la question \u00ab pragmatique \u00bb de l\u2019archivage. Si la pratique produit des traces, les phases successives de production se finalisent bien souvent par l&rsquo;archivage de ce qui a \u00e9t\u00e9 produit, offrant la possibilit\u00e9 \u00e0 la s\u00e9dimentation op\u00e9r\u00e9e d&rsquo;\u00eatre conserv\u00e9e pour \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9e, transport\u00e9e et d\u00e9plac\u00e9e.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-BN9PwN\"><\/div>\n\n\n\n<p>La pratique s&rsquo;achemine donc vers un travail de recherche sur ce qui pourrait s\u2019apparenter \u00e0 une possible sortie de cette mise en m\u00e9moire continue d\u2019une temporalit\u00e9 productive semblant \u00eatre recluse sur elle-m\u00eame. C&rsquo;est la question de la mise en forme et en espace de cette m\u00e9moire dont il s&rsquo;agit ici. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Ji1jUB\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais comment op\u00e9rer cette sotie ? <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-Vxxswm\"><\/div>\n\n\n\n<p>Comment montrer \u2013 EX-POSER \u2013 ce qui ne semble n&rsquo;exister qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat de traces ou d\u2019\u00e9l\u00e9ments disparates ? Comment faire sortir les restes d\u2019un flux productif qui semble reconduire \u00e0 chaque fois une ultime r\u00e9p\u00e9tition pour une repr\u00e9sentation qui n\u2019aura pas lieu ? Qu\u2019est-ce qui peut donc avoir lieu durant l\u2019exposition ? <em>Qu\u2019est-ce qui tiendrait lieu d\u2019exposition<\/em> <em>?<\/em> Qu\u2019est-ce qui permet \u00e0 l\u2019exposition d\u2019avoir lieu dans ce questionnement pr\u00e9cis&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-aOwZ0y\"><\/div>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agit ici de probl\u00e9matiser cette question : si, dans le cadre du processus engendr\u00e9 au sein de l&rsquo;atelier, la production semble s&rsquo;auto-suffire et n&rsquo;\u00eatre r\u00e9alis\u00e9e que pour elle-m\u00eame selon le principe d\u00e9crit plus haut, mais que dans le m\u00eame temps elle \u00ab\u00a0archive\u00a0\u00bb &#8211; presque fr\u00e9n\u00e9tiquement &#8211; les traces g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le processus \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, par quels moyens l&rsquo;objet de cette pratique ainsi g\u00e9n\u00e9r\u00e9 vient-il se confronter au dehors ? Et pour quelle exp\u00e9rience ? Dans quelle mesure l&rsquo;exposition peut-elle \u00e0 la fois \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme exp\u00e9rience de l&rsquo;objet auquel le regardeur est confront\u00e9 mais \u00e9galement comme interface d&rsquo;une exp\u00e9rience que l&rsquo;on pourrait qualifier \u00ab\u00a0d&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9cho\u00a0\u00bb ? Cette recherche est donc centr\u00e9e sur une \u00ab\u00a0formalisation\u00a0\u00bb pratique &#8211; en lien avec la pratique des formes &#8211; qui permettrait de consid\u00e9rer \u00ab\u00a0l&rsquo;objet-exposition\u00a0\u00bb selon une double nature en partant du principe que les pi\u00e8ces &#8211; morceaux de m\u00e9moire &#8211; en sortant, acqui\u00e8rent le statut d\u2019agents doubles : \u00e0 la fois objets d&rsquo;exp\u00e9rience visuelle &#8211; sculptures, dessins, photomontages, etc.&nbsp;: en somme, des images arr\u00eat\u00e9es agenc\u00e9es pour \u00eatre expos\u00e9s &#8211; et \u00e9galement t\u00e9moins de cette \u00ab\u00a0exp\u00e9rience pratiqu\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir du processus productif. Mais plus encore, l\u2019exposition serait \u00e0 la fois un espace de coupure dans le flux continu de la production et la <em>cartographie d\u2019un objet temporel<\/em>, compris ici comme un objet de synth\u00e8se des diff\u00e9rentes phases de la production qui ont eu lieu au sein de l\u2019atelier.<strong> <\/strong>Si les formes produites sont g\u00e9n\u00e9ralement des <em>concr\u00e9tions<\/em>, c\u2019est qu\u2019elles sont en quelque sorte des \u00e9tats des lieux d\u2019une production en constante <em>r\u00e9<\/em>-\u00e9laboration d\u2019elle-m\u00eame, les diff\u00e9rents moments de la production pouvant appara\u00eetre sous des r\u00e9gimes d\u2019image diff\u00e9rents : inscription \u00ab\u00a0photo-graphique\u00a0\u00bb, dessin, sculpture ou tout autre \u00ab\u00a0dispositif visuel\u00a0\u00bb qui sera ensuite remis\u00e9 au sein du processus productif. C&rsquo;est ici la question, dans ce processus de transformation continue, de la nature de l&rsquo;objet plastique et de son passage lorsqu&rsquo;il se confronte au dehors. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-T5AN6w\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019exposition ne serait plus alors un \u00e9tat des lieux de la pratique agen\u00e7ant des formes \u00ab\u00a0abouties\u00a0\u00bb mais plut\u00f4t <em>l\u2019agencement d\u2019une coupure<\/em>, construction dynamique dont l&rsquo;exp\u00e9rience serait celle de l&rsquo;\u00e9cho, le r\u00e9seau des connexions \u00e9tabli renvoyant \u00e0 la fois \u00e0 ce qui s&rsquo;est produit mais \u00e9galement &#8211; sachant que cette sortie au dehors n&rsquo;est elle m\u00eame qu&rsquo;un moment \u00e9ph\u00e9m\u00e8re dans la vie des formes &#8211; \u00e0 ce qui pourrait advenir &nbsp;: un <em>\u00e9tat stationnaire<\/em> fait de traces et de virtualit\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"guten-element guten-spacer guten-4Jg9nV\"><\/div>\n\n\n\n<p>Mais ce dehors ne deviendrait-il pas alors, par cette \u00ab\u00a0exposition\u00a0\u00bb, une extension non d\u00e9tachable du dedans, comme ce qui, se pr\u00e9sentant &#8211; et ce avant que tout ne retourne au milieu &#8211; donnerait la possibilit\u00e9 \u00e0 la pratique de se penser elle m\u00eame se faisant, ceci en s\u2019exposant ? <\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/section><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-9963","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/9963","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9963"}],"version-history":[{"count":142,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/9963\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12558,"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/9963\/revisions\/12558"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/alexisguenault.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}