Les restes du temps / Réflexions autour des économies artistiques

Au sein de la crise actuelle que subit notre écosystème – que l’on nomme économie politique – il semble que la catégorie qu’on appelle « Culture » ait perdu sa majuscule, la crise sanitaire récente ayant vidé momentanément les lieux consacrés de leurs publics.

Pourtant, au-delà de ce constat amère, on peut se demander si cette crise dite sanitaire ne révèle pas les failles d’une idéologie qui, à grands renforts de grands mots – pour ne pas dire de gros mots – pose paradoxalement l’excellence culturelle (pour certains avec un grand « C ») comme indéfectiblement liée à la précarisation temporelle et économique de ses acteurs. Cet énorme paradoxe semble être devenu une évidence, un état naturel, faisant de ce mot fourre-tout qu’est LA CULTURE (alliance implicite du « Grand mot » et de la forme précaire de son élaboration) un des gros mots les plus partagés.

Dans les discours officiels, cette « culture » se consomme. Pour les « publics », cette catégorie correspond, temporellement parlant, au temps des loisirs : on se déplace pour voir une exposition, assister à une pièce de théâtre ou voir un film pendant son temps dit « libre », temporalité censée être abstraite de toute contrainte « productive » .

Et si ce que l’on va voir ou entendre a bien une réalité concrète – sonnante et trébuchante, pour reprendre quelques termes monétaires – c’est que ce qui est à voir ou à entendre a bien été PRODUIT. Ceci implique donc que ces « produits » sont le fruit d’un travail [concret]. Et ceux qui produisent l’essentiel de ces « objets culturels » – voire « cultuels » – sont, bien évidemment – et vous l’aurez compris – les artistes.

Or, le constat est sans appel : ces producteurs d’objets artistiques – objets dont l’essence est de devenir « choses publiques » – sont reconnus comme précaires, et ce malgré l’aura sociale dont ils sont enveloppé (la fameuse exception culturelle).

Si l’artiste-précaire travaille – sans doute possible – il semble malgré tout difficile aujourd’hui de considérer ce producteur comme « travailleur ».

Quelque chose coince, c’est certain !

Les restes du temps est une suite de notes et réflexions qui questionnent – parfois jusqu’à l’absurde – l’économie concrète de la production artistique au regard de son économie abstraite, ceci à partir du cadre aujourd’hui rendu « naturel » au sein duquel cette catégorie sociale que nous appelons « artiste » évolue.

Alors si nous pouvons considérer cet « artiste » comme un des protagonistes d’une histoire sociale en cours – celui-ci étant descendu de sa tour d’ivoire – il est certain que l’enjeu de ces questions artistiques se situe bien au delà de leur singularité, servant ici peut-être de levier à la question primordiale du rapport entre la temporalité productive sociale et la manière dont celle-ci se construit et se remplit – que produire et comment – permettant peut-être enfin de dépasser l’injonction permanente qui est faite à notre égard, implicitement transmise sous forme de poésie cynique : « Productivisme, mon amour… » !

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De la valeur artistique

Alexis Guénault / http://alexisguenault.com/